04.10.2008
Moralisation de la rémunération des mandataires sociaux

Cette semaine, il y a eu l’annonce du remplacement du directeur général de Sanofi-Aventis, Gérard Le Fur par Chris Viehbacher, en provenance du concurrent britannique GlaxoSmithKline.
Détails de ce changement de têtes : G.le Fur lui, recevra 2,7 millions de « Golden good-bye » et 100 000 euros pendant 24 mois pour n’accepter aucune mission concurrentielle (tout en restant quand même salarié, à 50 000 euros bruts mensuels, de Sanofi pendant 30 mois). Le conseil d’administration vient de ficeler le package imposant de C.Viehbacher qui, lui recevra : 1,2 millions d’euros de salaire fixe, entre 150 et 200% de celui-ci en salaire variable, 2,2 millions d’euros de « Golden Hello », 2,4 millions d’euros de « Golden Parachute », une retraite chapeau reconnaissant une ancienneté de 10 ans (!), 65 000 actions gratuites Sanofi (3,2 millions d’euros au cours de vendredi soir) et enfin 200 000 stock-options ! D’où la tête réjouie de l’impétrant. Ce n’est pas possible, si, si, c’est là.
Et comment est-ce possible ? Tout simplement parce que le comité de rémunération, (dont le job est justement de fixer les rémunérations), est composé d’administrateurs qui siègent entre eux. Et, ils jouent à « Tu me donnes un siège, je te fixe une rémunération sympa ». Chez Sanofi-Aventis, ce petit chef d’œuvre a été concocté par René Barbier de la Serre (1), Thierry Desmaret (2), Jurgen Domann (3), Jean-René Fourtou (4) et Lindsay Owen-Jones (5) dont les fonctions donnent une idée du cercle fermé dans lequel se jouent les Conseils d’administration des entreprises.
Donc, le CA de Sanofi-Aventis va donner (involontairement !) un bon coup de pouce à N.Sarkozy. A Toulon, il avait déclaré « Je suis pour les grandes rémunérations quand il y a de grands risques et de grandes réussites ». Je ne vois pas de grands risques dans le futur boulot du nouveau patron et pourtant il va bénéficier du plus extravagant « package salarial » qu’on ait vu depuis longtemps. D’autant que depuis le début de l’année, Sanofi-Aventis a perdu plus du quart de sa valeur et va réduire des effectifs d’un tiers.
Laurent Parisot, qui a réussi à réveiller de son long sommeil le comité d’éthique du Medef (qui y réfléchit depuis sa création, au printemps dernier !), a fait savoir vendredi qu'il présenterait lundi ses propositions pour encadrer la rémunération des dirigeants d'entreprise. Ca tombe bien ! Puisque N.Sarkozy a demandé aux organisations patronales de « présenter publiquement leurs propositions sur l'encadrement des rémunérations des patrons avant le mardi 7 octobre afin que le gouvernement puisse en tirer les conséquences lors du Conseil des ministres qui se réunira à cette date ».
Il souhaite que « les dirigeants qui ont le statut de mandataire social ne bénéficient pas en même temps des garanties liées à un contrat de travail, qu'ils ne reçoivent pas d'actions gratuites, et que leur rémunération soit indexée sur les performances économiques réelles de l'entreprise » ; il a également indiqué qu'il ne voulait pas que les dirigeants puissent prétendre à un parachute doré « lorsqu'ils ont commis des fautes ou mis leur entreprise en difficulté » et enfin, il s'est enfin prononcé en faveur de la généralisation de l'intéressement et de la distribution des stocks-options à tous les salariés d'une entreprise lorsque ses dirigeants en sont bénéficiaires.
Joignant le geste à la parole, le patron de Dexia, Axel Miller, a dû renoncer à une indemnité de départ de 3,7 millions d'euros, sous la pression du gouvernement français qui a menacé de ne pas débloquer l'argent nécessaire au sauvetage de la banque franco-belge.
Ces souhaits sont bien sympathiques, mais vous pouvez mettre toutes les lois que vous voulez : tant que les administrateurs se recruteront en cercle fermé et que les rémunérations seront votées par leur conseil, ils trouveront toujours un moyen pour se rémunérer confortablement. La solution ? Soumettre au vote de l’Assemblée générale, ces rémunérations. Ca nous éviterait l’encombrement de l’agenda des députés, une nouvelle augmentation de la règlementation et les effets pervers que ces mesures ne manqueront pas d’introduire dans la vie des entreprises. Parce que quand même, en quoi l’Etat est-il concerné par la rémunération des dirigeants d’entreprises privés ? Ne concerne-t-elle pas au premier chef, leurs actionnaires ? Surtout qu’en ce moment, l’Etat pourrait trouver un beau terrain d’action, en moralisant les dérives de la République : Pour cela, il suffit de regarder ce qui se passe par exemple au Sénat, dont les anciens présidents peuvent bénéficier d’un appartement à vie (6) et d’autres avantages conséquents (7). Sénat, dont le coût de fonctionnement n’est pas une donnée publique, que même la Cour des Comptes ignore et ce, malgré le fait qu'il s'agisse d'une institution démocratique financée sur fonds publics. Ne sont-ils pas eux aussi des mandataires sociaux ? En s’occupant activement des dépenses de fonctionnement de la République et de ses dérives, le gouvernement trouverait à moraliser les règles économiques de la vie politique de la République, pour le plus grand bien de ses actionnaires, nous les citoyens.
