10.07.2009

Magnifique Gadonneix ! Magnifique...

medium_simpsonsedf.jpgPierre Gadonneix, patron d’EDF de son état mais également diplômé de Polytechnique (vous verrez cela à son importance) a fait une sortie qui n’a pas du plaire à tout le monde : il souhaite qu’EDF augmente ses tarifs de 20% dans les 3 ans. La justification à cela est qu’il faut qu’EDF arrête de s’endetter pour ces investissements et il nous rappelle au passage que nous français, nous avons l’énergie la moins cher d’Europe. Franchement il y a qu’un crâne d’œuf sorti d’une des écoles de l’Etat pour arriver à avoir le cran de nous assener des telles énormités…

 

Enormité en effet car il faut se rappeler que c’est le même qui, il y a 2 mois, a choisi d’endetter un peu plus EDF en lançant un emprunt obligataire auprès des français. Emprunt obligatoire d’ailleurs fort bien souscrit car il a permis de récolter au moins 3,2 milliards d’euros censés servir à financer les investissements hasardeux du groupe EDF. Et désormais, P. Gadonneix vient expliquer aux mêmes français, cette fois-ci citoyens et consommateurs et non plus investisseurs, qu’EDF et trop endetté et qu’il faut que l’Etat approuve une augmentation de tarifs pour rembourser les emprunts. Magnifique que de demander à vouloir rembourser le taux promis aux français investisseurs d’un côté avec une augmentation de tarifs sur la facture de ces mêmes français de l’autre.

 

Mais le summum est atteint quand P. Gadonneix justifie cette augmentation du fait que le prix de l’électricité française est moins cher qu’ailleurs (30 à 40% par rapport aux autres pays européens). Venant presque me reprocher que l’Etat français ait fait le choix d’investir dans le nucléaire il y a plus de 50 ans avec les impôts de mes grands-parents et parents et qu’aujourd’hui, nous bénéficions d’un petit retour sur investissement. Là encore P. Gadonneix veut nous faire payer 2 fois en nous vendant de l’électricité issue du nucléaire financé par les contribuables français au prix de l’électricité issue du charbon. Et hop, on se met deux fois la marge dans la poche…

 

Je ne sais pas vous mais moi j’ai un peu l’impression d’être pris pour un sacré bleu dans cette histoire : on me demande de souscrire un emprunt avec un bon taux car cela permet de financer des investissements et 1 semaine après me dit que l’argent qui servira à me rembourser, c’est l’argent qu’il me prendra en plus sur ma facture… Mais en plus, on me dit que cette augmentation est normale car nos tarifs sont moins qu’ailleurs, alors que ces tarifs moins chers font partie du patrimoine français car ils ont été financé par les impôts de mes parents et grands-parents (les programmes d’investissement faits dans le nucléaire depuis le Général) et les miens encore actuellement (les EPR, le CEA…).  Franchement chapeau l’artiste !!! Ce monsieur n’a aucun sens de l’intérêt national, il n’est pas fait pour diriger une entreprise publique et encore moins une entreprise publique qui est le fer de lance dans le nucléaire, symbole stratégique de la puissance française. Qu’il aille dans un hedge fund ou qu’il monte une entreprise d’électricité privé mais qu’il arrête surtout de prendre les français pour des imbéciles finis…Heureusement par chance, le mandat de P.Gadonneix arrive à échéance en novembre prochain...

30.06.2009

Ressuscitons le gosplan pour 5 mois

Apprenti_sorcier.jpgNous avions déjà un déficit structurel du budget (cela fait 35 années que la France n'a pas réussi à réaliser un seul excédent budgétaire !), la crise nous a dotés d’un déficit conjoncturel avec les dépenses de relance et maintenant nous allons pendant plus de 5 mois chercher à nous créer un déficit de dépenses d’avenir ! C’est en gros la feuille de route : le déficit budgétaire atteindrait, selon les dernières prévisions d’E.Woerth 125 milliards d’euros, dont 40 milliards de structurel et 85 de déficit de crise. Ceci ne suffisant pas, il faudra donc ajouter le coût des « grands projets d’avenir » définis comme prioritaires qui permettront de « dessiner la France de demain » (ou peut-être la France d’après…) et qui feront l’objet d’un grand emprunt national début 2010 !

 

Notre grand visionnaire de président, GVNS (1), parle déjà d’aménagement du territoire, d’éducation, de formation professionnelle, de recherche, de santé et d’innovation, tandis que notre geek de premier ministre, GFF (1), cible le numérique, les logiciels, les nanotechnologies, les biotechnologies, les écotechnologies et la voiture du futur ; les partenaires sociaux, les parlementaires et les représentants du monde de l’économie, de la recherche, de la culture seront invités à venir avec leurs idées afin d’être bien certain que les grands projets d’avenir irrigueront de leurs bienfaits tous les coins de France (et surtout que leurs chapelles soient bien défendues). Voila qui va faire plaisir à Angela et à Barroso qui saura tout de suite quoi faire de leurs recommandations à 3%.

 

Comment peut-on proposer d'augmenter encore la dette publique, même au travers d'un grand emprunt national, alors que cette dernière devrait avoisiner les 80 % du PIB en 2009 ? (120% si l’on compte les retraites des fonctionnaires !). Cela m’échappe et est peut-être un des grands paradoxes de GNVS qui fait un discours à Versailles sur l’impérieuse nécessité de réduire les déficits mais s’empressent de l’augmenter avec un grand emprunt tout en insistant sur les économies à faire sur les dépenses de fonctionnement. Sans parler de GFF qui passe son temps à jouer le père fouettard de la dette et qui cautionne une augmentation astronomique de la dette…Ou alors, c’est peut-être de la tactique électorale : si l’emprunt est un succès, comme il sera lancé début 2010, notre GVNS disposera d’une approbation des français, bien utile pour préparer les régionales de mars. Mais là, ça fait chère la victoire électorale et c’est donné un prix bien plus élevé que ce qu’il est à l’opposition…

 

Ce grand emprunt revient aussi à dire que l'augmentation de la dépense publique est la seule réponse valable à cette crise : or avons-nous besoin de magnifiques plans conçus par des cerveaux visionnaires, de grands projets décidés par l’autorité centrale ? Sommes-nous sûrs que leurs décisions d’investissement seront meilleures que celles qui auraient été prises par chacun des investisseurs en toute liberté de décision ? La dépense publique atteint déjà 54% du PIB : n’y a-t-il vraiment que l’Etat qui sache mieux que tout le monde (entreprises, citoyens) comment dépenser et investir l’argent que nous gagnions et qu’il nous prend?  

