01.11.2008
Le New Deal de campagne de Roosevelt

A l'heure où tout le monde ne parle que de plan de relance, d'un New Deal à la Roosevelt, j'ai lu quelque chose d'assez savoureux sur le sujet dans l'analyse de Jean-Marc Vittori dans Les Echos d'hier. En clair, il explique que Franklin Roosevelt avant d'être celui qui a mis en place le New Deal, sorti de la crise les Etats-Unis et gagné la Seconde Guerre Mondiale, avant ça, Roosevelt s'était fait élire sur un programme ultra-ultra-libéral comme nous dirions aujourd'hui, face à son adversaire républicain qui menait une véritable politique socialisante pour ne pas dire socialiste.
Imaginez, le New Deal originel de Roosevelt, celui proposé aux américains pendant la campagne présidentielle américaine de 1932, était en vérité très différent de ce qui a été mis en place. Il condamnait les dépenses publiques téméraires et extravagantes et il promettait de les diminuer de 25 % afin d'éliminer la bureaucratie malfaisante. Il prônait également un dollar fort, la fin des subventions agricoles et un retrait massif de l'Etat fédéral d'un nombre de secteurs importants où il était inefficace, ce qui se traduisait par la fin des emplois publics et l'absence de programme de grands travaux...En un mot, strictement l'inverse de ce qui a été mis en oeuvre. Et c'est sur ce programme qu'il a été élu largement élu le 8 novembre 1932.
Mais une fois en place, c'est strictement l'inverse qui a été fait et même, ce sont les politiques mises en place par son prédécesseur, le désormais honni Hérbert Hoover, qui ont été prolongées et amplifiées, ce qui empêchera une sortie de crise dès 1933. Cela est confirmé par un conseiller de Roosvelt, Rexford Guy Tugwell, qui avoua bien plus tard que « presque la totalité du New Deal a été extrapolé à partir de programmes mis en place par Hoover ». Ce qui fait dire à l'éditorialiste que le prochain président américain mettra en oeuvre, en lieu et place de la rupture des années Bush, sa continuité : guerre en Irak qui se transformera en Allemagne ou Japon du Moyen-Orient, baisses d'impôts pérennisées... Un peu comme en France où la rupture d'avec les années Mitterrand-Chirac promise par Sarkozy commence vraiment à ressembler à une rupturette. J'exagère un peu, beaucoup de choses on changé depuis 18 mois à commencer par le fait que nous avons désormais un président, mais jai du mal à digérer le fait que dès que la situation se dégrade nous en revenions aux bonnes vieilles recettes de grand-mère tonton et de chichi qui ont montré leur inefficacité maintes et maintes fois, vu la crise permanente dans laquelle nous sommes plongés depuis ce beau printemps de l'année 1981.
08:43 Publié dans Réflexions et philosophie... | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : new deal, plan de relance, roosvelt, hoover, crise
14.09.2008
Un livre, un jour
Ayant été tagué par Le Chafouin à propos de mes lectures actuelles, je me colle à la tâche, ce qui m'arrange bien au passage tant l'envie de blogguer semble m'avoir quitté depuis un petit moment. Cela dit cette chaîne commencée on ne sait plus trop où ni par qui (je rejoins le Chafouin quand il dit que c'est surement un libraire qui veut savoir quels livres nous lisons ) présente quand même un petit intérêt : montrer que les gens lisent encore et pas que les torchons qui fleurissent les kiosques...Je suis globalement étonné par la qualité et même la difficulté des livres que tout à chacun lit au quotidien, c'est-à-dire en plus du travail, de la famille, des activités sportives et de tout ce qui prend du temps. Voir que les français continuent pour leur moment de détente à lire et à lire des bouquins de qualité, des livres d'histoire (car ce n'est pas avec ce qu'on apprend à l'école qu'on peut avoir, ne serait-ce qu'une vague connaissance de l'Histoire, j'en fais l'amère découverte à chaque fois que j'ouvre un livre), des essais, des bouquins philosophiques, voilà qui me remet du baume au coeur pour ce pays que je pensais globalement sur la très mauvaise pente en matière culturelle et intellectuelle pour ne pas dire foutu, comme le dit régulièrement notre hastable . Tant qu'il y a de la lecture, il y a de l'espoir...