(1) Administrateur de PPR, d’Aluthéa et de Nord-Est, Vice-Président du Conseil de surveillance d’Edmond de Rothschild Corporate Finance, Membre du Conseil de surveillance de la Compagnie Financière Saint-Honoré, de la Compagnie financière Edmond de Rothschild Banque, de Financière Vivaldi et de Schneider Electric, Administrateur délégué d’Harwanne Compagnie de Participations Industrielles et Financières, censeur de Fimalac, Président des comités d’audit de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild et de PPR, Président du comité consultatif sur la gouvernance de la Caisse des Dépôts et Consignations, Membre du comité des rémunérations de PPR, Membre du comité de rémunérations, de nominations et de la gouvernance de Schneider Electric, Membre du comité de direction de Financière du Dauphin)
(2) Président du Conseil d’administration de Total, Administrateur de L’Air Liquide, Membre du Conseil de surveillance d’Areva
(3) Président du Conseil d’administration d’Adecco , Administrateur de BG Group et d’IBM
(4) Président du Conseil de surveillance de Vivendi et du Groupe Canal, Président Honoraire de la Chambre de Commerce Internationale, Vice-Président du Conseil de surveillance d’Axa, Membre du Conseil de surveillance de Maroc Telecom, Administrateur de Cap Gemini SA, d’Axa Millésimes SAS, de Nestlé et de NBC Universal Inc.
(5) Président du Conseil d’administration de L’Oréal, Président du comité stratégie et réalisations de L’Oréal, Administrateur et Vice-Président du Conseil d’administration de L’Air Liquide, Président d’Alba Plus, Président du Conseil d’administration de la Fondation d’Entreprise L’Oréal
(6) par un arrêté de 2002 qui prévoit la mise à disposition pour les anciens présidents du Sénat, « s'ils en expriment le souhait, d'un appartement à Paris » pris entièrement en charge par le Sénat.
(7) Voiture avec chauffeur, bureau avec une secrétaire, un collaborateur et de deux gardes du corps.
15:47 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : viehbacher, sanofi, sarkozy, parisot, medef, mandataire social, dexia
09.03.2008
Grand ménage de printemps chez les syndicats
Au delà de l’argent, il y a le pouvoir et L.Parisot a saisi le dernier rebondissement de l’affaire Denis Gauthier Sauvagnac (l’indemnité de départ de 1,5 million d’euros qui lui a été attribuée) pour demander aux membres de l’UIMM de remettre tous les mandats de représentation qu’ils détiennent dans les instances paritaires à la disposition du Medef. L’UIMM en totalise 140 ! C.Bébéar est venu soutenir L.Parisot : « le rôle de l’UIMM, doit être proportionnel à son importance dans l’économie ; aujourd’hui, ce rôle est clairement disproportionné ». C’est la suite de l’élection de L.Parisot à la tête du Medef : celle-ci avait été élue au bénéfice d’une alliance entre le secteur des services et la Fédération du bâtiment, contre l’UIMM, représentant l’industrie.
Les services représentent plus de 70% dans le PIB, leurs dirigeants sont en train de prendre la place de ceux de l’industrie : symbole du changement, DGS énarque, inspecteur général des finances (qui n’a passé en tout et pour tout que 3 ans dans une banque et 4 dans une coopérative laitière) a été remplacé dans les négociations par C.Kopp, DRH chez Accor.
Cette affaire a quand même donné lieu à une sacrée mascarade : j’ai entendu à son sujet une très jolie expression « au bal des faux-culs, personne ne fait tapisserie ». A l’UIMM personne n’est responsable des retraits de liquide (19 millions) et personne ne sait qui en a bénéficié, sauf DGS ; on notera que celui-ci n’a pas été viré pour faute professionnelle ce qui est au moins l’aveu du soutien du bureau de l’UIMM à son action, retraits en liquide compris.Les syndicats jouent les vierges effarouchées et les parlementaires n’ont jamais entendu parler de ces choses. Bon, ceux qui en ont bénéficié, eux savent et pour le moment rien ne transpire. Une enquête est en cours, wait and see.
Il n’en reste pas moins que des syndicats patronaux et ouvriers qui gèrent paritairement des organismes comme l’Unedic, ne devraient pouvoir le faire qu’avec des financements transparents et une représentativité établie. Encore aujourd’hui, pas plus les syndicats patronaux qu’ouvriers ne sont tenus de tenir une comptabilité régulière ; ils bénéficient encore de la loi Waldeck Rousseau qui les en exonère. Il faudra rapidement que la certification des comptes soit la règle pour tous les syndicats ; c’est déjà le cas au Medef, à la CGPME et à la CFDT et Xavier Bertrand a confirmé qu’elle serait rendue obligatoire par la loi. Le développement de la politique contractuelle suppose que les syndicats soient représentatifs, c’est quand même le minimum ! (actuellement ils ne représentent que 8% des salariés). Il faudra renoncer au cartel organisé au sortir de la guerre et au système où un accord, signé par un seul syndicat majoritaire suffit pour être applicable. Bref, il faudra que les syndicats vivent des cotisations de leurs adhérents et que l’on sorte des financements occultes comme ceux tirés de la formation professionnelle pour les syndicats patronaux et des comités d’entreprise pour les syndicats ouvriers. Le financement des partis politiques a été assaini depuis 1988, vingt ans après, il est temps de faire le ménage dans celui des syndicats.
23:29 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parisot, gauthier, uimm, bertrand, syndicats


