 

Celui-là même qui depuis 35 ans est pris, année après année en flagrant délit d’incapacité de ramener les dépenses publiques à un niveau compatible avec des prélèvements supportables, ose maintenant en réclamer davantage ! Doit-on rappeler la gabegie des politiques publiques depuis de trop longues années, comme par exemple les 40 milliards déversés depuis 10 ans sur les plans banlieue en pure perte ou encore les milliards dans la politique contre le chômage, contre l’exclusion, pour la réduction du temps de travail, pour l’emploi des jeunes…? D’ailleurs comment des fonctionnaires sauraient-ils où il faut investir et combien depuis leurs beaux bureaux parisiens, eux qui ne savent pas à quoi ressemble une entreprise ou même la France passé le périphérique ? Même avec une concertation de 5 mois de toute la représentation nationale et surtout de toutes ses corporations…Car ce sont encore ceux qui exercent les lobbys les plus puissants qui se feront entendre le mieux : au hasard, les écologistes (pour l’enjeu électoral), les syndicalistes (pour la paix sociale), les fonctionnaires (on ne peut pas se les mettre tous à dos, faut bien que la machine tourne), les plus grandes entreprises françaises (faudrait pas qu’elles délocalisent) ; alors que ce sont les PME qui alimentent depuis des années les créations d’emploi et que ce sont elles qui innovent et que justement elles ne bénéficient pas des capacités de nuisance ou d’influence des premiers puisque par définition elles ne sont pas organisées en corps constitués ! Encore une fois, l’argent des français servira à créer des rentes et à payer leurs représentants qui auront crié le plus fort…à l’inverse de l’intérêt général…encore et toujours…

 

Comme pour ma part, je pense que l’Etat n’est pas le mieux à même de décider où investir, tant pis pour Guaino dont par ailleurs j’apprécie le discours bonaparto-souverainiste à rebours de nos élites européistes, je vous invite à aller signer la pétition pour une relance durable, mise en ligne par un collectif d’associations de la société civile.

 

 

 

(1) Ces pseudos seront surement ceux choisis par le président et le premier ministre dans le cadre de la proposition d'un sénateur qu'une autorité publique régule l'utilisation des pseudos sur internet...

 

 

 

 

25.03.2009

Les problèmes des stock-options : les predatory capitalists encore et toujours

rich2.jpgLes récentes révélations sur les rémunérations des patrons replacent au centre du débat une polémique qui fleurit presque tous les printemps en France : les stock-options et les bonus. Que ce soit en période de crise ou en période de croissance, dans les deux cas, il est jugé immoral que des patrons gagnent beaucoup d'argent alors que les entreprises vont mal et donc que leurs salariés souffrent ou que les entreprises aillent bien et que les salariés ne voient pas leur salaire augmenter aussi vite que celui du patron. Le débat cristallise d'autant plus facilement qu'il y a des stock-options qui sont devenues un point de focalisation évident de l'opinion publique. Ce qui a d'ailleurs amené la Société Générale à retirer un plan de stock-options qui était probablement le plus éthique mis en place dans le secteur bancaire depuis 10 ans.

 

Enfin bref, la France a un problème avec les stock-options et cela est normal car le système des stock-options recoupe deux réalités : une nécessaire et utile et l'autre dévoyant la première. La première, celle qu'il faut conserver, est que les stock-options sont un outil nécessaire au service des entreprises en croissance pour attirer des talents au-dessus de leurs moyens actuels, en les rémunérant sur la future création de valeur qu'ils apporteront. Ce système est utile pour le développement accéléré les entreprises de petite et moyenne taille et en plus, cela est assez moral car les rémunérations correspondent directement à la richesse créé sur le long-terme et récompensent une réussite et une prise de risque.

 

La deuxième réalité, celle qu'il faut changer, est que les stock-options sont un simple outil d'optimisation fiscale pour grands patrons des entreprises cotées. En effet, en parlant en net dans la poche des dirigeants, les stock-options sont bien moins coûteuses pour l'entreprise que le salaire (chargé) pour rémunérer un patron et sont donc simplement un substitut au salaire. Et en plus, de cette dérive fiscale, cette deuxième réalité a un autre défaut qui est qu'au lieu d'intéresser les patrons à l'avenir  long terme de l'entreprise, les dirigeants ne gèrent plus que l'entreprise pour la valorisation immédiate du cours de bourse et donc de leurs stock-options, avec toutes les erreurs stratégiques bien connues que le court-termisme entraîne.

 

Alors bien entendu, vous l'avez compris, les problèmes viennent quasi-exclusivement du deuxième cas, ce qui nous amène au coeur du véritable problème : les predatory capitalists. Nous avons déjà abordé ce sujet dans un précédent billet où je disais que dès qu'il y avait un problème il fallait "chercher l'énarque" mais il est toujours utile d'en remettre une couche. Les predatory capitalists sont ces anciens très hauts fonctionnaires, véritable aristocratie républicaine, passés principalement par les écoles de la méritocratie républicaine puis l'Inspection des Finances puis par les cabinets ministériels et qui ne deviennent des capitaines d'industries que par la grâce du pouvoir de nomination de l'Etat, pouvoir institutionnalisé (dans le cas des entreprises publiques) ou pouvoir tacite (quand il n'y a plus d'actionnaires de référence). Ces grands du royaume ne voient l'entreprise que comme une vache à lait, un peu comme ils ne voyaient le service de l'Etat que comme un marchepied. Pourquoi cette mentalité ? Le problème se situe probablement au niveau de ce qu'on leur enseigne dans les grandes écoles dont ils sont issus. Au final, le problème des stock-options se résume à un problème d'hommes.

