25.07.2009

Au lieu de vouloir supprimer le Bac, pensons à lui rendre sa valeur

diplome.jpgAprès les résultats du Bac qui montre un taux de réussite de 85%, la polémique sur la valeur du Bac a resurgi. Les différents articles dans la presse ne font que reprendre ce que tout le monde sait mais ne veut pas s’avouer car cela remettrait en cause un monument national : les notes sont surévaluées (notation sur plus de 20 points, révision à la hausse en commission, rattrapage permettant de donner le bac à tout le monde ayant eu plus de 8/20), le niveau des programmes a baissé ainsi que celui des élèves. Conclusion, le bac n’est plus ce qu’il était et pire, envoi à l’Université beaucoup de personnes qui n’ont rien à y faire.

 

Mais en réponse à cette polémique, beaucoup voient dans la suppression du Bac la solution, comme si casser le thermomètre ferait baisser la fièvre. Outre le fait que les français sont attachés au Bac, qui est le symbole bicentenaire de la méritocratie, je ne comprends pas ce courant de pensée démissionnaire face à la baisse du niveau général. La gauche a ouvert le bal en voulant 80% d’une classe d’âge au Bac et donc un bac que ne vaut plus rien et la droite pousse le bouchon encore plus loin en voulant faire quelques millions d’économies. La gauche est démissionnaire par grand cœur et bien-pensance mais la droite est encore plus lâche en ne pensant qu’à économisuer sur les politiques publiques alors que c’est les politiques publiques inefficaces qu’il fut cibler et pas celles nécessaires.

 

On ne peut pas se plaindre d’un côté que l’Education Nationale ne transmet plus les savoirs, que l’Ecole n’assure plus sa mission d’ascenseur social et d’instruction de la jeunesse et vouloir supprimer le symbole du savoir et de la connaissance ! Et pire, le remplacer par un certificat de fin de scolarité basé sur le contrôle continu, autant dire un sous-sous-Bac qui ne vaudra réellement rien. Ce qu’il faut s’est véritablement rétablir le niveau du Bac, le niveau des programmes, le niveau d’exigence des professeurs, le niveau de l’Ecole…quitte à ce que cela fasse mal et coute cher pendant un certain temps. Il faut rétablir le redoublement au lieu de faire passer tout le monde dans la classe supérieure sans avoir le niveau. Il faut rétablir le travail manuel et les formations professionnelles, comme dans le temps afin que ceux qui ne peuvent, ne veulent suivre la voie générale, aient une formation et un métier et ne perdent pas leur temps jusqu’à l’obtention d’un diplôme qui ne donne plus rien…

 

Mais en attendant que le Bac redevienne ce qu’il doit être, le sésame d’entrée à l’Université, la question de la sélection à l’entrée des Universités reste entière. L’université ne peut plus accepter autant d’étudiants dont 50% échoueront en première année et seulement 40% en sortiront avec un diplôme. Une meilleure orientation doit avoir lieu en classe de Terminale  certes mais faire de l'orientation la seule et unique réponse à cette question est un leurre ou plutôt encore une lâcheté. La question de la sélection devra être abordée et mise en place un jour ou l'autre. Une sélection à l’entrée faite par les Universités elles-mêmes, que ce soit sur dossier ou sur concours. Mon avis penche sur concours pour que l’égalité et la méritocratie républicaines soient respectées : tous les élèves voulant aller dans une filière passent les mêmes concours les mêmes jours et les meilleurs sont pris, les autres sur listes d’attente. Ceci permettra également de régler le problème du nombre de places dans les filières…Il ne restera plus qu’à s’attaquer ensuite aux programmes et à la question des débouchés pour que notre université retrouve le chemin de la performance…

23.04.2008

Manifestations lycéennes : le danger des vacances

1131321917.jpgNous avions déjà parlé ici des manifestations lycéennes. Celles-ci se poursuivent désormais mais en province. Pourquoi ? A cause des vacances pardi. Les lycéens parisiens sont désormais en vacances et même les syndicats les plus manipulateurs, qui tentent d’enrôler les masses lycéennes (phénomène en développement depuis que les jours de grève ne sont plus payés) dans leur bras de fer avec un ministre de droite qui veut réformer l’Education Nationale (trop d’oxymores dans la même phrase, droite-réformer-Education Nationale), ne peuvent rien contre les vacances. Impossible de mobiliser des lycéens en vacances même quand « l’école est en danger » (à cause de la suppression de 0,5% des postes de professeurs).La seule chance  de cette mobilisation est que les vacances sont alternées selon les zones et donc finies pour la zone B. Les lycéens de cette zone  sont donc « mobilisables ». On peut douter que les lycéens eux-même croient véritablement dans les mots d'ordre selon lesquels l'Ecole est en danger, en tout cas, si c'était le cas, peut-être qu'ils se mobiliseraient même pendant les vacances. Les manifestations sont bien souvent seulement un moyen pour prendre quelques journées de congès bien méritées avant ou après les vacances. 