Après vous avoir embêtés avec mes considérations pseudo-intellectuelles, passons dans le vif du sujet et parlons un peu bouquins. L'objet de cette chaîne est d'ouvrir un bouquin à la page 123 et de citer un paragraphe ou partie de cette page. Mais comme toutes les chaînes, chacun est libre d'en faire ce qu'il veut, ce que je vais donc faire. Au lieu d'ouvrir un bouquin, je vais en ouvrir 3, celui qui j'ai fini de lire, celui que je lis en ce moment et celui que je vais lire après et je citerai un paragraphe et peut-être plus.
Le bouquin que je viens de finir est L'étrange défaite de Marc Bloch. Citation : "Que de nos soldats avaient donc de bonne volonté et de gentillesse ! Il n'est aucun de nous, même parmi les vieux durs à cuire, qui n'en ait été ému. Ils débarquaient du train, éreintés par un long voyage, affamés souvent, quelquefois sans autres vêtements que les hardes hétéroclites que les Anglais leur avaient distribuées, après naufrage. Ils avaient perdu, en route, leurs unités, leurs chefs directs, leurs "copains". Fréquemment, pour rejoindre enfin le stationnement où ils retrouvaient un peu de cette atmosphère d'entraide collective, si nécessaire à l'homme de troupe, il leur fallait encore parcourir, à pied, bien des kilomètres. Pas une plainte, pourtant ; un brave "merci" récompensant toute attention qu'on pouvait avoir pour eux ; le contentement, non seulement de se sentir, provisoirement du moins, à l'abri, mais aussi de revoir sain et sauf tel ou tel officier dont le sort les avait inquiétés. J'ai reçu quelques poignées de main qui m'ont fait chaud au coeur. En vérité, le souvenir de ces journées m'empêchera toujours, si jamais j'en étais tenté, de désespérer du peuple français."
Très beau passage en soi, d'un très beau livre (sur lequel je reviendrai dans une petite fiche de lecture tant il m'a marqué) mais qui pose déjà un problème : ce passage ne prend son sens que si je cite le paragraphe suivant, ce qui risque d'assommer le peu de lecteurs qui veulent bien déjà me lire. Mais bon, si je faisais un blog pour avoir des lecteurs en masse, je n'écrirai pas sur la politique, l'économie ou les relations internationales, j'écrirai plutôt sur les derniers enfants du couple Pitt-Jolie ou encore sur la dernière prestation de l'Equipe de France.
Donc suite de la citation : "Vint, pour nous commander, un général animé certainement des meilleurs intentions, parfaitement sincère dans sa foi militaire, dur à lui-même comme aux autres, mais chez qui le sens psychologique ne s'élevait pas à la hauteur des autres qualités. Il jugea que l'ambiance n'était pas tout à fait celle d'une caserne bien tenue et voulut y remédier. Les rondes d'officiers se multiplièrent et les observations sur les vareuses incorrectes plurent de toutes parts. Echappés à ce que les journaux appelaient déjà, pompeusement, mais non sans quelques justesses, l'enfer des Flandres, beaucoup d'entre nous avaient cru pouvoir faire venir leur femme, dans les villages où nous logions : les simples soldats au moins aussi souvent que les officiers, de sorte que l'égalité n'était nullement blessée. Le général sévit. Un guerrier peut, s'il lui plait, aller au bordel ; les embrassements conjugaux, par contre, sont pour lui péché d'amollissement. Comme notre nouveau chef était, à sa facon, un juste, il commença, d'ailleurs, par infliger quinze jours d'arrêts de rigueur au vieux général de réserve, qui nous avait gouvernés avant lui ; ne l'avait-il pas rencontré un soir, bras dessus bras dessous avec sa vénérable épouse ? On rit. L'homme du rang n'en fut point consolé. En quelques jours, la température morale avait changé. Symptôme significatif : le salut des officiers, jusque-là offert avec un cordial empressement, ne le fut plus que d'une main parcimonieuse et, visiblement, par contrainte. Un pseudo-dressage avait ruiné, avec une merveilleuse promptitude, la bonne et saine humeur d'une troupe venue du feu et destinée, croyait-on, à y retourner." Savoureux et oh combien actuel...