 

Je vais encore revenir sur un sujet que j'ai abordé, mais regardez comment tous les scandales ne viennent quasiment exclusivement que des situations suivantes : pas de véritables actionnaires de référence et des dirigeants passés par le cursus cité précédemment. Et après tout le monde s'égosille à dire que le problème, c'est le capitalisme ! Le problème est plutôt qu'il n'y a plus de capitaliste en France, des vrais dans les grandes entreprises, des gens qui ont leur argent dans l'entreprise et qui la gèrent, qui l'ont créé et qui la développent, qui ont repris la succession familiale. Dans les groupes comme cela, on n'entend jamais ces scandales.

 

Tout le bruit qui est fait actuellement autour des rémunérations indécentes, les bonus, les stock-options parait bien dérisoire au final car qui dans ce pays va risquer de s'attaquer au fond du problème, à cette haute fonction publique, aux technocrates qui tiennent la machine de l'Etat ainsi que les grandes entreprises depuis tant d'années ? Pas la droite qui y trouve un moyen de relayer son colbertisme dans les milieux économiques. Et encore moins la gauche qui a combattu pendant tant d'années les vrais capitalistes (le mythe des deux cent familles n'est toujours pas très loin, comme l'a montré la dernière présidentielle ou les attaques contre les riches amis du président) ; ce serait reconnaître que dans un système capitaliste, il faut des capitalistes ! et donc reconnaître l'échec de leur combat contre les patrons qu'elle a remplacés par des hauts fonctionnaires en croyant qu'ils auraient un peu plus de sens de l'intérêt général. On voit bien le résultat, ils se comportent comme des parvenus. Peut-être encore un effet de la loi des conséquences inattendues : chassez les patrons capitalistes à l'ancienne, leurs remplaçants seront pires...

 

Donc en sachant cela, faire une loi générale sur les stock-options et les rémunérations indécentes serait punir l'ensemble des patrons et surtout les vrais capitalistes pour les fautes de certains qui ne sont même pas des patrons (dans le sens entrepreneurial du terme) ni même des capitalistes (quel capital ont-ils apporté dans les entreprises qu'ils dirigent). Donc pour que cette loi démagogique ne se transforme pas en catastrophe économique, le gouvernement devrait chercher à ne taper que sur les predatory capitalists et laisser tranquille les autres. Pour cela, deux limites assez simples finalement devraient être posées à la future loi ou futur décret en plus d'une réglementation sévère pour les entreprises aidées par l'Etat : que les futures dispositions ne s'appliquent qu'aux entreprises cotées et qu'elles excluent les patrons entrepreneurs c'est-à-dire ceux qui possèdent une vraie partie de l'entreprise (mettons 3% c'est déjà énorme pour les sociétés cotées). Cela réglerait le sort des 0,1% de patrons qui salissent l'image des 99,9% de ceux qui se comportent bien.

15.01.2009

Le lapin blanc est toujours en retard

lapin.jpgDepuis mi-septembre, la BCE n’a pas ménagé ses efforts ; en abaissant son principal taux directeur de 4,25% à 2,50%, elle a réduit le coût de refinancement des banques. Mais jusqu’ici, sans résultat ; les banques continuent à patauger dans leurs difficultés et restent bien réticentes à prêter. Et ce n’est pas le demi-point d’aujourd’hui qui va changer quoique ce soit (2% nous a annoncé aujourd’hui J-C.Trichet).

En gros, cette baisse est un soutien aux banques et au secteur financier ; mais dans la période actuelle de peur du risque, l’effet d’entrainement est un peu grippé. Traditionnellement on estime à 6 mois le temps de la diffusion à l’économie ; aujourd’hui on peut penser que les banques vont reconstituer leurs marges et que les emprunteurs à risque se verront infliger des taux élevés, tandis que les pme continueront à chercher des financements qu’elles ne trouveront pas (malgré les annonces, 3000 dossiers de demandes de crédit, sont passées sur le bureau du médiateur). D’ailleurs malgré la série de baisses depuis 4 mois, tous les jours les banques européennes déposent environ 300 milliards d’euros, pour une journée à la BCE ; c’est autant de moins dans les circuits de financement de l’économie.

Mais la BCE croit en son pouvoir sur l’inflation et ses gouverneurs ont réagi aux dernières publications : après l’affolement estival et la hausse de son taux à 4,25%, en plein retournement économique parce que les prix étaient annoncés à +4%, c’est maintenant le coup de balancier dans l’autre sens puisque la hausse des prix est passée à 1,6% en rythme annuel en décembre 2008. Et ça, c’est contraire à l’objectif que notre chevalier eurolandais poursuit droit devant lui : la hausse des prix doit être proche de 2%, sacrebleu. Du coup, si les prix baissent encore, la BCE continuera à cavaler derrière sa chimère et on pourrait qui sait, atteindre 1,5% d’ici quelques mois. Ce faisant, la BCE apparait comme le lapin d’Alice, perpétuellement en retard ; pendant ce temps, le taux américain oscille entre 0 et 0,25% depuis déjà un mois et l’anglais a été réduit début janvier à 1,5%.

Et pourtant les perspectives européennes ne sont pas fameuses : Angle Gurria, secrétaire général de l’OCDE, n’y va pas avec le dos de la cuillère : « Les perspectives à court terme sont sombres pour la zone euro, mais le pire est à venir » ! Ca justifierait à moins, de mettre nos pendules à l’heure, rapidement.

12.01.2009

La crise rapproche le mur de la dette

Je l’ai dit dans mon billet précédent, je ne crois pas que cette crise soit la crise finale du capitalisme ni la plus grave crise de toute notre histoire. Les médias ont largement surjoué cette crise dans leur quête permanente de sensationnel et de l’émotionnel ; la situation s’y prêtait bien en s’attaquant à la finance, on pouvait parler en milliards et de faire un beau contraste avec le pouvoir d’achat en berne des français (pas d'antisarkozysme là-dedans).

