« 2008-02 | Page d'accueil | 2008-04 »

27.03.2008

Strasbourg, nouveau paradis fiscal ?

 

1741099942.jpgLa proposition du nouveau maire de Strasbourg,  Roland Ries est véritablement une surprise dont on n’avait pas entendu parler pendant la campagne des municipales (je n’ose imaginer que ce soit une généralité qui s’applique à tous les socialistes que de sortir des projets hors programme donc non soumis au vote ; mais pour être sûr, il faudra rester vigilant). Sa proposition est de créer un véritable eurodistrict européen à statut juridique et fiscal particulier qui accueillerait de grandes institutions européennes et les sièges sociaux de grands groupes européens bénéficiant d’un statut d'extraterritorialité, un peu sur le mode de Washington D.C.

Ce que j’en comprends, c’est que R.Ries veut extraire une partie de Strasbourg du territoire français pour le confier à l’Europe ; l’Europe qui n’est pas un pays. Des eurodistricts existent déjà, mais il s’agit seulement de territoires associés qui peuvent expérimenter des projets pour favoriser l’intégration européenne et surtout, ces eurodistricts ont été décidés par les états et ne sortent pas du territoire national. Amputer une partie de Strasbourg n’est même pas concevable. Il s’agit là d’une proposition plus que dangereuse pour son auteur car avec la laïcité l’Alsace-Lorraine, symbole de l’intégrité du territoire et de l’abnégation de tout le peuple français, est l’un des mythes de l’Histoire de France. Il ne serait pas étonnant que les Strasbourgeois, voire tous les français (s’ils venaient à apprendre la proposition), lui réservent le même sort qu’au Président, dès lors qu’il a parlé de laïcité.

Cette proposition repose sur une véritable méconnaissance de l’exemple donné, à savoir Washington D.C. La capitale fédérale n’est pas en dehors du territoire américain comme le laisse supposer le terme employé d’extraterritorialité. La capitale fédérale est une zone militaire directement sous le contrôle du gouvernement fédéral, comme les autres bases militaires américaines. Washington DC est donc encore plus sous le contrôle du gouvernement américain que le reste du territoire. R.Riès veut-il que Strasbourg aie désormais un statut de zone militaire et soit placé sous le contrôle de la Commission Européenne, sachant que l’UE n’est pas un pays et n’a pas de Défense commune indépendante des pays ? A n’y rien comprendre…

Le véritable but de cette proposition est, je pense, la volonté d’attirer les sièges sociaux des grands groupes de Belgique, Hollande, Suisse, Angleterre et les institutions européennes de Bruxelles. M. le Maire soutient que cet eurodistrict permettra de les attirer grâce à un statut juridique et fiscal particulier. Ceci revient à dire que sans ce statut spécial, la France n’est pas attractive. Et pourquoi ? Selon la justification de R.Riès même : à cause de ses lois et de sa fiscalité. Voilà qui a le mérite d’être clair, la France, à cause de ses lois sur le travail, l’entreprise et de sa fiscalité n’est pas attractive. R.Riès remettrait-il en cause les taux d’IS, ISF, IRPP trop élevés par rapport à ceux de nos partenaires européens, la législation du travail et les 35 heures ?… Mais plutôt que d’avoir le courage de faire ce que la gauche n’a jamais fait pour rendre la France attractive et donc réformer la France dans le bon sens (pas celui prôné par les socialistes en l’espèce), il préfère amputer le territoire national et créer un machin qui lui, sera attractif et bénéficiera à Strasbourg. Le beurre et l’argent du beurre. Un peu comme le paradis fiscal de Monaco, dénoncé par les socialistes qui détestent les évadés fiscaux mais si pratique pour stigmatiser les riches qui se soustraient à leur devoir de solidarité nationale, et qui est dirigé par l’ancien directeur de cabinet de L.Fabius. Grande hypocrisie et bel hommage à la volonté de réforme de N.Sarkozy…

26.03.2008

Tout est bon pour marquer des points

659348811.jpgLe Tibet est au cœur de l’actualité. La situation est très difficile et très tendue. La question du boycott des JO est mise en avant par tous ceux qui n’ont pas à assumer une telle décision et par tous les tenants du droit d’ingérence. Vaste plaisanterie mais j’y reviendrai un autre jour si l’envie m’en prend. Non, aujourd’hui, je veux simplement dire comment les politiques de gauche trouvent toujours le moyen de profiter de n’importe quel développement de l’actualité pour attaquer le président, se mettre en avant comme le meilleur opposant dans la course à la succession de F.Hollande à la tête du PS ou pour faire avancer leur propre idée même si cela n’a rien à voir avec le problème cité.