Le deuxième livre est le quatrième et dernier tome de la biographie de Charles de Gaulle par Max Gallo, La statut du Commandeur. Citation : "Il mesure combien, autour de lui, on voudrait qu'il intervienne, qu'il incite les ministres et les députés à s'engager dans la campagne électorale. Il parcourt les journaux. L'opposition multiplie les attaques, répète le commentaire de Defferre sur son intervention du 4 novembre ; elle se résumerait, selon le maire de Marseille, à un "Moi ou le chaos". La formule est partout reprise. Il serait le vieux monarque que les caricaturistes du Canard enchaîné représentent en souverain de plus en plus ridicule, autoritaire, vaniteux, égocentrique, qui s'en va, répétant à la Cour : "L'Etat, c'est moi" autre manière de dire "Moi ou le chaos". Il repousse les journaux, il ferme le dossier contenant la revue de presse. Est-ce possible qu'il y ait un tel décalage entre ce qu'il est, ce qu'il pense, ses mobiles et cette façon dont on le représente ? Il éprouve encore plus de lassitude, de dégout, de mépris. Se tenir à l'écart, voilà la règle. "En fin de compte, dit-il, les Français feront ce qu'ils voudront. Ils voteront pour moi ou contre moi. En tout cas il faudra qu'ils se décident, car on ne peut pas rester indéfiniment assis entre deux chaises. Ils diront si ce qui se fait leur convient ou s'ils préfèrent retourner à leurs histoires. S'ils le veulent nous pourrons bâtir quelque chose de solide. S'ils ne le veulent pas, eh bien, qu'ils aillent au diable ! J'aurais fait tout ce que j'aurai pu et je ne pourrais rien faire de plus. Ce sera à eux de choisir une nouvelle ligne d'action." L'époque n'était pas à la communication et De Gaulle n'en connaissait que le contact direct avec la population. En revanche, l'opposition qui n'en était pas à ses débuts en la matière, réussait presque à accréditer l'idée du coup d'Etat permanent : ça nous rajeunit pas tout ça...en revanche, ça date un peu les récentes gesticulations de l'opposition, du "cet homme est dangereux de S.Royal au "Sarkozy porte atteinte à des principes républicains fondamentaux" de F.Bayrou...
Enfin, la dernière citation du livre que je relirai prochainement, Insoumise d'Ayaan Hirsi Ali: "Quand le médecin lui glisse qu'elle peut avorter, l'embryon est encore tout jeune, elle dit : "Non, non, maintenant, j'ai perdu les faveurs de mes parents, ce n'est pas pour perdre aussi les faveurs d'Allah en assassinant mon enfant." Elle refuse catégoriquement l'avortement. Ce n'est pas discutable. "Je brûlerai en enfer." D'après l'islam, une grossesse hors mariage est certes un grand déshonneur pour la famille, mais aux yeux d'Allah on peut encore s'en sortir. Mais l'avortement est un péché mortel sans rédemption !". Ayaan Hirsi Ali, vous savez, cette ex-députée néerlandaise d'origine somalienne, quasiment apatride désormais, menacée de mort par les islamistes pour ses critiques envers l'islam dont le paiement de la protection rapprochée a été suspendu par le gouvernement néerlandais en 2007. Une promesse avait été faite par le candidat N.Sarkozy d'offrir la protection aux femmes en danger à travers le monde en leur accordant la citoyenneté française ; on attend toujours la mise en oeuvre réelle de cette promesse. Mais bon, faut comprendre : la pression médiatique est redescendue donc plus rien n'a gagner de ce côté. Pareil, pour les médias et ceux qui vivent du débat permanent et de la lumière médiatique, plus de meeting à la Mutualité, plus de déclaration de soutien dans Libé, dans Télérama, dans Charlie Hebdo...Ah, les belles-âmes...mais par contre, qu'est ce qu'on les entend tous sur la visite du Pape en France qui remettrait en cause la séparation de l'Eglise et de l'Etat et annoncerait même une nouvelle offensive conjointe de la Sarkozie et des obscurantistes contre la République en danger...Ridicule et dérisoire.
Donc voilà pour mes lectures actuelles et désolé d'être sorti un peu des clous de cette chaine avec des passages bien longs et qui ont probablement perdu en route un certain nombre d'entre vous. Ce petit exercice a eu une véritable vertu, me redonner un peu l'envie de blogguer...Aux autres maintenant : je taggue la Lime, Hastable, la fabrique d'épingles (à qui cette chaine fera peut-être le même effet que moi), théatre des opérations, objectif liberté et enfin Cali, qui est pour moi la meilleur illustration de gauchisme médiatique...