Je ne remets pas en cause la violence de la crise mais pas au niveau où on nous l’annonce et surtout pas en France. Quand on passe de 5% de croissance à -1%, d’accord, c’est violent ; en revanche quand on passe de 2% à 0,5% ou même 0%, vous m’accorderez que c’est un peu moins violent. De plus, en France, la situation est quelque peu différente de celle des pays voisins : la consommation tient et le taux d’épargne reste haut, ce qui limite l’intérêt d’un plan de relance par la consommation. Les difficultés du secteur automobile sont plus liées aux variations du cours du brut et à l’incapacité des constructeurs à proposer des voitures à des prix raisonnables qu’à la crise. La crise de l’immobilier est autant due au renchérissement du crédit et aux prix surévalués (à cause de lois foncières malthusiennes et une politique du logement assez stupide) qu’à la crise. Les difficultés de l’industrie ne sont pas nouvelles (depuis le premier choc pétrolier) et là encore ne sont pas directement liées à la crise mais davantage à la situation du pays dans la mondialisation et aux réformes que nous n’avons jamais faites. Par contre, il est vrai que les entreprises ont des difficultés de trésorerie, le plan de relance doit permettre d’y remédier. Mais surtout, la situation est différente parce que 54% des revenus français sont assurés par des transferts sociaux, ce qui met un sacré nombre de personnes en dehors du champ de la crise (1,6 millions de fonctionnaires territoriaux, 3,2 millions de fonctionnaires d’Etat, environ 13 millions de retraités et 10,8 millions de bénéficiaires de prestations sociales).

En dehors de cette crise, oui, mais en dehors de la crise, enfin pas tout à fait. Car la folie injectrice des gouvernements pour éviter la fin du monde et une nouvelle guerre mondiale (si si on ne vous l’avait pas dit, la crise va surement déboucher sur WWIII) nous amène droit sur le véritable problème larvé de nos sociétés occidentales : le mur de la dette. Car pour relancer, il faut de l’argent et les gouvernements en annoncent des milliards et des milliards réinjectés dans l’économie (2 000 au dernier comptage provisoire). Des milliards que les Etats vont devoir emprunter sur les marchés financiers qui viendront s’ajouter aux autres milliards que les Etats avaient déjà besoin d’emprunter pour vivre à crédit et boucler leur budget (en France le déficit budgétaire 2009 devrait atteindre 60 milliards). Donc avec ce qui nous est annoncé, ce sont plus de 3000 milliards que les Etats vont devoir lever en 2009 sur les marchés et c’est là que les problèmes se posent.

Avec les claques que les investisseurs ont pris en bourse, il y a moins de liquidités. Avec les rendements tombés si bas pour les obligations d’Etat, les investisseurs commencent à bouder. Et surtout pour les pays en difficulté, les investisseurs commencent à douter de la solidité de ces obligations d’Etat. On pourrait assister un jour à un superbe effet ciseau. D’un coté, les investisseurs plus frileux et avec moins d’argent vont se tourner vers les emprunts les plus sûrs c’est-à-dire les bons du Trésor américain puis la dette allemande, délaissant un peu les autres. De l’autre, les investisseurs vont demander de meilleurs rendements pour des investissements qui ne sont plus sans risques. Les premiers signes sont déjà apparus avec des difficultés pour l’Allemagne pour placer l’intégralité de ses émissions au taux actuel. Tout le monde en Europe en 2009 devrait payer plus cher pour financer sa dette ; la question est jusqu’où pour les pays en difficulté. Il ne serait pas impossible que les défaillances d’Etat arrivent durant cette année 2009 et pas seulement pour l’Islande. Le FMI va peut-être retrouver du travail avec cette crise.

Et il ne va pas être possible d’effectuer un nouveau tournant de la rigueur comme Mitterrand l’avait fait en 1983. Car d’un côté, les dépenses courantes sont pressurisées jusqu’à la limite supportable avant que la cocotte-minute de nos syndicalo-corporatistes vivant des subsides publics ne mettent le pays dans la rue. Et de l’autre, l’Etat va avoir beaucoup de mal à lever plus d’impôts sur une assiette qui peut se dérober à tout moment (entreprises du CAC et français fortunés) d’autant que seuls 48% des ménages français sont imposés sur leur revenu et que la consommation est déjà fortement taxée par la TVA. Cela nous promet une belle crise intérieure.

Car quand cette crise-là sera arrivée, c’est-à-dire la quasi-faillite de l’Etat, on risque d’assister à une joyeuse partie de sauve-qui-peut : plans de licenciement dans la fonction publique, coupes drastiques dans les budgets d’intervention sociale et économique, privatisation à tour de bras de ce qui reste de canards boiteux d’entreprises publiques…Personne ne croit que cela est possible mais l’Angleterre n’est pas passée loin avant l’arrivée de Thatcher. La vraie question est qui sera notre Thatcher en France ; moi je n’ai pas de réponse encore…

19.12.2008

M.Barnier et E.Besson découvrent le fil à couper le beurre

prix alimentaires.jpgMichel Barnier, ministre de l'Agriculture, avait commandé, il y a un certain temps déjà, un rapport à E.Besson, secrétaire d'Etat à la Prospective, sur la formation des prix des produits alimentaires. E.Besson a remis ce rapport cette semaine et les conclusions ne différent pas de ce qui est connu depuis bien longtemps. Je dirais même que ces deux membres du gouvernement sont en train de redécouvrir les mécanismes de base de la formation des prix et les effets pervers des interventions réglementaires ou législatives. Ce qui pose quand même des questions sur le niveau général et les compétences de ceux qui nous dirigent.

Donc ce rapport sur la formation des prix alimentaires s'est basé sur un certain nombre de produits de base pour en décortiquer la formation du prix et E.Besson s'est aperçu déjà que la formation des prix est bien différente d'un produit à un autre en raison du type de produits, de la filière de production et des différentes réglementations qui les impactent. Et chaque acteur (en fonction de leur poids économique) joue avec ces disparités surtout réglementaires afin de majorer sa marge.

Le deuxième point et le principal de ce rapport est que « la faiblesse de la concurrence est la principale raison au maintien de prix élevés ». Et le rapport cible surtout la faible concurrence entre les grandes surfaces (nous avons déjà parlé des quasi-monopoles d’un acteur sur chaque zone de chalandise) et la faiblesse des hard discounts en France, hard discount dont la principale utilité, outre des prix bas pour ses clients, est de maintenir une pression constante à la baisse sur la grande distribution classique. Et là, le ministre devrait vraiment retourner voir J.P.Raffarin avec sa loi sur les grandes surfaces mais également tous ses collègues UMP qui ont bataillé contre la loi LME qui allait enfin instaurer plus de concurrence dans la grande distribution en laissant des possibilités d'ouverture plus souples et plus simples. Au lieu de cela, la loi a été verrouillée pour que la concurrence se développe doucement, très doucement, trop doucement, sous couvert de défense du petit commerce.