P.Moscovici a ouvert le bal en dénonçant « le silence assourdissant » du Président dès le lendemain des évènements du Tibet. C’est le même qui422681659.jpg dénonce le président qui parle tout le temps, sur tous les sujets, qui dénonçait il y a peu encore, l’hyperprésidence. D’ailleurs, permettez-moi une digression mais on n’entend plus la gauche parler de « coup d’éclat permanent », de Président omniprésent et toutes les bêtises qu’ils ont pu dire. Le harcèlement médiatique du président est passé à autre chose. Maintenant, c’est le président qui ne fait pas assez président ! Cela confirme bien que le président doit avancer sans se soucier de l’opposition et de ses slogans qui vont et viennent.

La sortie de P.Moscovici n’est pas sans rapport avec sa volonté de devenir le premier des socialistes au congrès de novembre. D’ailleurs, ces dernières semaines, il multiplie les sorties contre le président après avoir présidé la commission spéciale sur la libération des infirmières bulgares (qui n’a absolument rien donné, sinon on en aurait entendu parler !).

Ensuite, il y a eu J.Lang, en appelant à son « ami », B.Kouchner. Un moyen de tenter de semer la zizanie dans les rangs gouvernementaux et dans l’opinion en laissant supposer que le ministre des Affaires Etrangères n’a pas les mains libres et ne partage pas l’opinion du reste du gouvernement et du président. Il rappelle également au passage, que lui, quand il était au gouvernement de F.Mitterrand avec son « ami » Bernard, il avait reçu le dalaï-lama à plusieurs reprises. Concert d’autosatisfaction. Mais dans la réalité, cela n’a rien fait avancer de plus que les autres. Sauf peut-être à faire grandir sa cote de popularité…

Le plus beau est Denis Baupin qui nous raconte que si on ne veut pas boycotter les JO en Chine c’est parce qu’on espère vendre des centrales nucléaires et que si demain, le dalaï-lama veut des centrales pour le Tibet, on changera peut-être de camp. Premièrement, les autres pays ne vont pas boycotter non plus et pourtant ils ne vont pas vendre des centrales. Et surtout deuxièmement, c’est encore une totale méconnaissance de la réalité de nos politiques nombrilistes : le Dalaï-lama n’a pas de pouvoir temporel, juste spirituel, il n’a donc aucun pouvoir pour acheter des centrales et surtout, il ne gouverne aucun territoire et ne demande pas à en gouverner un (il souhaite seulement l’autonomie culturelle pour son peuple). Denis Baupin a juste cherché à faire le rapprochement entre une situation actuelle difficile et son cheval de bataille (opposition au nucléaire) tout en éreintant indirectement le président ; ce qui ne coûte rien, rapporte quelques points et fait toujours plaisir à son électorat et ses sympathisants.

623490836.jpgLe concert des hypocrites ne s’arrête pas là. On peut continuer avec S.Royal qui appelle à brandir la menace du boycott, elle qui, il y a un an, a été en Chine essayer de se donner une stature présidentielle. L’ex-premier ministre D.de Villepin également en disant qu’il faut clairement boycotter la cérémonie d’ouverture, lui qui a dirigé la diplomatie française pendant presque tout le second mandat de J.Chirac (ministre des affaires étrangères puis premier ministre). La situation était-elle différente ? Le Tibet n’était-il pas sous domination-repression chinoise, le dalaï-lama en exil, les moines déjà  arrêtés ? Des fois le cynisme en politique atteint des sommets…

25.03.2008

Reprise des travaux parlementaires

462116959.jpgCe mardi reprennent les travaux parlementaires après une suspension de 6 semaines pour cause d’élections municipales (ou plutôt une perte de temps pour cause de cumul des mandats). Cette reprise est marquée par le cap donné par le Président « ni ralentissement des réformes, ni plan de rigueur ». Et surtout, de très nombreux textes sont au menu : réforme des institutions, loi de modernisation économique, loi sur les OGM, loi sur le contrat de travail. De nombreux projets de réformes seront ouverts et peut-être conclus  : nouvelle étape dans la réforme des retraites, réforme des ports, réforme du droit des mineurs, réforme de la participation et de l’intéressement…

Les députés de la majorité ont déjà annoncé, par la voie de leur président de groupe, vouloir peser sur les réformes en les durcissant ou les amendant, ce qui ne manquera pas de créer des petits conflits tant le gouvernement et la majorité présidentielle ne sont pas totalement en phase. L’opposition s’opposera comme d’habitude, avec pour chacun le congrès du mois de novembre en tête. La donne se compliquera (ou s’améliora tout dépend du point de vue) lorsque la réforme des institutions sera à l'œuvre. Le Parlement aura alors un véritable poids dans l’élaboration de la loi et les opinions des parlementaires seront mieux prises en compte.

