« 2007-08 | Page d'accueil | 2007-10 »

30.09.2007

La mondialisation s’accélère encore

7898e3720a42c9f61640fcd49056880d.jpgQuand la Chine communiste se met au capitalisme, elle s'en donne les moyens : 200 milliards de dollars, c'est ce que va peser le fonds souverain du gouvernement chinois, China Investment Corp (CIC), dont la principale mission sera de placer une partie du trésor de guerre dont dispose Pékin sur les sur les marchés boursiers. (Les réserves de change du pays, s’élevaient fin juin à près de 1 330 milliards de dollars).

Le gouvernement chinois cherche non seulement à augmenter la rentabilité de leurs réserves mais aussi à les abriter contre les fluctuations du dollar. Celles-ci sont investies à 70% en dollars, notamment en bons du trésor américain, placements sûrs mais à la rentabilité limitée. (La Chine en est le deuxième détenteur au monde après le Japon).

La mise en route de cette société d'investissements chinoise inquiète à l'étranger où l'on redoute de voir Pékin faire main basse sur certains joyaux industriels. L'achat, fin mai, avant même sa création officielle, pour trois milliards de dollars, d'un peu moins de 10% des parts de Blackstone, l'un des fonds d'investissement américain les plus importants, avait secoué les consciences.

Un économiste de l'Académie des sciences sociales, He Fan, indique que la CIC devrait se tourner vers « les bons d'autres Etats, des actions, des matières stratégiques, de la technologie ».

Ce nouveau fonds viendra s’ajouter à la liste déjà longue, des fonds existants : Les économistes de Morgan Stanley avaient estimé en mai que l'ensemble des fonds souverains d’Etat existant totalisait déjà quelque 2.500 milliards de dollars de placements.

Ainsi, le GIC (Governement of Singapore Investment Corp), fondé en 1981 pour investir les réserves de change de Singapour, gère aujourd'hui plus de 100 milliards de dollars d'actifs dans plus de 40 pays.

Le NBIM (Norges Bank Investment Management), fonds d’investissement souverain de la Norvège est l’un des plus puissants. Crée en 1996, il recueille tout ce que rapporte l’extraction du pétrole et du gaz et doit servir, une fois épuisées leurs réserves à financer les besoins du pays et notamment les retraites.

Il a accumulé depuis plus de 240 milliards d’euros et son fonctionnement est drastique : aucun placement en Norvège, afin d’éviter les risque de surchauffe de l’économie nationale et de ne pas favoriser des investissements peu rentables que des lobbying d’entrepreneurs pourrait être tentés d’obtenir. Fin 2006, ce fonds était le 2ème plus gros actionnaire du CAC40.

Par ailleurs, les fonds de pension eux aussi, investissent dans les actions des entreprises cotées. Ce sont des organismes financiers, gérant l’épargne issue des systèmes de retraite par capitalisation, que l’on trouve essentiellement dans les pays anglo-saxons. Les plus connus sont Calpers, Fidelity ou Scottish Widows (Les veuves écossaises). L’encours total des 300 plus gros fonds de pension a augmenté de 12 % en 2006 pour atteindre 7 500 milliards d’euros, selon le cabinet Watson Wyatt. Ces fonds détiendraient ainsi environ le quart des entreprises du CAC 40.

Certains aujourd’hui encore, en France se posent la question de la mondialisation : cette question n’est plus d’actualité. A moins de se murer dans nos frontières où de rêver tout éveillé, tel Michel Sapin, secrétaire national du PS à l'économie (et proche de Ségolène Royal) qui disait : « Cette parole libérée va permettre de se poser enfin la seule question qui vaille : quelles politiques publiques engager pour tenter de peser sur la mondialisation ? ».

18.09.2007

Si tu veux la paix, prépare la guerre

b770b0c5b9d5ee0e4652c327ca984182.jpgC’est à peu de chose près ce qu’a dit B.Kouchner, dimanche au micro du grand jury RTL : «Il faut se préparer au pire face à l’Iran ; le pire, c’est la guerre, Monsieur…On se prépare en disant, nous n’accepterons pas que cette bombe (atomique iranienne), soit construite…Nous devons négocier jusqu’au bout : mais la possession de l’arme atomique par Téhéran serait un vrai danger pour l’ensemble du monde ».