Le problème est connu en France depuis bien longtemps. Les lois sur la grande distribution (aussi bien dans la formation des prix que dans les conditions d'installation) limitent la concurrence entre les enseignes qui ont leur rente de situation par zone de chalandise et peuvent ainsi dégager les marges parmi les plus élevées d'Europe dans la distribution. Tant que ces lois malthusiennes ne sauteront pas, il n'y aura pas de réelle concurrence mais une répartition du marché (un quasi-oligopole) avec des prix élevés pour les consommateurs finaux et des déséquilibres concurrentiels entre la grande distribution et les industriels (qui répercutent cette pression sur les agriculteurs et sur les travailleurs).

Enfin dernier point du rapport, les variations des prix des matières premières sont répercutées bien plus vite à la hausse qu'à la baisse. Presque tous les prix des matières premières agricoles ont fortement diminué depuis un an mais les clients finaux ne voient pas cette baisse dans les prix, même si l’inflation s’est très fortement calmée. Outre la question de la concurrence dans la grande distribution, la raison est assez simple : essayez de faire accepter des baisses de prix aux agriculteurs qui sont pressurisés en permanence (et qui veulent bien que le marché joue quand c'est à la hausse mais pas quand c'est à la baisse, voir exemple du prix du lait), allez demander des baisses aux industriels qui voient leur coûts fixes augmenter d'année en année (merci taxes, impôts, SMIC et autres joies d'un pays socialisant). En clair, dès que les prix des matières premières baissent, chacun essaye de reconstituer sa marge. Alors quand en plus, la grande distribution non-concurrentielle vient boucler la chaîne, on ne doit pas s’étonner que les prix des produits alimentaires ne soient pas parmi les plus bons marchés.

Voilà pour les enseignements du rapport. Le problème est dans la réaction du ministre qui dit qu' « on ne va pas en rester là. La loi de modernisation de l'économie prévoit de renforcer la concurrence, mais cela ne se fera ni au détriment des industriels qui apportent une part importante de la valeur ajoutée dans la chaîne alimentaire, ni des agriculteurs, déjà mal payés pour un travail pénible. La concurrence est nécessaire mais pas suffisante entre les enseignes ». Cela annonce que le ministre ne veut pas introduire seulement plus de concurrence entre les enseignes en libéralisant réellement le secteur mais plutôt faire baisser les prix avec de nouvelles règles qui n'auront au mieux aucun effet, qui créeront de nouveaux nœuds et  au pire de nouvelles rentes (la droite est spécialiste pour cela).

Ah oui pour terminer, en lisant tous ces articles, il y avait bien entendu d’autres qui y étaient liés et qui traitaient de l'inflation, au plus bas depuis 14 ans, avec même des risques de déflation. Juste un petit rappel pour tous ceux qui nous rebattaient les oreilles il y a quelques mois de l'hyperinflation que l'on subissait et qui rognait notre pouvoir d'achat et qui voulaient indexer les salaires sur l’inflation ou qui nous présentaient des risques de surchauffe en Europe. Cette inflation était bien une inflation importée par le prix des matières premières, notamment celui du pétrole, sur laquelle ni la hausse unilatérale des salaires décidée par les pouvoirs politiques ni un taux d’intérêt élevé n’auraient eu le moindre effet.

05.12.2008

Don Quichotte ne voit plus l'ennemi dans les moulins à vent

Don_Quichotte.jpgEn parallèle à l'annonce du plan de relance du maître du monde président de la République, une autre grande, très grande nouvelle a été annoncée hier. Notre Don Quichotte national exilé à Francfort ne voit plus les moulins à vent comme des ennemis. Vous ne voyez pas de qui et de quoi je veux parler ? C'est pourtant simple et récurrent sur ce blog, de J.C.Trichet bien sur et de sa baisse historique des taux de la BCE.

Après avoir combattu une inflation importée (hausse du prix des matières premières énergétiques et agricoles) sur laquelle sa politique de taux élevé n'avait aucune influence et qui a même encouragé l’effet inverse (à chaque renforcement du taux de la BCE face à celui de la FED, l'euro continuait à toucher des sommets face au dollar entraînant une hausse mécanique du prix du baril libellé en dollar), J.C.Trichet a décidé de baisser les taux de 75 points de base hier ramenant le taux directeur à 2,5%. Il faut quand même se rappeler que pendant des mois et des mois, le même nous expliquait que l'économie européenne était en bonne santé et que les taux bas allaient créer une surchauffe, une inflation de deuxième tour (comme si les entreprises allaient augmenter les salaires aujourd'hui) et autres fléaux imaginaires – c'est toujours savoureux de reprendre avec le recul des déclarations des années précédentes, il avait donc maintenu des taux élevés face aux critiques de plus en plus acerbes de la France et naissantes de l'Allemagne. Enfin cette époque semble révolue désormais...comme quoi la crise n'a pas que de mauvais côtés.

Mais cet épisode sur les taux d'intérêt de la BCE n'est pas clos pour autant et appelle les dirigeants français et européens à prendre conscience de plusieurs choses. Tout d'abord, qu'en matière monétaire, c'est la voix de l'Allemagne qui est prédominante. Il suffit que le gouvernement allemand commence à élever la voix sur le sujet pour que des effets se produisent  peu  de temps après alors que lorsque la France s'égosille, rien ne se passe pendant longtemps, très longtemps. C'est à méditer pour les dirigeants français (aussi bien sur les causes que les conséquences).

Ensuite, pour les dirigeants européens qui passent leur temps à regarder l'avenir dans leur rétroviseur : il y a une inflation de 3%, donc taux élevé car risque d'inflation ; mais finalement l'inflation n'est que de 1,7% voire 1% dans certains pays. C'est tout le problème des analystes-prévisionnistes, champions de l'explication a posteriori qui sortent toute leur science pour expliquer leurs maintes et maintes erreurs mais qui continuent à avoir l'oreille et leurs entrées auprès de nos gouvernants. Cela aussi il faudrait que ça change, que les gouvernants décident ce qu'ils veulent faire, ce qui est bon pour le pays sans se préoccuper de la dernière étude d'un tel ou un tel qui mégote sur 0,1% de croissance (dans une équation avec 3000 hypothèses qui seront fausses) ou 0,01% de déficit.