Il reste 3 mois avant la présidence française de l’Union, 2 ans avant les prochaines élections et 4 ans avant la fin du quinquennat sarkozyste. Le temps est compté, un travail doit être fait, la feuille de route est claire, y a plus qu’à…

24.03.2008

Devoir de réserve

742622894.jpgDans notre société en crise, tout se perd, le respect de l’Etat, des fonctions. Mais des fois, il apparait dans l’actualité certaines choses qui font du bien, qui nous rappellent que tout n’est pas encore foutu. Le limogeage (si le Président signe le décret) du sous-préfet de Saintes pour la publication d’une tribune anti-israélienne sur un site internet fait partie de ces décisions. Le ministre de l’Intérieur a pris ses responsabilités, le Président également s’il signe le décret et fait ce qui doit être fait malgré la polémique qui ne manquera surement pas d’être déclenchée.
On peut déjà entendre certaines critiques dénoncer que le sous-préfet n’a été limogé que parce qu’il a parlé d’Israël, que de toute manière on ne peut rien dire sur Israël dans ce pays, que le lobby juif a encore bien fait son travail, que ça aurait été bien différent s’il avait accusé l’islam, le Hamas ou l’Iran, que la liberté d’expression est encore bafouée mais que ce n’est pas étonnant avec un gouvernement de droite et au final, tout cela sera de la faute du Président Sarkozy qui de toute façon est le grand méchant, ami des Juifs, qui veut limiter la liberté d’expression et imposer un pouvoir totalitaire et que cela est le signe annonciateur de son noir projet. J’exagère à peine… Avec quelques jours de recul, je n'exagère pas du tout, la preuve ici, ici, et .

A tous ceux-là, on ne pourra que leur rappeler pourquoi le devoir de réserve existe. Tout d’abord, le devoir de réserve est une obligation de neutralité de l’Etat qui s’applique à tous les fonctionnaires et encore plus aux fonctionnaires d’autorité, le préfet étant le fonction d’autorité de la République par excellence, et qui correspond à l'égalité de traitement que tous les citoyens sont en droit d’attendre de l’Etat, quelle que soit leur sensibilité ou leur préférence.
Ensuite, il existe également afin que les fonctionnaires n’influencent pas les administrés ni sur le bon fonctionnement des services publics, en clair qu’ils ne puissent pas être une arme politique de contrôle de la population ou de sabotage de l’action du gouvernement (dans le cas où le fonctionnaire serait opposé au gouvernement). Ceci permet que nous n’assistions plus aux épurations de l’administration comme c’était le cas à chaque changement de gouvernement il n’y a pas encore si longtemps.
Enfin, le devoir de réserve est fait pour que l’Etat ne s’exprime que d’une voix, de manière solidaire. Un fonctionnaire est un représentant de l’Etat, sa parole est assimilée à celle de l’Etat. Ce n’est pas aux fonctionnaires de défendre une position politique sur laquelle ils n’ont pas le pouvoir de s’exprimer et qui n’est pas en cohérence avec la position défendue par le pouvoir politique, qui lui est élu et donc responsable devant les français.

Le sous-préfet n’a pas été forcé d’occuper cette charge, il l’a acceptée. Elle comporte des droits et des devoirs. Il a enfreint une des obligations qui étaient attachées à sa charge, il est sanctionné, rien de plus normal. Il aura désormais tout le loisir de publier les tribunes qu’il souhaite (et l’Etat n’aura pas son mot à dire). Il est bien que parfois, les fonctionnaires se rappellent que leur statut n’est pas juste l’emploi à vie, l’avancement à l’ancienneté, les grèves à répétition, les ors de la République (pour les hauts fonctionnaires seulement) mais également le service de l’intérêt général, le respect de l’Etat (et de ses orientations décidées par le pouvoir politique élu) et le respect des règles fixées.