15:25 Publié dans Réflexions et philosophie... | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : de gaulle, gallo, bloch, ayaan hirsi ali, royal, sarkozy, bayrou
16.07.2008
De la liberté d'expression à la française
Ce soir, j'étais parti pour écrire un post sur S.Royal, sur sa proposition démagogique de racketter taxer la moitié des bénéfices de Total. J'étais parti pour lui expliquer comment se formaient ces 12 milliards de superprofits, lui expliquer que les Etats et au premier plan, l'Etat français se goinfraient bien plus que les actionnaires, que les salariés gagnaient plus que les actionnaires, que les pays producteurs gagnaient plus que les actionnaires. Mais j'ai changé d'avis, non pas sur Total et S.Royal (je garde mon billet en réserve, je suis sûr qu'il resservira) mais sur mon sujet. J'ai changé d'avis en lisant le portrait de Sylvain Gouguenheim dans Le Figaro et je me dis qu'il y a des choses plus importantes que la dernière démagogie de la madone du Poitou.
Sylvain Gouguenheim est professeur est agrégé d'histoire et germaniste et enseigne l'histoire médiévale à l'Ecole Normale Supérieure (ENS) de Lyon. Il a écrit plusieurs livres et le souci vient de son dernier : "Aristote au Mont-Saint-Michel : les racines grecques de l'Europe chrétienne". Dans cet ouvrage, il émet l'idée que les savants arabo-musulmans n'étaient ni les seuls ni les premiers à transmettre les oeuvres des Grecs et qu'il existait également un réseau de copistes lié à la chrétienté via Byzance, la Sicile et jusqu'au Mont Saint Michel. De plus, il émet aussi l'idée que les penseurs grecs ont été traduis en arabe avant tout par des chrétiens, les syriaques.
En un mot, Sylvain Gouguenheim discute du dogme selon lequel, notre civilisation européenne ne tiendrait son héritage grec que (et j’insiste sur le que) de la part du monde musulman, ce monde musulman ayant connu une période d'Islam des Lumières" entre le 9ème et le 12ème pendant que l'Europe était plongée dans l'obscurantisme de l'Eglise et des croisades. En fait, ce professeur s'attaque tout simplement au dogme théorisé par J.Chirac selon lequel "l'Europe aurait autant de racines chrétiennes que musulmanes".
Vous allez me dire, quel est le problème ? Les historiens ont encore une liberté d'expression dans ce pays (c'est pas la Chine tout de même) et ce cher monsieur ne fait qu'exprimer une thèse qui n'engage que lui. Oui mais voilà, cela se corse car son livre a été publié dans une maison d’édition « Le Seuil » réputée de gauche et surtout, il a été défendu avec éloge par Roger-Pol Droit dans Le Monde. Et ça, la police de la pensée ne pouvait pas le laisser passer, Sylvain Gouguenheim est devenu l'historien à abattre.
Un procès politique, pire une véritable chasse à l’homme. Ainsi, une pétition signée par 200 personnes de l’ENS circule rapidement mais elle ne sort du cercle universitaire que le 5 mai. Une pétition dans Télérama mais également un article de chercheurs dans Libération instruisent un véritable procès contre l’auteur de ce livre. Les signataires de la pétition accusent l’auteur d’avoir "commis au minimum une faute, qui procède d'un grave manquement aux principes fondamentaux de la déontologie universitaire pour n'avoir à aucun moment, dans aucun des lieux collectifs, fait état de sa recherche en cours".
Quant au collectif de chercheurs accuse tout simplement l’auteur d’"une relecture fallacieuse des liens entre l'Occident chrétien et le monde islamique" et de tenir "une série de raisonnements fallacieux" au profit de "thèses qui relèvent de la pure idéologie", puisant dans un "présupposé identitaire", un "racisme culturel " et une inspiration "proche de l'extrême-droite". Depuis, l’auteur du livre subit injures et suspicions. Dès lors, les articles se multiplent pour rappeler la place prépondérante de l’Islam dans l’héritage de l’Occident et pour dénoncer le livre qui "relève d'un projet idéologique aux connotations politiques inacceptables" et l’auteur d’avoir un "répugnant dessein" : celui de "réduire à néant la notion même d'arabité".