Et enfin, cela pose la question de la politique monétaire de l'Europe face au reste du monde et à commencer par la FED et la Chine. Nous ne pouvons plus prendre des décisions refermées sur nous-mêmes sans regarder ce que font la FED et la banque centrale chinoise et sans s'organiser afin de peser sur leurs décisions. Les taux directeurs n'ont de sens que dans un environnement économique général. Et cet environnement économique général ne concerne pas que l'intérieur de la zone euro mais aussi tout ce qui se passe dans le monde. Mais là on retombe sur le problème de l'Europe puissance qui doit s'organiser, y compris pour être une vraie puissance économique.

11.10.2008

Une crise de la mauvaise réglementation

Stiglitz.jpgAu risque d'aller à contre courant de l'opinion générale qui veut que la crise actuelle soit la crise du laissez-faire, de la dérégulation (dont j'attends encore que quelqu'un me montre qu'une régulation aurait pu l’empêcher), je voudrais vous parler du rôle déterminant des réglementations et des supposés régulateurs dans cette crise aussi bien en tant que créateurs de la crise des subprimes que de sa propagation à toute la sphère financière et maintenant à l'économie réelle. Ou comment une crise qui aurait du se limiter à mettre le marché immobilier et la « greddy » finance dans la panade va mettre tout le monde dans le trou. Peut-être qu'après cela, chacun sera un peu moins pressé d'en appeler aux pompiers pyromanes (Etat, législateurs et régulateurs financiers) et sera décidé à leur demander de rendre des comptes pour nous avoir créé de toutes pièces cette crise et maintenant nous mettre au bord du gouffre...

Tout le monde connait désormais le mécanisme de la crise des subprimes : des emprunteurs peu solvables pour ne pas dire NJIA (No Job, Incomes and Assets) ont emprunté à des banques à taux variables, très bas au départ, en garantissant leur emprunt sur le prix de leur bien immobilier. Le jour où les taux ont augmenté (passage du taux de la FED de 1% en 2004 à 5,5% en 2006 pour faire face aux pressions inflationnistes), ces emprunteurs n'ont pas pu rembourser leur emprunt et leur bien immobilier a été mis en vente couvrir leur dette. Mais comme ils étaient nombreux, il y a eu un afflux de biens sur le marché immobilier. Cette augmentation de l'offre, couplée à une diminution de la demande due à la hausse des taux et au resserrement du crédit a entrainé le dégonflement de la bulle immobilière. Et au final, la vente des biens immobiliers, même si elle avait lieu ne permettait pas de couvrir le montant du prêt, mettant tout le monde dans la panade. Mais arrêtons nous déjà un instant sur ce simple aspect immobilier de la crise pour voir comment les multiples « régulations » ont permis d'arriver à cette merveilleuse crise des subprimes.

Dans cette crise il faut tout d'abord souligner le rôle de Fannie Mae et Freddie Mac. A l'origine, Fannie Mae [1], a été créée en 1938 par l'Administration Roosvelt afin de racheter les crédits accordés par les banques aux ménages peu fortunés en émettant des obligations à bas taux sur les marchés bénéficiant d'une garantie étatique. En 1968, l'Administration Johnson qui voyait sa capacité d'emprunt limitée par Fannie Mae au moment où elle en avait vraiment besoin, guerre du Vietnam oblige, a décidé de la privatiser sous le statut spécial de GSE [2] afin que Fannie Mae, continue à assurer sa mission politique de favoriser l'accession à la propriété des plus pauvres en échange d'avantages fiscaux et d'exemption de publication de ses comptes. Quant à Freddie Mac [3], elle a été créée en 1970 par l'Administration Nixon afin d'introduire un semblant de concurrence sur ce marché du rachat et du refinancement des prêts aux ménages peu fortunés. En clair, c'est l'Etat et les fameux régulateurs qui ont créé la base du système de privatisation des profits et de nationalisation des pertes en maintenant la garantie étatique implicite sur les obligations émises par Freddie Mac et Fannie Mae.

L'intervention de l'Etat ne s'est pas arrêtée là. En sus de racheter les prêts aux emprunteurs peu solvables, l'Etat a obligé ces 2 GSE à augmenter leur ratio de prêts subprimes dans leur portefeuille de crédits refinancés. En effet, en 1993 sous l'administration Clinton, les 2 GSE passent sous la tutelle du HUD [4] qui les oblige à compter 42% de prêts subprimes en portefeuille en 1996, 50% en 2000, 56% en 2004, ce qui augmente très fortement les possibilités de refinancement des banques pour les prêts subprimes et les incite donc à en distribuer à qui en veut, en voila sans regarder la qualité des emprunteurs. Qualité des emprunteurs que le HUD impose de ne pas contrôler afin de satisfaire ses objectifs politiques d'accession à la propriété des moins favorisés.

Mais en plus, de faciliter la refinancement des prêts subprimes en leur accordant au final une garantie étatique, le législateur fait encore mieux qu'inciter les banques à accorder des prêts subprimes, il les oblige à le faire. Le Community Reinvestment Act (CRA) a été adopté en 1977 afin d'obliger les banques qui adhérent au FDIC (fond qui garantit les dépôts des épargnants) à avoir un ratio de prêts à des populations à risques dans leur portefeuille, le tout accompagné de « testings »,  obligations de publications des ratios, sanctions et poursuites judiciaires pour celles qui ne s'y soumettraient pas. Ce CRA a été utilisé de manière modérée jusqu'en 1995, date à partir de laquelle l'administration Clinton a voulu renforcer son objectif d'accession à la propriété des ménages modestes, surtout ceux issus des minorités (on ne dit pas pour rien que Bill Clinton a été le premier président noir). Le montant des subprimes accordés et garantis par l'Etat américain a littéralement explosé, de même que la possibilité pour les banques de refuser un prêt subprime s'est réduite à peau de chagrin.