On en n’est encore là et Mohamed Elbaradei, le patron de l’AIEA a bien raison de demander à tout le monde « de ne pas se laisser emporter jusqu’à ce que nous soyons parvenus au bout de la procédure de vérification » qu’il fixe au mois de novembre ou décembre. C'est à dire dans 3 ou 4 mois. 

Ainsi, dans 3 ou 4 mois, nous y serons. Nous saurons, alors, si les avancées du programme d’enrichissement d’uranium permettront à court terme à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Dans cette éventualité, la question sera donc posée : accepter ou non sa réalisation. Ceux qui ne voudront pas même se poser cette question à l’aube de 2008, auront-ils plus de raisons de se la poser plus tard ? Comment se manifestera, la certitude qu’il est temps de répondre à la question ?

C’est que ces choix, ne se font pas « toutes choses égales par ailleurs » ; le temps que nous nous donnons est utilisé par d’autres et devant le semi échec des sanctions prises par l’Onu, une relance des sanctions européennes pourrait peser dans les négociations.

En tout cas, elles rappelleraient à l’Iran que les européens ne seront pas les gentils face aux méchants Etats-Unis. Seule, la réussite des négociations, qui pour cela doivent être prises au sérieux par l’Iran, pourrait permettre d’échapper « à l’alternative catastrophique de la bombe iranienne ou du bombardement de l’Iran » mais dans tous les scenarios, devant l’importance vitale des enjeux, réflexion et préparation s’imposent.

12.09.2007

Un peu de méthode ne nuit pas à la solution d’un problème

5e97d7fe8f52c27139b05a7406208ad2.jpgCertes ! Mais puisque le dossier est prêt et disponible chez F.Fillon ?

Méchant François qui n’attend qu’un signal du Président pour sortir son vilain décret. Gentil Nicolas, qui préfère le respect de la méthode, négociations réussies et décret seulement en cas d’échec de celles-ci, à la force brutale de son 1er ministre.

Les syndicats, tout d’un coup se sentent remplis d’affection pour François, qui leur éviterait les affres d’une négociation perdue d’avance et leur permettrait d’aller défiler joyeusement ; pour Nicolas, celui qui les oblige à jouer le jeu ou à refuser de jouer…

Et si François et Nicolas se donnaient la réplique dans une scénette qu’ils auraient écrite ensemble ?

 

10.09.2007

Encore une minute, Monsieur le bourreau

d460da581cddc248abc02c0b722e5b1f.jpgCe midi, F.Fillon sur Canal+, a affirmé que la réforme était prête et qu'elle pourrait être mise en œuvre dans les prochains mois si Nicolas Sarkozy donnait son feu vert « Il s'agit d'aligner les régimes spéciaux sur celui de la fonction publique, une mesure d'équité que tous les Français comprennent».

F.Hollande lui a répliqué sur radio J : « Toute précipitation, toute brutalité seraient contraires à l'idée-même de la réforme. Les régimes spéciaux, ce sont des régimes entreprise par entreprise, donc c'est dans les entreprises concernées ...qu'il faut engager les négociations. S'ils n'y parvenaient pas, c'est aux pouvoirs publics de reprendre effectivement l'initiative. On peut donner un délai de trois à six mois ».

Lorsqu'A.Juppé a tenté de réformer ces systèmes en 1995, il reçu en réponse des grèves qui ont paralysé le pays en novembre et décembre 1995. Les grèves avaient été particulièrement suivies à la SNCF et à la RATP, qui constituent, avec EDF-GDF, les trois plus importantes caisses de régimes spéciaux, avec 360.000 actifs et 500.000 retraités. On imagine sans peine, les résultats des négociations : la convergence dans vingt ans, de multiples exceptions et une application limitée aux futurs recrutés. D’ailleurs mercredi, Bernard Thibault a déjà mis en garde « contre toute reforme unilatérale sur les régimes spéciaux de retraite pouvant entraîner le pays vers des tensions comparables à celles des grèves qui avaient paralysé la France en novembre et décembre 1995 ».

Les régimes spéciaux, qui confèrent des droits supérieurs au régime général et à celui des fonctionnaires (âge de cessation d'activité, durée de cotisation...), concernent en France 1,6 million de personnes, dont 500.000 cotisants et 1,1 million de retraités, soit 6% des pensions versées chaque année.

