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03.05.2008

Le parti du statu quo s'affole

411843488.jpgXavier Darcos a présenté les nouveaux programmes pour l’école primaire cette semaine. Des programmes revus par rapport à la version originale, le ministre ayant renvoyé au collège l’apprentissage de certaines notions jugées trop complexes comme le passé antérieur, le subjonctif et la règle de 3, la division au CE1 étant limitée par 2 et 5, mais heureusement, la philosophie générale ne change pas. Et celle-ci va dans le bon sens : retour aux fondamentaux avec plus mathématiques et de francais, la volonté de transmettre des savoirs, de faire acquérir un minimum commun à tous les élèves et surtout d’enseigner les codes et les règles plutôt que de laisser l’enfant les découvrir et se créer son propre savoir. Une vision traditionnelle de l’éducation à l’encontre de celle des pédagogistes qui ont fait tant de dégats à l’Ecole depuis 30 ans. (Rapport Pisa 2006 : en sciences, la France se classe 19ème sur les 30 pays de l’OCDE, en lecture et mathématiques, 17ème; Rapport Pirls 2006, les jeunes français de 10 ans se classent 27eme sur 40, même les bulgares affichent de meilleures performances).

D’ailleurs les réactions ne se sont pas fait attendre car en France, tout le monde a un avis sur l’Education Nationale (moi le premier) et dès que l'on réforme, le parti du statu quo s'affole. Les syndicats de « gauche » s’opposent bien évidemment, plus pour des motifs politiques que sur le fond même de la réforme. Tout d’abord, il faut s’opposer à toute réforme (pour preuve en 2002, les mêmes syndicats étaient déjà contre les programmes qu’ils défendent actuellement) car la réforme entrainant la réforme, une de réussie, qui plus est par un ministre de droite, pourrait annoncer le début de l’engrenage qui menera à la fin de leur cogestion de la Rue de Grenelle. Ensuite, cette réforme permet de s’opposer avec un mot d’ordre bien utile pour les futurs combats et qui a toujours marché contre un gouvernement de droite : la politique éducative du gouvernement relève  d’ « une vision passéiste et rétrograde de l'école ». Cet argument est particulièrement savoureux, venant de syndicats, dont les mots d’ordre reposent toujours la défense des Zavantages Zacquis et dont la pensée se résume à surtout ne rien changer à l’ordre installé aux lendemains de la guerre. Enfin, il faut s’opposer car le ministre lui-même est un danger ; imaginez, un homme de droite, avec une vision pour l’Education Nationale (c’est lui qui a fait le programme éducatif du candidat Sarkozy, au-delà des slogans de campagne), qui veut que tous les enfants réussissent, qui veut remettre en marche une machine éducative déréglée et créatrice d’inégalités et qui semble, pour l’instant, capable de réformer selon ses vues, et dont, en plus, la volonté réformatrice n’a pas encore été broyée après un an dans ce ministère qui a découragé tant de farouches réformateurs ! Cet homme-là est un danger, surtout que la réforme de fond en comble de l’Education Nationale semble être sa seule perspective politique depuis qu’il a perdu la mairie de Périgueux.

Cette opposition systématique est rejointe par les pédagogistes qui sont en lutte idéologique avec le ministre (alors que les syndicats sont en lutte politique) ; il veut mettre fin à 30 ans d’errance pédagogiste à l’Ecole et est celui qui, au gouvernement applique le mieux le slogan du candidat Sarkozy « liquider Mai 68 ». Intolérable pour ceux qui défendent que l’enfant est au centre du système, qu’il construit ses propres savoirs par l’observation réfléchie, qu’il oriente naturellement ses recherches vers le travail et la construction de nouveaux savoirs et, enfin, qu’il structure seul sa pensée à partir de ses expérimentations, inacceptable pour les tenants de la transformation du professeur en un éducateur voire un animateur, de la transformation de l’école en un grand centre de vacances où l’enfant découvrirait son propre savoir caché en lui-même.

Je ne m’attarderai pas sur les professionnels de l’opposition à N.Sarkozy qui essaient de donner de la voix sur tous les sujets en utilisant la tactique du harcèlement permanent afin de tenter de lever tous les lièvres. Ceux-là, bien entendu, s’opposent à cette réforme sans même avoir regardé son contenu avec, en général, le même argument : comment être plus exigeant avec les enfants s’il y a moins de professeurs pour faire cours et moins d’heures de cours. Qu’importe ce que l’on fait, l’essentiel est d’y consacrer un maximum de moyens, le niveau absolu de la dépense étant le signe indiscutable que l’on traite au mieux un sujet, dispensant de toute réflexion qui pourrait amener à un consensus sur le contenu !

Mais il y a également une dernière catégorie de réactions, le oui mais (dont je fais partie). Elle regroupe tous les gens qui trouvent que la réforme va dans le bon sens mais qui y adressent quelques critiques : la réforme ne va pas assez loin, elle améliorera certains points, mais il y a eu recul sur la grande section de maternelle...Malgré les critiques que je vais faire, il ne faut pas oublier le message principal : cette réforme est un très bon pas en avant. Mais pour que cette réforme aille jusqu’au bout et fasse taire une bonne fois pour toutes les lobbys pédagogistes au pouvoir depuis les années 70, le ministre aurait clairement du afficher la volonté de revenir à un apprentissage traditionnel dont le signe le plus fort aurait été d’imposer la méthode syllabique de l’apprentissage de la lecture qui produisait des générations de citoyens sachant écrire, lire et comprendre ce qu’ils lisaient au niveau du certificat d’études, c'est-à-dire vers 13 ans. Il y a un autre point sur lesquels je ne suis pas d’accord, c’est le recul de l’histoire-géographie. Parce que l’histoire-géo est la maitrise du socle commun, le fondement même de la Nation, c’est ce qui fait de nous un peuple (selon la fameuse définition de Renan). L’histoire-géo c’est la compréhension de l’évolution de la France, des idées, des phénomènes qui l’ont traversé, de ses erreurs également, de sa géographie, du monde qui l’entoure, du monde qui nous entoure. C’est un héritage laissé par les générations précédentes pour guider les suivantes, c’est la maitrise du temps et de l’espace. On parle tout le temps de cohésion sociale, d’unité nationale, d’ouverture sur les autres cultures, sur le monde mais par quoi cela s’acquiert et se crée sinon par la maîtrise de l’histoire-géographie commune (et non par les alloc ponctionnées sur les revenus du grand capital, comme diraient certains). Quelques citations pour illustrer mon propos sur l’importance de l’histoire, surtout aujourd’hui où son enseignement est considéré comme le début du nationalisme et que très peu de personnes de moins de 30 ans sont capables de placer les grands personnages et les grands évènements dans une chronologie :

L'histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements mais elle justifie l’invincible espoir. Jean Jaurès

L'ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent : elle compromet, dans le présent, l'action même. Marc Bloch
L’Histoire est un remède au totalitarisme. Elle enseigne qu’il n’y a pas d’actes isolés, seulement des enchaînements. Un pays sans histoire ne serait pas un pays sans malheurs, mais un pays sans valeurs. Hélie de Saint Marc
L'homme de l'avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue. Nietzsche
Un peuple qui n'enseigne pas son histoire est un peuple qui perd son identité. François Mitterrand