Ainsi les banques ont été dépossédées de leur rôle d'évaluation et de gestion du risque, avec d'un côté une incitation à ne plus s'occuper du risque (rachat par Freddie et Fannie des emprunts pourris) et de l'autre une obligation de distribuer ces prêts au premier quidam venu sans regarder sa situation sous peine de poursuites et d'amendes. Et cette situation a continué comme cela pendant un petit moment, le temps que tout se mette bien en place pour notre super-crise.

Et c'est là qu'entre en scène notre plus célèbre des pompiers pyromanes, le fameux Alan Greenspan. Ben oui, parce que la situation était déjà très, très précaire, alors même les taux d'intérêt étaient un niveau correct et qu'il n'y avait pas encore de bulle sur le marché immobilier, ce qui limitait l'aspect attractif de l'accession à la propriété. Par contre, lorsque le coût du crédit devient ridiculement bas, voire gratuit car moins élevé que l'inflation et que le marché immobilier prend 10 % par an, laissant entrevoir des perspectives de profit, même pour ceux qui ne pourront pas rembourser entièrement leur emprunt alors tout le monde y va et veut devenir propriétaire. C'est ce qui c'est passé sur le marché immobilier à partir de 2001, dès lors que notre Greenspan a décidé de distribuer quasi-gratuitement de l'argent à tout le monde afin d'échapper à la récession qui pointait après l'éclatement de la bulle internet et le 11 septembre.

taux de la FED depuis 1990.jpgEn fixant des taux à moins de 2% pendant plus de 2 ans et demi, Greenspan a rendu les mensualités des crédits à taux variables moins élevées que ce que les américains pouvaient espérer chaque année en gain de pouvoir d'achat et donc tout le monde a accouru. créant une belle bulle immobilière auto-entrenant le phénomène. Les banques ne pouvant plus sélectionner leurs clients sous peine d'enfreindre la loi CRA et étant assurées de trouver un refinanceur (Freddie et Fannie ou bien tout autre qui croyait que le secteur était sain, comme les banques d'affaires), ont vu leur montant de prêts subprimes s'envoler à 1200 milliards de dollars. Le seul problème est quand la FED a du remonter ces taux à cause des pressions inflationnistes qu'elle avait en partie créé et on connait tous la suite...

Voilà pour le volet immobilier de la crise des subprimes. C’était donc de la faute de la dérégulation ?  Non, c'était de la faute de mauvaise réglementation faite pour des objectifs électoraux et politiques où les supposés gardiens du système ont manipulé et la monnaie et le crédit (comme en 1929). Et maintenant, on entend beaucoup de ces gardiens du système venir nous expliquer que c'est la dérégulation qui en cause. Vraiment, il y en a qui ont pas froid aux yeux, à commencer par un certain Joseph Stiglitz , prix Nobel d'économie 2001, ancien conseiller économique de Bill Clinton et donc au cœur des décisions sur le CRA, la tutelle de Freddie et Fannie et plus généralement de la réglementation du secteur : celui-là même, qui en 2002 nous annonçait la main sur le cœur qu'il n'y avait aucun risque de surchauffe du système subprimes ou encore les élus démocratesqui ont tué plusieurs propositions de loi visant à durcir la réglementation visant Freddie Mac et Fannie Mae, législation introduite par R.Paul ou J.McCain. Tous ceux-là qui ont mis en place le système et empêché de le modifier sont désormais devenus les porte-drapeaux de plus d'intervention et plus de réglementation et s’outrent du laissez-faire et de la dérégulation. De même que les gouvernements nous jouent actuellement le couplet de l'intervention divine de l'Etat et de l'anti-libéralisme alors que ce sont les règles servant leurs objectifs politiciens qui nous mettent dans la panade. Mais assez pour aujourd'hui. Nous verrons un autre jour, le rôle de ces fameuses régulations dans la propagation de la crise, du secteur immobilier à toute la finance et à l'économie réelle, car il est quand même intéressant de savoir pourquoi 1200 milliards de crédits subprimes en circulation et qui ne sont pas tous en défaut de remboursement (estimation entre 15% et 35%) peuvent mettre à bas une économie mondiale de plus de 50 000 millards d'actifs cotés. Cela nous rappellera que les pouvoirs publics et les régulateurs sont très forts pour créer des règles qui auraient marché sur la crise précédente mais qui ne feront qu'empirer la suivante.

 

[1] la Federal National Mortgage Association

[2] Government Sponsored Entreprise

[3] Federal Home Loan Mortgage Corporation

[4] US Department of Housing and Urban Development

 

11.08.2008

Gras, salé et sucré

hamburger.jpgPour une fois que l’Inspection des finances se souciait de la santé des français ! Evidemment, leur réponse était prévisible, taxe ! [1] et en ce moment de baisse du pouvoir d’achat, elle a été jugée inopportune, par notre ministre du budget. Il n’en reste pas moins, que les français s’alourdissent dangereusement [2] et que les pathologies associées sont sur la pente ascendante [3]. Les plus libéraux d’entre nous s’offusquent à juste titre que l’Etat puisse venir mettre son nez dans notre assiette, mais ne protestent pas alors qu’il a décidé que les produits à emporter bénéficieraient du taux réduit de tva : ce qui revient à favoriser la consommation desdits produits alors que ce sont ceux-là mêmes qui sont justement gras, salés et sucrés et probablement à l’origine d’une bonne partie de notre embonpoint ; alors que le taux réduit ne devait concerner à l’origine que les produits de première nécessité, les biens alimentaires non transformés. Oui, mais ces produits répondent à la demande de consommation des catégories sociales les moins favorisées, également les plus touchées par le surpoids et par la difficulté à boucler les fins de mois.

Nous sommes donc enfermés dans une boucle dont la sortie n’est pas simple : si l’on assigne à la TVA d’être douce avec les produits de 1ère nécessité, au 1er rang desquels les produits alimentaires non transformés, alors on pourrait encore abaisser le taux réduit qui s’y applique à 5%. L’impact serait faible, de l’ordre de 1% sur le prix de vente sur ces produits. Pas très vendeur comme mesure ! Pour marquer la différence avec les produits à emporter, quand même de moindre nécessité, c’est bel et bien le taux de tva qui s’y applique qui devrait être augmenté. Et ça, c’est carrément un repoussoir ! Ce n’est vraiment pas le moment, en effet. Oui, mais est-ce bien le moment d’abaisser la tva sur la restauration ? La restauration est-elle un produit de 1ère nécessité ? D’autant que cette mesure ne bénéficierait qu’à ceux qui vont fréquemment au restaurant, ceux là mêmes qui ne se recrutent pas dans les catégories les moins favorisées.