En bénéficient notamment les salariés d'EDF, de GDF, de la SNCF, de la RATP ainsi que les marins, les mineurs, les clercs de notaire, les membres de la Comédie Française et de l’Opéra de Paris. Ces régimes, théoriquement autofinancés, sont de fait déficitaires, et renfloués par des subventions publiques qui ont été pointées par la Cour des comptes.

Rappel du régime général : 50% de la moyenne des salaires des 25 meilleures années, après 42 années de cotisations.

A la SNCF, les agents peuvent partir en retraite à 55 ans (50 ans pour les agents de conduite) après 25 ans de services avec une retraite complète, à 75 % du dernier salaire (calculé sur les 6 derniers mois), pour 37 années d'activité. On compte actuellement 175.000 actifs à la SNCF, pour 312.000 pensionnés. Bien entendu, il n'est pas possible d'assurer l'équilibre financier d'une retraite par répartition dans un tel contexte. Le comblement intégral du déficit de ce régime spécial de retraite est à la charge de l’Etat, sans la moindre limitation !  Ainsi, la subvention d'équilibre prévue pour 2005 s'élevait à 2,515 milliards d'euros, cadeau de l'ensemble des contribuables aux retraités de la SNCF.

A la RATP, les personnels de maintenance peuvent partir à 55 ans (50 ans pour les conducteurs).A EDF et GDF, l'âge de départ est fixé à 60 ans, 55 pour les salariés occupant les fonctions les plus pénibles (coût 400 millions d’euros)

Les clercs de notaires, les membres de la Comédie-Française, et de l'Opéra de Paris, les marins, les retraités des mines bénéficient eux aussi de régimes spéciaux dont les déficits sont de moindre ampleur.

F.Hollande réclame de la douceur, de longues négociations ; bref, tergiverse et ne souhaite pas se prononcer. En effet, le sujet est sensible : il ne peut pas donner l’impression de rallier une proposition de N.Sarkozy ni d’abandonner les bénéficiaires des régimes spéciaux. En revanche, ne pas soutenir une mesure d’équité, approuvée par la majorité des français, pourrait le mettre en fâcheuse posture et mettre à mal sa nouvelle attitude de rénovateur réaliste du PS. Il sera sur le sujet difficile de faire la synthèse des motions.

09.09.2007

Les 100 jours (2/3) : quatre pas vers le chemin des réformes

48ee1b47ed81c7e161e05557f3cf6809.jpgUn Président élu depuis 4 mois, une solide cote de popularité pour lui et ses ministres, une majorité confortable à l’Assemblée Nationale, un gouvernement d’ouverture, tout est prêt pour l’ouverture de la session extraordinaire et que la rupture promise puisse commencer. Les syndicats et la gauche qui ont été abondamment consultés depuis l’élection pour préparer cette session extraordinaire, savent qu’il va être très dur de bloquer le premier train de réformes. N.Sarkozy a été clair : « je veux tout dire avant, pour tout faire après » a-t-il martelé pendant la campagne. Il a suscité ainsi une forte attente de son électorat naturel et de tous ceux qui sont revenus de l’abstention ou du vote FN, pour lui.

C’est F.Fillon qui va se poser en garant de cette attente. Dans son discours de politique générale, il n’a rien retranché aux fondamentaux de la campagne présidentielle. Même volonté de réforme, même charge de rupture, son discours ne perd rien en densité par rapport à la campagne, clouant les « ressorts usés du modèle français », dressant le procès de la « croissance à crédit », cette « vieille croissance » qui étouffe la France. Jamais une telle charge contre le modèle français n’a tenu lieu de discours de politique générale, jamais autant de sujets qui fâchent n’ont été posé sur la table : fonctionnaires, retraites et régimes spéciaux, service minimum, franchises médicales, élections syndicales libres, flexibilité, gel des dépenses de l'État, sélection à l'Université « par l'orientation et le mérite », carte judiciaire, immigration choisie... En d’autres temps, un tel discours aurait déclenché des broncas sur les bans de l’Assemblée Nationale et chez les syndicats. Là, rien. La rupture, validée par le suffrage universel, est entrée dans les mœurs. Le premier ministre en sera le dépositaire, le gardien. Il a trouvé sa place, son rôle, un 2ème homme qui n’aspire pas à être le numéro un, un vice-président. Un changement dans nos institutions. Terminé les guerres intestines entre Matignon et l’Elysée. Un sacré démenti pour ceux qui moquaient sa disparition.