23.03.2008

Une croissance molle, obligera à la rigueur…intellectuelle

Ni l'hypothèse de 2,25 % inscrite au budget 2008, ni le 2 % auquel Bercy s'accrochait depuis des mois, ne sont plus d'actualité. Le FMI l’estime à 1,5%, la Commission de Bruxelles à 1,7% ; C.Lagarde a reconnu la semaine dernière que la prévision de croissance serait revue en légère baisse et H.Novelli enfonçait le clou : « Nous devons dire la réalité de la situation économique de notre pays et des difficultés financières qui s'annoncent. »

Ce coup de frein tient à deux causes : la stagnation, qu’au mieux les Etats-Unis devraient connaitre en 2008 qui fera sentir ses effets et notre commerce extérieur, avec un euro durablement installé à plus 1,50 pour un dollar, qui freinera l’activité. La flambée des prix des prix de l’alimentation et de l’énergie qui devrait pousser l’inflation autour de 3% en France et les banques qui octroieront probablement leurs prêts aux entreprises avec parcimonie.

Une prévision de 1,5% n’a rien de catastrophique, c’est d’ailleurs le rythme moyen de croissance de France sur les 10 dernières années. Mais ce rythme vient contrarier les espoirs : il ne permettra pas de créer les emplois supplémentaires pour que le chômage continue à baisser substantiellement ni pour rééquilibrer les comptes sociaux dont la couleur du solde reste rouge depuis 10 ans (11,6 milliards en 2005 ; 8,7 en 2006 ; 11,7 en 2007 et prévision de 12,7 pour 2008). Et encore, cette prévision reposait sur une hypothèse d’inflation de 1,6%. Cette croissance molle ne permettra pas de réduire le déficit public du budget 2008, (prévu à 41,7 milliards et lui aussi en rouge depuis 30 ans) et en tout cas ne permettra pas de dégager les ressources nécessaires à d’ambitieux projets. Or nous devons nous situer à l’équilibre de nos finances publiques à l’horizon 2012, ce sont du moins les engagements que nous avons pris devant nos partenaires européens et aussi ceux qui ont été pris devant les électeurs.

Les caisses étant vides (N.Sarkozy conférence de presse du 8/01/2008) et même plus que vides (E.Woerth commission des finances 29/01/208), les seules marges disponibles seront celles qui seront créées.

D’où l’urgence de la révision des politiques publiques, lancée le 10 juillet 2007, dont les premières mesures pourraient voir le jour en 2008 et qui permettront après révision du périmètre des politiques publiques de rationaliser les dépenses publiques. La ligne est simple : c’est réduire les dépenses et pour cela diminuer les missions et le personnel de l’Etat et diminuer les impôts qui taxent la réussite, comme les impôts progressifs et les impôts sur le patrimoine. D’où l’urgence des réformes qui permettront à notre société de se décorseter et de libérer ses forces : pas des réformes réduites à des annonces fracassantes qui découragent les électeurs qui s’aperçoivent bien que le pouvoir ne cesse de reculer devant les syndicats, les corporations, les technocrates et les sondages. C’est aussi amorcer la totale réforme de l’assurance maladie et des retraites dont la progression des dépenses ne cesse de peser sur le coût du travail. D’où l’urgence à ne pas céder aux projets pharaoniques des experts (les 50 mégalopoles du projet Attali, ou un nouveau plan Calcul), qui toujours convaincus de la toute puissance de l’Etat, sont prêts à nous vendre à nouveau l’état dirigiste dans de nouveaux habits : le kit de croissance, prêt à l’emploi. Bref, à faire les réformes que nos voisins ont menées avant nous dans la plupart des 27 pays de l’Union européenne.

Il n’y a donc plus le choix de tergiverser et de céder aux intérêts particuliers ou électoralistes. Ca tombe bien finalement cette impopularité, il n’y a plus grand monde à ménager ; de toute façon, les réformes sont toujours impopulaires dans la mesure où elles remettent en cause dans l’immédiat des situations acquises et que les bénéfices ne se font sentir qu’en différé. Mais bon, N.Sarkozy n’a pas été élu pour être populaire ! S’il l’accepte et renonce à être le Président du pouvoir d’achat immédiat et en reste à celui qui disait « travaillez plus pour gagner plus » et l’assume avec la majorité parlementaire, le pays est conscient des réformes qui sont à produire ; à condition de ne pas reculer devant une corporation à forte capacité de nuisance, comme les taxis et les syndicats de transports et tous ceux que le changement va bousculer…

N.P. si tu nous lis... 