La polémique historique ne m’intéresse pas, même si le sujet, je n’en doute pas, doit être passionnant. Non ce qui m’intéresse et que je déplore, c’est qu’en France, certains peuvent être encore être véritablement lynchés publiquement pour avoir exprimé des idées. Cela montre l’intolérance de certains milieux "intellectuels", des spécialistes de la pétition toujours prêts à se mobiliser pour défendre un copain en difficulté (comme l’épisode de la pétition Benamou-Poivre d’Avor l’avait montré). Cela montre aussi l’intolérance des défenseurs intellectuels de l’Islam, des gardiens idéologiques du temple. Il n'y a qu'une vision de l'Islam possible et tous ceux qui en dévient subiront les foudres des gardiens.
Depuis ce professeur a arrêté de donner ses cours, il est très atteint par la polémique (être accusé de raciste, xénophobe et autres énormités pour simplement avoir écrit un livre sur le Moyen-Age) et sera probablement marqué du fer rouge de la suspicion dans le milieu "libéral" universitaire. Cela ne fait que me confirmer dans mes idées, l’Université est corrompue de l’intérieur par un certain nombre (majoritaire ?) d’idéologues et d’intolérants dont le but n’est pas d’enseigner mais d’embrigader, n’est pas de chercher mais d’imposer leur point de vue sous couvert d’un titre de professeur. La liberté d’expression en France semble avoir pour limite les thèses officielles des universitaires/médiatiques et ceux qui en sortent seront marqués du sceau de l'infamie. Une honte...
23:58 Publié dans Réflexions et philosophie... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : islam, gouguenheim, université, occident
01.10.2007
De la Justice en France

La justice de notre pays a un problème. Pas seulement un problème de moyens, même s’il est vrai que la Justice est le parent pauvre de notre budget (6,3 milliards d’euros soit 2,3% du budget 2007, ce qui place la France au 29ème rang en Europe) et que celui-ci devrait être au moins doublé, pas seulement non plus, un problème d’organisation, même si une réforme de la carte judiciaire, qui date de 1958 avec De Gaulle et même de Napoléon dans certains aspects, est plus que nécessaire pour remettre un peu de cohérence dans le système. La Justice a un problème plus large, plus profond. Crise de confiance avec les citoyens, friction et même opposition avec le gouvernement, irresponsabilité des juges qui ne doivent jamais rendre de comptes… Non, les disfonctionnements de notre système judiciaire sont plus profonds et sont liés à nos Institutions. La commission Balladur est une chance pour réformer au cœur notre Justice…
La question centrale est celle de l’indépendance de la justice. Celle-ci se base sur le principe de la séparation des pouvoirs : élaboré par Locke et Montesquieu au 18ème siècle, il vise à séparer les différentes fonctions de l’Etat afin de limiter l’arbitraire et d’empêcher les abus de pouvoir. Ce concept, fondement des pays démocratiques, est appliqué plus ou moins souplement : aux Etats-Unis les trois pouvoirs sont totalement indépendants avec des juges élus, le Royaume-Uni n’a pas de séparation des pouvoirs, la France a un système hybride où la Justice est une autorité indépendante mais n’est pas un pouvoir au même titre que le Législatif ou l’Exécutif…
Et c’est ce système hybride qui est à la base de nos problèmes. Les responsabilités ne sont pas délimitées, les compétences des uns chevauchent celles des autres, la séparation des pouvoirs n’est pas claire. Le chef de l’Etat (pouvoir exécutif) est le garant de l’indépendance de la Justice. Les juges du siège sont nommés et révocables par le gouvernement en Conseil des Ministres, les juges du parquet sont censés représenter le Ministère Public et donc appliquer la politique pénale du gouvernement mais revendiquent une certaine indépendance. Cette situation n’est pas tenable…
Si nous voulons avoir une Justice indépendante, c’est-à-dire une Justice qui soit un véritable pouvoir au même titre que les deux autres, alors le garant de cette indépendance ne doit plus être le Président de la République mais la Constitution, notre loi fondamentale. Et un pouvoir indépendant doit avoir une tête, une représentation. Actuellement, cette fonction est répartie entre le Conseil d’Etat, le Conseil Supérieur de la Magistrature et le Conseil Constitutionnel.