Au programme de cette session extraordinaire, 4 lois jugées prioritaires par le Président. 4 lois emblématiques pour montrer que la France est sur le chemin des réformes, que le Président se souvient du candidat. Comme un signal à l’électorat de droite tourmenté par l’ouverture.  4 lois qu’il faut faire passer tout de suite pour que le souffle de l’élection ne retombe pas, quitte à ce qu’elles aillent moins loin que prévu. L’important est aussi dans le symbole. Un début de mouvement après tant d’années d’immobilisme. Même si on peut regretter qu’elles aillent moins loin que ce qui a été annoncé pendant la campagne.

 

V.Pécresse, le ministre de l’Enseignement Supérieur, dont le projet de loi a été directement réglé par le Premier ministre et le Président, a donc fait passer son texte sur l’autonomie des universités. D’ici à 5 ans, toutes les universités accèderont à l’autonomie dans les domaines budgétaire et de la gestion de leurs ressources humaines. Les présidents d’université disposeront d’un droit de veto sur l’affectation des personnels et pourront recruter des contractuels. Les Conseils d’administration seront ramenés de 60 à 30 membres et s’ouvriront à des personnalités extérieures. Mais le président devra être un enseignant-chercheur et les personnalités extérieures ne participeront pas à son élection. En contrepartie de cette autonomie, l’Etat va investir 5 milliards dans nos universités. Pour toute opposition à cette réforme, la gauche a dénoncé le manque de moyens donnés aux universités.

Des moyens, voilà le discours traditionnel de la gauche pour tout ce qui touche au service public. Actuellement, nous dépensons environ 7000 euros par étudiant (moins que pour un lycéen, moins que les autres pays développés) y compris pour les 50% qui abandonnent leur scolarité avant l’obtention d’un diplôme et pour ceux qui s’inscrivent dans les filières sans débouchés. La vraie question n’est donc pas celles des moyens mais plutôt celle du gaspillage par dans un système défaillant. La solution passe par la sélection, l’orientation et la limitation du nombre de places dans les filières. Cela permettra aussi de revaloriser les diplômes. La licence ne vaut presque plus rien sur le marché de l’emploi car sans sélection à l’entrée ni pendant le cursus (avec le système de rattrapage et de compensation des notes), elle ne sanctionne plus un niveau ni des compétences. Ces solutions, qui seules permettront d’avoir un enseignement supérieur efficace, nécessiteront bien plus de courage politique que la simple autonomie.

 

Le garde des Sceaux, R.Dati, dont c’était la grande première dans l’Hémicycle, était chargée de mettre en musique les propositions du candidat pour une plus grande sévérité contre les délinquants récidivistes et pour mettre fin à la quasi-impunité des mineurs délinquants.  La loi récidive se divise en trois volets : les peines minimales pour les majeurs récidivistes, la suppression de l'excuse de minorité pour les mineurs de 16 ans ou plus en cas de récidive, et l'impossibilité pour un détenu condamné refusant une injonction de soin de bénéficier de la libération conditionnelle.

Mais là encore, la loi ne va pas aussi loin que les promesses de campagne. Le candidat nous avait expliqué que 5% des délinquants engendraient 50% de la délinquance, surtout pour la petite délinquance et qu’il lutterait contre celle-ci. La loi votée prévoit de nombreuses restrictions : seules les infractions de même nature pourront entraîner l’application des peines plancher et seules les infractions justiciables de plus de 3 ans d’emprisonnement seront prises en compte pour qualifier la récidive. C’est dire qu’en est exclue toute la petite délinquance qui exaspère les habitants des banlieues. Et pour couronner le tout, la liberté conférée au juge leur laisse toujours la possibilité de déroger aux nouveaux principes prévus. Autant dire que l’efficacité de la loi sera fortement limitée…

 

