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06.05.2008

Tout dire avant pour tout faire après !

1253328233.jpgLes français sont mécontents et ils ne sont que 32% à faire confiance à N.Sarkozy pour résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement (TNS Sofres du 24 avril). oui mais ils approuvent majoritairement les réformes adoptées : à 84% la possibilité de pouvoir disposer plus vite de la participation aux bénéfices de son entreprise, à 82% la réforme sur les droits de succession, à 80% l’instauration des peines plancher pour les récidivistes, à 73% la défiscalisation des heures supplémentaires, à 65% la loi sur la rétention de sureté, à 59% la réforme des régimes spéciaux de retraite, à 57% l’autonomie des universités, à 55% le traité simplifié, à 54% le bouclier fiscal, à 52% la fin des 35 heures ! Mécontents mais approbateurs…En revanche, ils ne sont que 43% à approuver la réforme de la carte judiciaire, 26% les franchises médicales et l’envoi de troupes en Afghanistan.
 
Bref, ils sont grognons…on le serait à moins : les caisses sont vides et on a osé leur dire ! On a osé leur dire qu’ils avaient été lâches de repousser toutes réformes pendant 25 ans qui auraient du se faire au fil des années par les différents gouvernements, de vivre au-dessus de leurs moyens dans un confort tous frais payés par l’Etat, que la France allait mal malgré l’apparente douceur de la situation. La réalité reprend toujours ses droits un jour et maintenant, il faut faire toutes les réformes d’un coup sinon c’est le déclassement, le vrai. Les français le savent et l’acceptent mais leurs rêves s’envolent et ils disent leur désappointement à celui qui est en train de briser leur rêve de jeunesse et d’insouciance. On pensait pouvoir encore élire un Président qui avait promis de réformer et le contraindre à ne rien faire ; les français sont comme ça, ils adorent les envolées de campagne, ces grandes messes populaires où tout le monde se réunit derrière un candidat qui leur propose une nouvelle France mais une fois, l’excitation passée, il ne faut surtout pas que leur petit confort soit bouleversé.  Mais ce président semble pour l’instant décidé à continuer à réformer et les français lui font payer de ne pas respecter cette règle tacite entre gouvernants et gouvernés qui prévalait depuis 25 ans.
 
Il est un peu superficiel de vouloir faire un bilan, au jour anniversaire ; d’autant que les réformes engagées ne feront sentir leurs effets que d’ici un an ou deux et que la conjoncture internationale n’est pas favorable. Si je ne devais retenir qu’une image, je retiendrai celle-ci : « Je ne reculerai pas ! » lancé en réponse en réponse aux cheminots qui l’interpellaient « vous reculerez, ils l’ont tous fait ». Des réformes ont été engagées, modestes quand à leurs résultats, mais engagées ; et le symbole est là ! Des frontières sont en train de bouger sur le plan social, notamment dans le monde syndical ; remettre à plat la représentativité syndicale, obtenir la réforme du contrat de travail négocié entre patronat et syndicats dont la CGT qui est restée jusqu’au bout des négociations, sans en claquer la porte à mi-chemin, n’est pas rien ! Toutes les réformes engagées et réussies ont le don d’agacer voire plus, le parti du statut quo qui dominait depuis 25 ans en France.
 
En même temps, beaucoup de réformes n’ont fait qu’effleurer leurs sujets : le bouclier fiscal pour ne pas supprimer l’ISF, la défiscalisation des heures supplémentaires (ratée sous la pression administro-syndicale) pour ne pas revenir sur les 35 heures, la liberté d’installation des commerces de moins de 1000 m2 (pourquoi 1000, au-delà, les plus grandes surfaces n’encouragent pas la concurrence ?), l’autonomie des universités mais pas l’orientation en fonction des débouchés ni la sélection à l’entrée en 1ere année des facultés, la rupture négociée du contrat de travail mais pas encore une véritable liberté de licencier ni une véritable sécurité sociale professionnelle, une réforme de la fonction publique (pas encore votée) qui sera bien en-dessous de tout ce qu’on fait nos voisins, une RGPP qui certes réduit les dépenses mais d’une goutte d’eau par rapport à ce qu’il faudrait réellement faire. D’autres mesures ont carrément été enterrées devant la pression de la rue : les taxis, l’installation des médecins…d’autres sous la pression du corps politique : le cumul des mandats, la suppression des départements. Du coup, les réformes ont paru molles et de la mollesse tout le monde sait qu’il n’y a pas grand-chose à attendre. Cette mollesse a le don également d’agacer voire plus le parti de la réforme, ceux qui sont conscients que nous avons besoin d’un grand quinquennat réformateur (ou même deux) et qui ne voit pour l’instant que des mesures de gestionnaire qui vont dans le bon sens mais qui ne sont pas à la hauteur de l’effort qui nous attend.
 
Dans sa conférence de presse, N.Sarkozy a affirmé qu’il tiendrait le cap des réformes ; le cap des réformes a été défini dans le programme présidentiel, il a été validé pour 5 ans quoi qu’en pensent certains qui voient déjà un air de fin de règne (la couverture de Marianne est assez représentative de ceux qui disent qu’il faut réformer à tout va mais qui lorsque quelqu’un ose un peu, passent leur temps à le descendre en flèche pour oui ou un non). Un des slogans les plus importants de la campagne avait été « je dirai tout avant pour pouvoir tout faire après ». Tout a été dit avant, maintenant il faut tout faire.