Nous devons créer une Cour Suprême qui fusionnera ces institutions et leurs fonctions. Cette Cour Suprême sera la plus haute instance judiciaire de notre pays, son sommet. Sa fonction sera de vérifier la constitutionnalité et la validité juridique de toutes les lois et décrets sans avoir besoin d’être saisie par un groupe parlementaire et elle devra trancher en dernier recours les litiges les plus complexes aussi bien judiciaires qu’administratifs… Ses membres devront être en nombre limité, nommés à vie sans possibilité de destitution (garant d’une véritable indépendance vis-à-vis du pouvoir politique), selon un processus de confirmation à la majorité qualifiée par le Législatif sur proposition de l’Exécutif.
Pour que l’indépendance soit véritable, il faut aussi s’attaquer à la séparation effective entre le Siège et le Parquet et donner l’indépendance totale à la magistrature assise, le Siège. Ces juges du siège représentent le peuple et rendent la justice en son nom. Ils doivent donc être nommés soit par le peuple soit par sa représentation mais en tout cas, pas par l’Exécutif seul. On peut imaginer soit un système d’élection des juges comme cela se passe aux Etats-Unis, soit un processus de nomination sur proposition de l’Exécutif avec confirmation par la Commission des Lois. En tout cas, ce processus devra être transparent et mettre en lumière les qualités de juge pour exercer cette fonction et non plus la seule proximité avec le pouvoir.
Mais l’indépendance ne peut aller que de pair avec la responsabilité. Tout le monde a en mémoire l’affaire Outreau. La Cour Suprême devra être chargée du processus d’auditions lorsqu’un juge sera soupçonné d’avoir commis des erreurs et de prononcer des sanctions. La responsabilité des juges veut aussi qu’il faudra rappeler fortement que les juges ont pour fonction d’appliquer la loi votée par le pouvoir Législatif et non de faire la loi ni de détourner son application en fonction de ses propres convictions…
Maintenant, les juges du parquet. Censés représenter le Ministère Public, ils sont donc des représentants du gouvernement devant appliquer la politique pénale définie par le Garde des Sceaux à qui ils doivent rendre des comptes. Ils doivent faire appliquer la loi. Ils doivent continuer à être nommés directement par le Garde des Sceaux. Dans le malaise actuel de la magistrature face à l’interventionnisme du Garde des Sceaux, il faut réaffirmer la prééminence du politique dans ce domaine, tout en garantissant la liberté d’action nécessaire des procureurs pour qu’ils effectuent leur travail dans les meilleures conditions. Mais en aucun cas, ils ne doivent s’affranchir d’appliquer la politique pénale décidée par le Garde des Sceaux. En cas de faute ou d’erreur d’un magistrat du Parquet, il revient au Garde des Sceaux de choisir si le dossier est suffisant pour être porter devant la Cour Suprême qui sera chargée de prononcer les sanctions.
Devant cette nouvelle architecture du système judiciaire, le poste de Garde des Sceaux ne sera plus un poste gouvernemental comme les autres. Poste très sensible, la personnalité destinée à l’occuper doit être auditionnée par le pouvoir Législatif pour évaluer sa compétence. La nomination doit donc, là encore, suivre un processus particulier de confirmation par le Législatif à la majorité qualifiée sur proposition de l’Exécutif.
Et enfin, un dernier point, relatif aux affaires gouvernementales. La récente affaire Clearstream et les différentes affaires qui ont émaillé les dernières années montrent qu’une réforme est nécessaire dans le traitement des affaires impliquant les membres du gouvernement. Dans de tels cas, il faut qu’une commission d’enquête parlementaire soit créée et qu’un procureur spécial soit nommé par l’opposition. Il aura les pleins pouvoirs judiciaires pour mener l’enquête. Cette commission sera chargée d’auditionner les protagonistes de manière publique (car les affaires concernant un membre du gouvernement méritent la transparence) et s’il y a lieu de transmettre le dossier à la Justice pour d’éventuelles poursuites judiciaires.
Que la Justice devienne un vrai pouvoir indépendant est le seul moyen de mettre fin à la crise qu’elle traverse. Cette réforme institutionnelle doit permettre de lui donner son indépendance vis-à-vis du gouvernement et de la rendre responsable car les juges et les procureurs ne sont pas au-dessus des lois. L’indépendance, la responsabilité et la transparence sont les 3 piliers qui doivent conduire cette réforme de la Justice…
06:00 Publié dans Réflexions et philosophie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, indépendance de la justice, responsabilité, outreau


