Le service minimum était la loi la plus attendue par l’électorat de droite. Symbole de la fin d’une arme politique des syndicats, cette réforme promise par le candidat devait assurer un service minimum de 3h le matin et de 3h le soir. La loi votée va bien moins loin. Terminée l’obligation des 2 fois 3 heures, la loi prévoit simplement la mise en place d’un plan de service minimum dans toutes les entreprises de transports terrestres réguliers de voyageurs. Les salariés grévistes doivent désormais se déclarer 48 heures à l’avance pour que l’entreprise organise le service minimum avec les non-grévistes qui ont désormais le droit de travailler sur des lignes autres que la leur. Au bout de 8 jours, un vote à bulletin secret devra avoir lieu mais il ne conditionnera pas la fin de la grève. Les syndicats et la gauche ont rechigné quelque peu sur ce texte mais devant la faiblesse de la réforme, c’est surtout la majorité qui a fait grise mine. Les amendements visant à durcir la loi ont tous été écartés et ceux visant à l’élargir à la Poste ou l’Education Nationale ultérieurement, en cas de succès, aussi. Ce texte permettra sans doute de mieux organiser le service avec les non grévistes ; il permettra de fournir l’information aux usagers du service public, 24 heures à l’avance, que celui-ci ne fonctionnera pas ! Mais en aucun cas, ce texte n’établira un service minimum dans les transports. Seul lot de consolation, l’indemnisation des usagers devient automatique. En tout cas, voilà une occasion perdue de réaliser sa volonté de réforme, surtout qu’un véritable service minimum était soutenu par 70% de la population et était réalisable par la majorité à l’Assemblée. Mais c’est vrai, que le Conseil Constitutionnel aurait écarté « la réquisition » et que cette loi, en l’état, ne pouvait guère fait plus.

 

Pour C.Lagarde aussi, c’était une grande première. Chargée de transposer dans les faits le célèbre « travailler plus pour gagner plus », elle a présenté une vaste loi sur la fiscalité. Ce « paquet fiscal » relève le bouclier fiscal à 50% (CSG et CRDS incluses), augmente l’abattement de l’ISF pour la résidence principale, quasi supprime des droits de succession, introduit les crédits d’impôts immobiliers et la défiscalisation des heures supplémentaires.

Mais ce paquet fiscal a subi des modifications. Le Conseil Constitutionnel a retoqué les crédits d’impôts immobiliers des contrats signés avant le 6 mai. En contrepartie, le crédit d’impôts passe à 40% la première année. Cette censure du Conseil Constitutionnel est un premier revers pour le Président qui ne peut pas tenir une de ses promesses de campagne. Mais la plus grande modification porte sur le « travailler plus pour gagner plus », sortie par le haut des 35 heures, qui pose problème à la droite depuis 10 ans. Pendant la campagne présidentielle, N.Sarkozy avait fait un choix, celui de revaloriser le travail. Les 35 heures seraient la durée légale mais pas un maximum. Les heures supplémentaires seraient majorées de 25% pour tous et seraient défiscalisées pour qu’il y ait un véritable avantage à travailler plus. Pour le candidat, quand on avait travaillé 35 heures, on avait payé sa part à la société. Donc pas de cotisations patronales, salariales, pas d’impôt sur le revenu. Choix audacieux et séduisant permettant d’augmenter le pouvoir d’achat, de baisser le coût du travail qui de surcroit ne coutait rien au budget de l’Etat.

Mais les partenaires sociaux ont bien compris le danger et le risque de succès de cette réforme qui marquait la fin des 35 heures et de notre Etat-providence. Ils ont alors mené un intense lobby auprès du Président pour que les salariés cotisent un peu. Un problème en entrainant un autre, la solution finalement mise en place fait perdre les principaux avantages de l’ancienne formule et surtout, l’Etat devra payer 6 milliards d’euros par an pour que les français travaillent plus alors qu’il paye déjà 20 milliards pour que les français travaillent moins. Ubuesque…

 

Mais l’affaire de cet été fut celle des fonctionnaires. Le gouvernement prévoit la suppression de 22 700 postes ; nous sommes loin du « un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne sera pas remplacé » promis pendant la campagne.  Le total aurait du faire 35 000, un fossé entre la promesse et la réalisation. Et ce n’est pas la timide sortie d’A.Santini sur le sujet qui comblera l’attente et la déception même s’il a dit des choses importantes à rappeler (24% de la population active est fonctionnaire, …). Pour justifier cette reculade, le Président a parlé des priorités du gouvernement (Université, Justice…) et à l’Université d’été du Medef a expliqué qu’il ne pouvait pas réduire le nombre de fonctionnaires avant d’avoir fait la révision des politiques publiques et d’engager une vaste réforme de l’Etat.