19.03.2008

Elections municipales : 2eme manche

La gauche est créditée à l'échelle nationale de 49,5% des suffrages contre 47,5% à la droite, ce qui constitue clairement une défaite à ces élections municipales et cantonales pour la droite. Oui, mais, la droite réalise 47,5% par ses propres forces, tandis que la gauche n’atteint la majorité qu’avec les voix du Modem et du PC. C’est dire que la gauche, va maintenant de Besancenot à Bayrou ! Autant parler d’un pâté d’alouette, dont la recette est composée moitié-moitié d’un cheval et d’une alouette. La gauche se trouve donc à devoir bâtir un programme commun sur lequel puisse se retrouver les tenants de l’anti-capitalisme (du futur parti d’O.Besancenot) et ceux de la social-démocratie (l’aile du PS qui s’allie au Modem). Autant dire que le PS est condamné à rester dans l’ambiguïté : il continuera à refuser les adaptations nécessaires pour affronter la mondialisation, évitera de parler de l’Europe, prônera l’augmentation du smic et la relance budgétaire et verrouillera toute réforme du marché du travail, des retraites et de la protection sociale : car son allié de ces élections, le Modem ne pèse plus très lourd, tandis que l’extrême-gauche en sort plutôt renforcée.

Ces résultats ont été obtenus avec un taux d'abstention de 34,5% ; que ce serait-il passé si les abstentionnistes avaient voté à gauche ? La gauche voit dans sa victoire la sanction de la politique « de régression » (S. Royal) du gouvernement ; ce que le sondage CSA contredit (70% des électeurs disent avoir voté en fonction de considérations purement locales). En réalité, la gauche a gagné grâce à l’abstention des électeurs de droite, vu l’absence d’alternative politique. Une partie de l’électorat de Nicolas Sarkozy, en n'allant pas voter, a fait connaître sa déception. Toutefois, 18 des 22 ministres qui se présentaient ont été élus ou réélus, ce qui témoigne d’une confiance dans le gouvernement, confirmée par les sondages (66% des électeurs souhaitent que F.Fillon reste 1er ministre).

Dimanche soir, F.Hollande a estimé que « la conclusion du président de la République doit être de corriger la politique qu'il a conduite depuis maintenant 10 mois ». Ce n’est pas ce que souhaitent les français : à 67%, ils veulent que les réformes annoncées se poursuivent, l’amélioration du pouvoir d’achat recueillant 66% d’opinions positives, les réformes permettant de limiter des dépenses de l’Etat 42%, l’aide aux catégories sociales les plus défavorisées 36%. Ces deux dernières priorités montrent une société étonnement consciente des changements nécessaires et qui est prête à ceux-ci.

Alors, au boulot ! Il reste à moderniser le marché du travail, à boucler le financement les retraites, à diminuer les dépenses de protection sociale et à enfin engager une baisse sérieuse des dépenses de l’Etat : tout cela afin de rendre du pouvoir d’achat aux français, de diminuer les charges sociales des entreprises et de permettre enfin les créations d’emploi et une diminution de la dette publique. Bref, ce pourquoi N.Sarkozy a été élu.

12.03.2008

Le fascisme culinaire ne passera pas !

Le camembert AOC de Normandie devrait rester fabriqué au lait cru, les petits producteurs ayant remporté une victoire décisive face aux industriels qui voulaient supprimer cette obligation.

La « guerre du camembert » avait éclaté en mars 2007 lorsque Lactalis et Isigny-Sainte-Mère, deux groupes industriels laitiers, qui pèsent à eux deux plus de 80% de la production de camemberts AOC, usant de prétexte sanitaire, ont fait une demande officielle auprès de l'Institut national des appellations contrôlées pour que soit modifié le cahier des charges de l'appellation contrôlée « camembert de Normandie ». Ils réclamaient de pouvoir utiliser du lait dit « thermisé » (c'est-à-dire chauffé à plus de 40 °C et moins de 72 °C) ou « microfiltré » (débarrassé de tous germes, y compris les levures du lait), à la place du lait cru.

Un comité de défense du véritable camembert de Normandie, créé fin avril 2007, avait réuni des milliers de signatures pour « sauver le produit français le plus populaire dans le monde ». Des professionnels avaient accusé Lactalis et Isigny-Sainte-Mère de vouloir faire modifier le décret de l'AOC parce qu'ils avaient longtemps triché sur le respect des critères de production, en chauffant ou microfiltrant le lait. The Times, qui s’était emparé de l’affaire, accusait, « une combinaison de bureaucratie, de panique sanitaire et de fascistes culinaires » d'avoir persuadé ces groupes d'arrêter de produire du camembert avec du lait sorti du pis de la vache.