Alors, pour réconcilier fiscalité, minceur et finances publiques, il faudra s’y résoudre : les produits à emporter, pas plus que la restauration ne sont des produits de 1ère nécessité que les finances publiques auraient à encourager, plus que d’autres activités. Ces activités doivent rejoindre le taux normal de tva. Comme ça, on fera d’une pierre, deux coups : la restauration traditionnelle ne sera plus obligée d’hurler à la concurrence déloyale des fastfood (et on arrêtera enfin le mauvais feuilleton de la tva sur la restauration) et la fiscalité encouragera les produits alimentaires frais ainsi que l’art culinaire domestique et ne favorisera pas les habitués de la restauration. Oui, je sais ça pas être populaire ! A vous de faire œuvre de pédagogie dès que l’occasion s’en présentera ; par exemple lorsque la commission européenne refusera pour la nième fois la baisse de la tva sur la restauration…

 

[1] En fait passage du taux réduit de TVA au taux normal, ce qui aurait quand même conduit à une augmentation de 13,4% du prix des produits concernés

[2] Surpoids et obésité concernant maintenant 41,6% de la population IMC >25 ou 30

[3] Le nombre de patients traités pour diabète a progressé de 25 % en cinq ans, pour cholestérol de 56% et pour 'hypertension de 22%

01.08.2008

Le capitalisme à la française : chercher l’énarque

goldenparachute_1204555653.gifCela faisait longtemps que je voulais écrire sur ce sujet, que je voulais répondre à tous ceux qui mettent en cause le capitalisme, le libéralisme, le libre-échangisme, ces grands méchants loups pour enfants de gauchistes attardés, à chaque fois qu’il y a un scandale, une affaire impliquant un patron voyou ou encore une entreprise du CAC 40.

L’occasion m’en est donnée avec les « démissions » de Pat Russo et Serge Tchuruk du groupe Alcatel-Lucent. Démissions consécutives aux résultats catastrophiques de la fusion entre les deux groupes mais démissions accompagnées de chèques de 6 et 5,5 millions d’euros pour bons et loyaux services. Ce qui ne manque pas de relancer la polémique sur les parachutes dorés, les incompétents qui s’en sortent toujours…débat qui dérive toujours sur le caractère inique du libéralisme et du système capitaliste où les gros s’engraissent pendant que les petits crèvent la bouche ouverte.

Une fois que j’ai dit cela, vous vous demandez bien par quelle pirouette rhétorique je vais arriver à défendre ces salauds de patrons. Eh bien, voilà : ce ne sont pas des patrons au sens capitaliste du terme, ce sont des managers et toute la différence est là.

Un véritable patron capitaliste est soit propriétaire de l’entreprise qu’il dirige (Bolloré, Pinault…), soit le patron directement nommé par les actionnaires possédant réellement l’entreprise (c’est-à-dire à plus de 25-30% comme chez Peugeot...), qui leur rend des comptes directs et réguliers (Bazin au PSG…). Un patron capitaliste aura le souci de son entreprise à long terme car sa fortune réside principalement dans son entreprise, d’où la supériorité du capitalisme familial dans le rendement à long terme des actions. Tandis qu’un manager est quelqu’un qui gère une entreprise sans la posséder ni même être un représentant direct des intérêts de ceux qui la possèdent.

En l’occurrence, cette entreprise, Alcatel-Lucent est détenue par une myriade d’actionnaires différents (aucun actionnaire à plus de 10% qui correspond à la limite entre un investissement de portefeuille et un investissement stratégique) et aucun ne s’intéresse réellement à l’avenir à long terme de l’entreprise, tous considérant ce placement comme un simple investissement passif. Trop de monde, en fait, ça veut dire personne. Le manager est seul chargé du long terme de l’entreprise mais n’y est pas intéressé personnellement, ce qui ouvre la porte à toutes les dérives.

Mais j’irai même plus loin dans ma défense des vrais patrons et du libéralisme. Comme la nature à horreur du vide, l'absence d’actionnaires de référence pouvant prendre des décisions permet à d'autres acteurs de venir remplir ce vide et donc se meler de ces affaires. Je veux bien entendu parler des autres patrons de la place parisienne d'où l'incroyable consanguinité de notre capitalisme (il suffit de regarder la composition du conseil d'administration des entreprises francaises) et surtout cela permet à l'Etat de réinvestir un domaine où il n’a rien à faire : la nomination des patrons des grandes entreprises.

Et comme souvent en économie, l’Etat ne fait que des conneries, nommant toute une volée de hauts fonctionnaires (compétents dans leur domaine certes mais domaine qui n'est pas la gestion d'une entreprise) qui se prennent pour des capitaines d'industrie et qui ne sont bien souvent que les amis d'untel, le recasé ayant bien servi dans le cabinet d’un ministre. Ces patrons, sortis tout droit des moules étatiques et des palais de la République n’ont que rarement mis les pieds dans les entreprises ailleurs que dans les conseils d’administration, ne comprennent pas grand-chose à l’économie réelle (pas étonnant, vu ce qu’on leur apprend dans les fabriques des crétins ENA et autres X, Ponts…) et surtout se comportent comme des seigneurs dignes de la féodalité de l’Ancien Régime (vous comprenez, ils ont réussi le concours d’entrée de telle ou telle école, quand ils n’ont pas terminé major de promo). Il ne faut pas après s’étonner des scandales financiers à répétition dans les entreprises du CAC40, qui est loin d’être un capitalisme familial, ni d’actionnaires mais un capitalisme étatique.

Vous connaissez l’expression « chercher la femme » qui dans la langue francaise sous-entend que derrière chaque affaire, il y a une femme. Eh bien, cette expression typiquement française peut se retranscrire en ce qui concerne tous les scandales patronaux français en « cherchez l’énarque » (ou le polytechnicien, ou le diplômé des ponts aux chaussées, en clair le commis de l’Etat, je dis énarque simplement parce qu’il est en haut de la pyramide…). Vous verrez que ca marche à quasiment à tous les coups.

 

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