Et c’est là que me vient une question, à quoi servent les ministres d’ouverture sinon à faire passer ce type de mesures douloureuses, telle celle de la réforme des politiques publiques ? D’ailleurs, nous avons un secrétariat à la prospective et à la révision des politiques publiques, et E.Besson est une personnalité de l’ouverture. Qu’-a-t-il fait pendant cet été sinon travailler sur cette révision des politiques publiques, chose la plus urgente pour faire maigrir l’Etat ? Il a travaillé sur la TVA sociale à la place. Nous lui conseillons simplement de passer à l’offensive sur le vrai sujet de son secrétariat d’Etat plutôt que de tergiverser sur une réforme dont on peut douter de l’efficacité tant que les réformes structurelles n’ont pas été faites.

Le bilan de cette session parlementaire extraordinaire est un véritable mouvement sur des sujets importants après tant d’années d’immobilisme. Des réformes jugées impossibles peu de temps avant ont été passées. Et sans encombre, sans drames sociaux, sans blocages. Un premier train de réformes bien négocié. C’est déjà un grand pas et les électeurs du 6 mai s’en rendent compte. Mais les électeurs se rendent compte aussi que le compte n’y est pas par rapport aux promesses de campagne. Pour conclure, nous reprenons le mot du Président pour souhaiter bonnes vacances à ses ministres : « Attendez vous à ce que ça reparte très fort à la rentrée ». Les électeurs, la majorité silencieuse l’attendent, en effet.

L’opposition est de retour

224c4adfb09c859879e1cb8ae9566481.jpg

Après plus de 100 jours d’état de grâce, après avoir asphyxié la gauche avec l’ouverture, le président Sarkozy devait commencer à s’ennuyer de n’avoir personne contre qui ferrailler. Voilà, c’est terminé. Oh non, ce n’est pas la gauche qui se serait refait une santé, ni une cohérence, et sonnerait la charge contre le Président. C’est plutôt du côté des ennemis intimes qu’il faut regarder, de la chiraquie, le vrai ennemi de la droite sarkozyste. On dit que l’Histoire n’est qu’un recommencement…

C’est donc Dominique de Villepin, qui effectuait sa rentrée à l’occasion de la sortie de son livre sur Napoléon « Le soleil noir de la puissance », qui a décidé d’enfiler le costume de l’opposant. Il se pose en cette rentrée comme « celui qui remplit le rôle de conscience et d'aiguillon d'une majorité qui ne doit pas s'endormir sur ses lauriers », rien que ça !, rappelant les « courtisans » à la réalité d' « une conjoncture économique difficile », d'un « investissement pas glorieux » et d'un commerce extérieur qui « atteint les chiffres les plus mauvais ». Il dénonce pêle-mêle le fait que le Président reste partie civile dans le dossier Clearstream, la politique africaine, la possible caution à G.Bush sur l’Irak, la politique économique qui n’a pas donné de résultats…

Pour justifier sa sortie, avec une pointe d’humour, qu’on ne pourra pas lui reprocher, il explique qu’il « a été dans un gouvernement où Nicolas Sarkozy n'a pas arrêté d'expliquer qu'il fallait animer le débat, qu'il y ait des grandes voix, des consciences capables de porter le débat… Nicolas Sarkozy avait raison ». Nous lui donnons tout à fait raison sur ce point, le débat ne doit pas s’arrêter à droite. Les idées doivent continuer d’émerger à droite. Mais le président Sarkozy a été élu sur un programme dont la base était la rupture, la rupture avec les années Chirac dont D.de Villepin était un pilier. Avec le même humour, nous pourrions dire que l’ouverture ne doit pas se faire que dans un sens (de la droite vers la gauche) et qu’un futur congrès du PS aura lieu au printemps 2008. Il est encore temps pour l’ancien premier ministre de faire campagne…

08.09.2007

Amiens le soleil noir d’Austerlitz

ef69e2d77d549a02dc722724dd30005f.jpgQue celui qui a préféré aller à Amiens, le jour du bicentenaire d’Austerlitz, arrête d’écrire sur Napoléon !