La décision, qui doit être officialisée dans les prochains mois dans le cadre d'une réforme de cette appellation d'origine contrôlée, constitue une grande victoire pour les défenseurs des produits de terroir face aux grandes marques de l'industrie agroalimentaire.

11.03.2008

Municipales : première manche

1225194081.jpgC’est la règle, ceux qui n’ont pas gagné ne peuvent pas dire qu’ils ont perdu pour ne pas démobiliser leur électorat et ceux qui ont gagné ne le crient pas trop fort pour ne pas remobiliser le camp adverse. On n’est pas dans le tsunami rose, mais pas non plus dans la vaguelette pink. L’analyse est difficile, des tas de listes d’intérêt local ne sauraient se compter ni à droite ni à gauche mais en gros, les socialistes ont plutôt marqué des points dans la 1ere manche des élections municipales : officiellement, les listes de gauche ont obtenu 47,9 % des voix, celles de la majorité 40,59 %, elles ont surtout beaucoup d’élus dès le 1er tour. Cependant, 14 des 22 ministres ont été élus au 1er tour ce qui peut laisser penser que les Français ne sanctionnent pas la politique du Gouvernement. On a la réplique au niveau des élections, des sondages : Sarkozy au plus bas, Fillon au plus haut.

Autre constat de ces municipales : la sociologie des grandes villes a clairement basculer à gauche. Les grandes villes et leur coeur avaient donné une majorité à S.Royal à la présidentielle et cela se confirme aux municipales. La droite se retourne vers des fiefs de province ou les villes de la banlieue. Après les municipales, il sera très intéressant de regarder la bataille suivante : les élections des présidents d'agglomération ou de communautés de communes pour voir le réel rapport de force qui s'installera au niveau local. Parmi les gagnants de ce phnomène, il faut particulièrement saluer l'élection au premier tour de G.Collomb à Lyon. Par contre, à Paris, la victoire de B.Delanoë bien que nette est entachée par la partie de politique politicienne qu'il est en train de jouer avec le Modem et les Verts avec en ligne mire le congrès du PS. Le comportement du Modem et de M.De Sarnez n'est pas non plus tout blanc dans l'affaire. Qu'elle arrête de faire croire que sa décision n'était pas prise de s'allier avec le PS bien avant le résultat du premier tour. 

Ce qui m’a fait plaisir, c’est la réélection d’A.Juppé acquise dès le 1er tour : parce qu’il a dit qu’il voulait être un maire à plein temps. Et que ça me parait frappé au coin du bon sens ; le métier de maire est un job à plein temps. C’est d’ailleurs la position de V.Pécresse qui estime que son job de ministre l’occupe déjà à plein temps et ne lui permettrait pas de gérer correctement une grande ville (Versailles). P.Devedjian, lui-même a indiqué, à propos de la décision de C.Estrosi de se retirer du gouvernement en cas d’élection à Nice, que le corps électoral plébiscitait dans les grandes villes un maire à plein temps. Bon, c’est pas gagné, les partisans du non cumul des mandats sont clairement minoritaires. Même A. Montebourg s’est laisser tenter, malgré ses précédentes déclarations, et vient de se faire élire en louchant sur la présidence du conseil général de Saône et Loire. Et pourtant, le non cumul revaloriserait un peu le métier de maire et redonnerait du crédit à celui de ministre : ça  permettrait en plus de voir émerger une nouvelle génération en politique.

Le PS, lui n’a toujours pas de stratégie électorale et F.Hollande et S.Royal continuent à tirer à hue et a dia le positionnement de leur parti ; F.Hollande déclarant ce matin que le PS n’est pas dans une stratégie d’alliance nationale avec le Modem, contrairement à ce qu’avait dit hier soir S.Royal, qui réclamait des alliances partout avec celui-ci.

Quand au Modem, sa stratégie consiste à se vendre au plus offrant au 2eme tour ; pour de la rénovation en politique, c’en est où je ne m’y connais pas. F.Bayrou, a prévenu que son mouvement ne donnerait « pas de consigne générale » et examinerait la situation « ville par ville, candidat par candidat ».