En tout cas, si un combat doit symboliquement avoir lieu et un sujet sur lequel le gouvernement ne doit pas céder, c’est bien celui-là. Tout d’abord, cela signifiera la fin du jeunisme ou du caprice des enfants-rois (auxquels tous les gouvernements ont tout cédé dès qu’ils descendaient dans la rue) et terminerait un cycle ouvert en Mai 68 (pour les raisons opposées à ce mouvement). Ensuite, l’Education Nationale est surement un des domaines qui a le plus besoin de réformes et si le gouvernement cède maintenant, c’en est terminé de toutes réformes ambitieuses. On retournera dans la cogestion avec les syndicats. Enfin, le ministre X.Darcos est un des seuls à droite à avoir un véritable projet, une véritable vision pour l’Education Nationale et il ose essayer de la mettre en œuvre. Il est à craindre que s’il échoue à faire passer ses réformes de l’Education Nationale, ce sujet soit laissé à la gauche et aux syndicats pour très longtemps encore avec une poursuite de la destruction de l’Ecole publique de Jules Ferry, enfin ce qui l’en reste, et en contrepartie un très fort développement de l’enseignement privé.

Surtout que l’écart entre le ministre et les lycéens est loin d’être si grand. Beaucoup de vues sont partagées des deux côtés, (retour à plus d’autorité, introduction de plus de contrôle continu pour le baccalauréat, besoin d’amélioration du niveau général, plus grande individualisation des cours, meilleure maitrise des fondamentaux, retour d’un certain classicisme dans l’enseignement et surtout à la méritocratie à la française). Il suffit de lire les banderoles dans les défilés pour s’en convaincre. Les banderoles vers la fin des défilés, après la parade syndicale qui réclament toujours plus de moyens. Ces banderoles qui mettent en avant l’inquiétude sur la qualité du système éducatif. Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et leurs aspirations sont beaucoup plus réalistes voire inversées par rapport à leurs aînés et ça c’est déjà une grande victoire. Une rupture…

12.04.2008

Manifestations par procuration

1371888822.jpgX.Darcos a osé affronter les pédagogistes et ce sont ces gens là qui poussent dans la rue les enseignants ; ils ont senti le vent du boulet et lancent maintenant les analphabètes dans la rue, renfort promptement convaincu que de passer de 32 à 33 élèves par classe remettra en cause, de façon définitive, leurs chances de sortir de l’état dans lequel ils sont actuellement (dans les années 60, une moyenne de 40 élèves par classe, n’entrainait pas pour autant le niveau abyssal actuel), prêt à gober leur propagande sur le manque de moyens de l’Education nationale (1er budget de l’Etat quand même) dans notre pays qui en Europe est celui qui dépense le plus pour ses collégiens et lycéens, pour les résultats les plus maigres.  

Quelque 8 500 postes d'enseignant, sur plus d’un million, vont être supprimés mais pour la moitié, ces suppressions seront compensées par des heures supplémentaires effectuées par des enseignants volontaires. L’inquiétude est donc «disproportionnée» par rapport aux enjeux, d’autant qu’actuellement plus de 28 000 enseignants ne se sont pas devant les élèves ; il y a donc de la marge !

En fait, voila les raisons de leur colère, qui tiennent dans la présentation faite le 20 février des nouveaux programmes du primaire et dont J.P.Brighelli a analysé le fond dans un billet savoureux que je reproduis ici. Bon week end à tous.

"Mesurons bien le scandale : Darcos voudrait donc que l’école primaire apprenne à lire, écrire et compter – et à maîtriser les dates-phares, les grands personnages, et les œuvres plastiques majeures de l’Histoire de France. Comment ? Rien sur les masques nègres de la porte de Clignancourt ? Plus de « découverte de l’environnement », de rubrique « koa 2 neuf », d’éducation à la diététique et de « production d’écrits » ? Non : des dictées et des rédactions, du calcul mental, de la mémorisation. De surcroît, un peu plus de sport – il faut bien que testostérone passe…

Insupportable prétention. Le ministre affirme même que, tout en laissant les instituteurs libres de leur pédagogie, il conviendra d’enseigner le code alphabétique aux enfants, parce-que le sens vient de la maîtrise du code, et non de l’Observation Réfléchie de la Langue , superbe périphrase inventée par les Pédagogues pour désigner la vacuité grammaticale. Il prétend diviser par trois le taux d’échec en Primaire – qui actuellement se mesure en 6°, chacun repassant aux autres la patate chaude de la dysorthographie, de la dyscalculie, et toutes les dyslexies provoquées par l’idéo-visuel Foucambert et autres billevesées si fort en vogue dans les IUFM. A terme, diviser aussi par trois ces 160 000 collégiens qui sortent de 3° sans rien dans les mains, ni dans la tête – parés pour se faire dévorer tous crus. Scandale vous dis-je… ou inconscience : l’horaire de Français passera à 8 h en CP-CE1, à 10h les trois années suivantes – parce-qu’il n’est pas de maîtrise possible sans une imprégnation en profondeur. Horreur finale : ce n’est pas en pensant aux NAP (Neuilly-Auteuil-Passy) que le ministre a concocté ces abominations, mais en souhaitant qu’Aulnay-sous-Bois, les quartiers nord de Marseille ou la banlieue de Lille maîtrisent enfin la langue française. Comment ? Un homme de droite, un « réac » fier de l’être (il s’en vante lui-même dans le Figaro du 21 février) se soucie davantage des banlieues que toutes les belles consciences bêlantes – cette gauche à bobos qui a trahi la Gauche. La ligne de partage des eaux n’est peut-être pas si claire que cela. Ou, si l’on préfère, l’Ecole n’est pas le champ clos des idéologies mais la maison commune de tous les citoyens.

Si vous ajoutez à ce sombre tableau que le ministre recommande l’apprentissage de la politesse, du respect, et l’emploi du vouvoiement… on comprend mieux la réaction outrée du SNUipp : « des programmes qui sentent la blouse grise et le bonnet d’âne… ».