Chirac était à Bamako et celui-là était 1er ministre, le 2 décembre 2005. Mais l’ambiance n’était pas très napoléonienne à l’époque…La polémique sur la colonisation était passée par là. N’écoutant que son courage, il s’en était donc allé bravement inaugurer une maison de l’emploi à Amiens.

 

Y’a du boulot

ea8deba417ccdc99aeaa31e5eef80fe9.jpgA Blois, mardi, le Président de la République a lu une lettre aux éducateurs : on mesure en quelques chiffres, la distance qui sépare les idées, somme toute de bon sens, des faits.

« Nul ne doit entrer en 6ème s’il n’a pas fait la preuve qu’il était capable de suivre l’enseignement du collège. » À l'entrée en sixième, 40 % des élèves « ignorent les connaissances de base »et à la fin de la troisième, 160 000 jeunes quittent le système, sans maîtriser le moindre savoir.

« Nul ne doit entrer en seconde s’il n’a pas fait la preuve qu’il était capable de suivre l’enseignement du lycée et le baccalauréat doit prouver la capacité à suivre un enseignement supérieur ». Le taux de réussite au bac est de 83% mais à l'issue de la première année d'université, 50 % des étudiants sont en échec.

Alors ? Serions-nous enfin prêts à faire changer les choses ? 

07.09.2007

Le prix de la baguette : une croustillante hypocrisie

    c16adc298396022332a5fee59102f77a.jpgLa rentrée s’est faite sur le thème du pouvoir d’achat : inquiétude des syndicats sur l’augmentation des prix et demande de revalorisation des salaires et des minimums sociaux, exploitation de la gauche qui essaye de mettre ça en rapport avec le paquet fiscal. Le gouvernement qui négocie directement avec la grande distribution pour faire baisser les prix des fournitures de rentrée scolaire. La grande distribution qui indique qu’elle n’acceptera aucune augmentation dans les négociations avec les fournisseurs pour « protéger le pouvoir d’achat » de ses consommateurs. Tout cela n’est qu’un grand jeu de dupes à destination des néophytes. Car la vérité est tout autre et souvent les responsables sont ceux qui crient le plus fort.

    Prenons un exemple simple mais très représentatif : le prix de la baguette. 5 % d’augmentation prévue à la rentrée dont 2% pour le prix de la farine et 3% pour l’augmentation du Smic. Voilà, déjà une première contradiction. La gauche et les syndicats passent leur temps à réclamer une augmentation du Smic. Mais plus de la moitié de l’augmentation du prix de la baguette est liée à celle du Smic et plus généralement, c’est l’ensemble des produits de première nécessité qui sont pénalisés par l’augmentation du coût du travail. Or qui sont les plus grands consommateurs de ces produits ? Les ménages modestes. Ce sont donc les ménages modestes qui financent les augmentations du Smic. Il faudrait réfléchir à être cohérent là-dessus et ne pas prôner d’un côté l’augmentation du Smic (jusqu’à 1500 euros pour certains) donc du coût du travail et de l’autre déplorer l’augmentation du coût de revient des produits qui pénalisent le pouvoir d’achat et l’emploi, en liaison avec coût du travail trop élevé.

    Ensuite, l’autre raison de la hausse : le blé a fortement augmenté, 40%, comme les autres matières premières agricoles ; 100% pour le lait, 40% pour le beurre, 35 % pour le maïs, 17 % pour le cacao, 24 à 46 % pour les huiles. Le développement de la consommation dans les pays émergents (dont la Chine) et l'essor des biocarburants (maïs, colza, canne à sucre) font pression sur la demande. Et du côté de l’offre, l’intervention de l’Etat n’a pas aidé les choses : politiques agricoles malthusiennes avec des quotas et des jachères limitant la production, incitation pour la culture bio et écologique au détriment de l’agriculture nourricière intensive.