Pas de chance pour l’UMP, qui par la voix de J-P Raffarin et de P.Devedjian, s'est déclarée prête, à engager « une négociation globale » avec le Modem. L'Ump était même prête, en échange, à soutenir M. Bayrou à Pau, contre sa propre liste conduite par Y.Urieta ! F.Bayrou, a qualifié de manœuvre électorale cet appel à la négociation. Ouf ! Notre champion toute catégorie du et-et est heureusement là, vigilant républicain, entré en résistance jusqu’en 2012 : il vient juste de conclure une alliance (non, enfin le Modem local), avec le PS marseillais : la fusion des listes Modem-PS pourrait rapporter 5 sièges au Modem au conseil général en cas de victoire de la gauche.  J’appelle donc, pour ma part à débrancher le Modem, qui a refusé à ses électeurs du 1er tour une ligne claire et va essayer de leur faire soutenir les gagnants du second tour sans se soucier de leurs projets. J’aimerai bien voir un soutien de projet, pas forcément assuré de la victoire. Y en aura-t-il un ?

09.03.2008

Grand ménage de printemps chez les syndicats

1414216819.jpgAu delà de l’argent, il y a le pouvoir et L.Parisot a saisi le dernier rebondissement de l’affaire Denis Gauthier Sauvagnac (l’indemnité de départ de 1,5 million d’euros qui lui a été attribuée) pour demander aux membres de l’UIMM de remettre tous les mandats de représentation qu’ils détiennent dans les instances paritaires à la disposition du Medef. L’UIMM en totalise 140 ! C.Bébéar est venu soutenir L.Parisot : «  le rôle de l’UIMM, doit être proportionnel à son importance dans l’économie ; aujourd’hui, ce rôle est clairement disproportionné ». C’est la suite de l’élection de L.Parisot à la tête du Medef : celle-ci avait été élue au bénéfice d’une alliance entre le secteur des services et la Fédération du bâtiment, contre l’UIMM, représentant l’industrie.

Les services représentent plus de 70% dans le PIB, leurs dirigeants sont en train de prendre la place de ceux de l’industrie : symbole du changement, DGS énarque, inspecteur général des finances (qui n’a passé en tout et pour tout que 3 ans dans une banque et 4 dans une coopérative laitière) a été remplacé dans les négociations par C.Kopp, DRH chez Accor.

Cette affaire a quand même donné lieu à une sacrée mascarade : j’ai entendu à son sujet une très jolie expression « au bal des faux-culs, personne ne fait tapisserie ». A l’UIMM personne n’est responsable des retraits de liquide (19 millions) et personne ne sait qui en a bénéficié, sauf DGS ; on notera que celui-ci n’a pas été viré pour faute professionnelle ce qui est au moins l’aveu du soutien du bureau de l’UIMM à son action, retraits en liquide compris.Les syndicats jouent les vierges effarouchées et les parlementaires n’ont jamais entendu parler de ces choses. Bon, ceux qui en ont bénéficié, eux savent et pour le moment rien ne transpire. Une enquête est en cours, wait and see.

Il n’en reste pas moins que des syndicats patronaux et ouvriers qui gèrent paritairement des organismes comme l’Unedic, ne devraient pouvoir le faire qu’avec des financements transparents et une représentativité établie. Encore aujourd’hui, pas plus les syndicats patronaux qu’ouvriers ne sont tenus de tenir une comptabilité régulière ; ils bénéficient encore de la loi Waldeck Rousseau qui les en exonère. Il faudra rapidement que la certification des comptes soit la règle pour tous les syndicats ; c’est déjà le cas au Medef, à la CGPME et à la CFDT et Xavier Bertrand a confirmé qu’elle serait rendue obligatoire par la loi. Le développement de la politique contractuelle suppose que les syndicats soient représentatifs, c’est quand même le minimum ! (actuellement ils ne représentent que 8% des salariés). Il faudra renoncer au cartel organisé au sortir de la guerre et au système où un accord, signé par un seul syndicat majoritaire suffit pour être applicable. Bref, il faudra que les syndicats vivent des cotisations de leurs adhérents et que l’on sorte des financements occultes comme ceux tirés de la formation professionnelle pour les syndicats patronaux et des comités d’entreprise pour les syndicats ouvriers. Le financement des partis politiques a été assaini depuis 1988, vingt ans après, il est temps de faire le ménage dans celui des syndicats.