    L’augmentation des prix n’est pas limitée aux produits agricoles et touche plus largement tous les produits. Pour lutter contre ce phénomène, le gouvernement veut s’attaquer à la loi Galland et aux marges arrière. Pour bien comprendre la perversité de cette loi, prenons des chiffres. Leclerc achète 100 un produit à son fournisseur. Il lui facture 35 au titre de la coopération commerciale, c’est la marge arrière. Le produit ne lui coute donc que 65. Mais la loi Galland interdit de réintégrer dans le seuil de revente à perte, cette marge arrière et comme la vente à perte est interdite, Leclerc ne peut pas vendre moins de 100. Ayant bien compris le système, la grande distribution, d’un côté, facture des marges arrière importantes qui vont directement dans sa poche et de l’autre côté, se donne une bonne image en dénonçant les fournisseurs qui augmentent leur prix et l’Etat qui empêche de faire baisser les prix.

    Mais la loi Galland n’est pas la seule loi en cause dans cette sur inflation des prix dans les grandes surfaces. La loi Raffarin de 1996 (comme quoi la dissolution de Chirac était une bonne chose devant tant d’incompétence) était faite pour protéger le petit commerce et pour parer à l'invasion des distributeurs allemands. En bloquant toute installation de moyenne et grande surface (dès 300m²), la loi a accordé un monopole de fait aux entreprises existantes. Monopole à la vente permettant d’imposer des prix élevés aux consommateurs ; mais aussi à l’achat, en permettant d’imposer leurs conditions aux fournisseurs, ce qui nuit à l’emploi productif en France. Conséquence de cette absence de concurrence, le taux de marge du grand commerce alimentaire a augmenté de 12 points entre 1996 et 2002, financé par le consommateur avec une "sur inflation" de 7 % sur l'alimentaire, soit 10 milliards d'euros… Mais il est plus difficile de s’attaquer à cette loi, son auteur étant toujours un cadre influent de la majorité présidentielle. 

    Dans cette histoire, tous les acteurs sont hypocrites : la droite qui a instauré un système pervers pour satisfaire une partie de son électorat, la grande distribution qui, sous les apparences de la défense du consommateur, est le principal bénéficiaire du système, les syndicats qui veulent toujours plus sans s’occuper des conséquences au niveau macroéconomique et la gauche dont la politique de redistribution renchérit le coût du travail ce qui étouffe la croissance et empêche que celle-ci soit synonyme de création d'emplois.    

 

04.09.2007

La France met le paquet

2fa5f2375148b2615b57e77a80cfb3ba.jpgMalgré l’absence de menace terroriste avérée, les ministères de l’Intérieur et de la Défense ont sorti les gros moyens pour protéger les différentes équipes de la Coupe du monde de rugby, qui commencera vendredi au stade de France par le match France-Argentine. La Coupe du monde de rugby doit durer 45 jours, du 7 septembre au 20 octobre et des matches seront organisés dans dix villes de France. Les organisateurs attendent 2,4 millions de spectateurs, 400.000 visiteurs étrangers et plus de 4.000 représentants des médias.

Le dispositif de sécurité a été réparti entre la police et la gendarmerie et il va mobiliser 27.000 policiers et gendarmes, 1.500 militaires, 5.000 pompiers et 4.000 secouristes.

Toutes les équipes bénéficieront d'une protection rapprochée, notamment les pays qui sont impliqués dans la guerre en Irak et qui risquent de ce fait de servir de cible à d'éventuels activistes : une trentaine de policiers du RAID et des éléments du GIPN surveilleront les équipes de France, de Nouvelle Zélande et d’Italie. L’escadron parachutiste de la gendarmerie nationale s’occupera de quatre autres équipes, Etats-Unis, Australie, Canada et Angleterre. Enfin, les équipes seront protégées dans les 90 voyages en TGV et 28 trajets en avion prévus. Lors des déplacements en autobus, les rugbymen seront escortés par des motards.

En ce qui concerne la surveillance aérienne, la police a mobilisé un avion équipé de caméras infrarouge pour voir de nuit. L’armée de l’Air, elle tiendra un dispositif de protection prêt à en cas d’attaque terroriste venue du ciel : trois hélicoptères militaires de type Fennec, avec à leur bord des tireurs d’élite, seront déployés en Ile-de-France. En outre 400 démineurs sont mobilisés pour examiner les engins suspects.

Toutes les notes