07.03.2008

Vaut mieux entendre ça que d'être sourd

Avant un week-end studieux d’élections avec son lot de psychodrame, de scoops, de « on a gagné », de « je vous mènerai vers d’autres victoires », d’analyse sérieuses qui vont ponctuer notre dimanche,  la suite du petit exercice commencé la semaine dernière (en espérant qu’il deviendra récurrent).

229833611.jpgHier, plusieurs milliers de fonctionnaires du Medad (Ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables) ont défilé dans la rue avec des panneaux :  « Sarko, Borloo, touche pas à mon boulot » ou encore « Pour un vrai Medad ». Ce défilé à l’appel de l’intersyndicale FO, CFDT, CGT et FSU revendique « la préservation des moyens de ce ministère » censé être « l’outil majeur de l’Etat pour mettre en œuvre les décisions issues du Grenelle de l’environnement » craignant que la RGPP remette en cause ses moyens, ses missions et surtout ses effectifs. Les syndicalistes et les fonctionnaires du Medad sont assez durs et injustes avec le Président et leur ministre d’Etat. C’est grâce à la volonté du Président que ce ministère existe, c’est lui qui a imposé l’idée d’un grand ministère avec des compétences élargies quand les autres candidats à l’élection voulaient un vice-premier ministre qui aurait eu une fonction honorifique mais rien de plus. En tant que fonctionnaires, ils doivent également savoir que le Président a également du faire face au conservatisme des autres ministères pour créer ce grand ministère aux super-compétences. Il leur a apporté un Grenelle de l’Environnement, salué par tous les acteurs, il a fait du développement durable un enjeu principal de sa politique. Et maintenant, les voilà dans la rue pour protester, grotesque et injuste…249526078.jpg

R.Karoutchi qui essaye de se faire bien plus bête et surtout plus excessif qu’il n’est. On dirait entendre du Cali ou même du Royal quand elle disait qu’elle sentait monter le risque de guerre civile avant le 2ème tour de la présidentielle. Alors bien sûr, nous sommes en campagne présidentielle, bien sûr qu’il faut taper dur sur la gauche, l’ennemi, pour faire revenir les électeurs un peu déçus du Président ainsi que ceux qui ne supportent pas les mensonges du PS, bien sûr que les socialistes utilisent des arguments que beaucoup trouvent plus que limite (attaques personnelles, confusion permanente, mauvaise foi et autres petites délicatesses auxquelles ils nous ont habitué). Mais ce n’est justement pas une raison pour faire de même.

La CNIL, en plus de sa mission première, s’octroie désormais de nouveaux pouvoirs comme ceux de créer de nouvelles infractions. Saisie pour 17 plaintes et plus de 160 signalisations d’enseignants au sujet du site internet note2be.com qui proposait aux élèves de noter leur prof en leurs attribuant une note nominative, elle vient de sanctionner le site « illégitimité ». Marrant comment les acteurs dans ce pays cherchent tout le temps à marquer leur originalité. Mais surtout, imaginez si tout ce qui est illégitime devait être sanctionné, on n’en finirait pas de sanctionner. Mais bon, le lobby des enseignants a gagné. Le site était ludique et un peu stupide mais les enseignants l’ont pris au pied de la 687819942.jpglettre. Peut-être ont-ils eu peur que le site remplace leur chère évaluation des inspecteurs de l’Education Nationale (entre 18 et 19,75, s’il vous plait) et qu’il reflète un tout petit peu plus la réalité que cette « évaluation » ; peut-être que plus généralement, ils ne veulent pas recevoir de notes et être jugés, ni que la vérité sur le niveau, la pédagogie de certains profs soient exposés en plein jour.  

J’aurai pu également parler de S.Royal qui rêve d'un PS à 3 millions d’adhérents ; elle peut toujours rêver. De M.Rocard qui publie une tribune pour une véritable politique du renseignement, lui qui a été un premier ministre qui a baissé les budgets de la Défense et de137758378.jpg l’Intérieur, qui fait partie d’une formation politique qui des fois n'est pas loin de considérer la Police comme la source de l'insécurité, qui parle d’échanger un porte-avion contre des moyens supplémentaires pour l’Education Nationale, comme si l’Education Nationale n’était pas assez bien dotée et surtout comme si la question se posait dans ces termes. J'aurai pu parler de Sophie Marceau qui quitte le plateau de TF1 parce que J.M.Le Pen était aussi présent ce soir-là. Ah les bobos et belles âmes si vous connaissiez la réalité du monde…

Toutes les notes