« Burqa : lorsque Libé croit la police, c'est qu'il y a anguille sous roche | Page d'accueil | Subventions aux agriculteurs : la France contre l'Europe »
05.08.2009
Vers une nouvelle nuit du 4 août...
Il y a 220 ans, l’Assemblée constituante décidait d’abolir les privilèges. Enfin ça, c’est l’Histoire qui nous est contée à tous. Dans la réalité, les évènements ont été quelques peu différents et il est assez amusant de lire le récit dans le Monde. On apprend par exemple que ce sont des nobles et détenteurs de privilèges qui ont demandé les premiers leur abolition. On y apprend également que ce sont succédé à la tribune de l’Assemblée des détenteurs de privilèges de tout type, pas seulement seigneuriaux, venus y renoncer. La nuit du 4 aout 1789 met fin également aux « libertés » des provinces et aux privilèges de certaines catégories du tiers Etat (même s’il faudra attendre la loi Le Chapelier supprimant les corporations pour que cela soit réellement effectif) afin d’assurer à chaque français "l’égalité sacrée qu'on appelle l'égalité devant la loi", selon la formule d’Adolphe Tiers. Et voici comment est né l’égalitarisme à la française…
Enfin pas tout à fait, car comme le dit l’universitaire Patrick Savidan dans un interview associée au récit, la philosophie de cette nuit du 4 août est que « D'un côté, certes, ils combattaient les privilèges au prétexte que ceux-ci figeaient les rapports sociaux autour d'"inégalités factices ", fondées sur la naissance ou le rang mais, de l'autre, ils considéraient certaines inégalités comme acceptables : celles dont ils disaient qu'elles étaient "naturelles" parce qu'indexées sur le talent ou la compétence ». En clair, ils étaient bien loin de la vision désormais prônée de lutte contre les inégalités réelles où ce n’est plus l’égalité devant la loi qui est recherchée, ni la fin des privilèges institués mais la fin des inégalités tout court, c’est-à-dire l’égalitarisme…quitte à déroger au principe d’égalité devant la loi et quitte à en passe par un nivellement par le bas.
L’Etat est désormais prêt à introduire des inégalités devant la loi pour des objectifs d’égalité réelle sur des critères que les modes du moment imposent : la parité était un bon exemple dans les années 90, désormais ce sont les minorités… L’Etat voulant régenter tous les rapports sociaux s’immisce de plus en plus là où il n’a rien n’à faire. Encore que la loi soit plus favorable aux plus défavorisés socialement, cela peut se comprendre et se justifier mais que désormais la loi s’écarte de l’universalisme qui a toujours marqué la France, c’est clairement une dérive de l’égalitarisme compassionnelle qui frappe notre société et une entaille dans notre modèle républicain.
L’exemple le plus marquant est celui de l’Ecole. Depuis que l’égalitarisme, le pédagogisme et Bourdieu ont pris le contrôle des cerveaux de la communauté enseignante et parce qu’il fallait amener tous les enfants au Bac, on ne transmet plus les savoirs et la culture, ne sanctionne plus l’échec et on délivre désormais des diplômes qui ne valent plus rien. C’est toute la société qui est tirée vers le bas mettant en panne l’ascenseur social au détriment des catégories les plus pauvres. Le but de l’Ecole n’est plus d’élever par la culture mais de faire en sorte, que pauvre ou riche, les enfants de tous soient désormais aussi niais les uns que les autres… Bien entendu, dans ce schéma, ceux qui peuvent ne pas entrer dans le système sont ceux qui s’en sortent le mieux et bien entendu on y retrouve soit ceux qui ont les moyens d’éviter la catastrophe (les enfants des classes très favorisées) soit ceux qui savent l’étendue de la catastrophe (enfants de la communauté enseignante). Au final, nous avons quitté le système élitiste méritocratique de nos parents pour l’égalitarisme mélangé à de l’ultra-élitisme réproductif.
Mais revenons à notre nuit du 4 août 1789. Le Monde nous propose également les points de vue de Thomas Piketty, célèbre économiste de gauche tendance royaliste et de l’éditorialiste du Monde qui pensent tous les deux qu’une nouvelle nuit du 4 août est nécessaire dans ce pays. Par delà l’objectif politique évident de ces deux personnes tant ils limitent leurs critiques à des sujets bien précis et idéologiquement marqués (niches fiscales, bouclier fiscal, reproduction sociale des élites, salaires des patrons) et indirectement au système sarkozyste, je suis assez d’accord pour dire qu’une nouvelle nuit du 4 août est nécessaire.
Une nouvelle nuit du 4 août avec abolition des privilèges, des vrais privilèges, des vrais scandales que personne ne veut vraiment toucher, à commencer par ceux de l’Etat et de ses « serviteurs ». Comment ne pas être choqué quand, par exemple, on apprend que les fonctionnaires bénéficient de 137 000 logements avec loyers largement sous-évalués (ils sont régis par une loi de 1948) et donc financés avec nos impôts alors qu’il y a une crise du logement en France (sur le sujet de la crise du logement créée par les pouvoirs publics, voir le blog d’Objectif Liberté qui fait, je pense le tour de la question) qui touche les classes moyennes pour commencer, vous savez celles trop riches pour avoir les HLM mais trop pauvres pour habiter dans les beaux quartiers et surtout celles à qui ont demandé un effort depuis 30 ans. Comment non plus ne pas être scandalisé quand on voit le train de vie de nos élus (on découvre au hasard de l’affaire SOS Racisme que J.Dray a dépensé 2 millions d’Euros entre 2004 et 2007, rentable d’être un élu non ?), le train de vie de l’Etat, de ses ministères et des collectivités locales ? Comment ne pas être choqué quand on voit que les ministères toucheront une prime écolo quand les français auront seulement droit à la taxe carbone ? Comment ne pas être révolté de tous les pantouflages des hauts fonctionnaires et dont je rappelle qu’il y en a toujours un dans chacun des scandales du « capitalisme »…Que dire de l’injustice des systèmes de retraite qui aboutissent en moyenne à 21 années de retraite pour les fonctionnaires contre 13,5 pour les salariés du privé ? Les ressources que les élus, fonctionnaires et syndicalistes tirent de la Nation sont d’un poids incomparablement supérieur à celles que s’arrogeaient en 1788 la noblesse et le clergé (comme quoi deux cents ants après on peut se demander si la Révolution n'a pas seulement remplacé une aristocratie et un clergé par un autre); mais je crains que contrairement à 1789 nos élites ne soient pas vraiment prêtes à se faire hara-kiri…[1]
[1] J’entends déjà le concert de couinements qui va demain matin accueillir l’amendement d’E.Woerth sur les logements de fonction…
09:26 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nuit du 4 aout, privilèges, education nationale, train de vie de l'etat, inégalités, égalitarisme



























Commentaires
Votre analyse est intéressante quand elle montre qu'il existe aujourd'hui des inégalités créées par la loi, par les politiques publiques, et que ces inégalités sont nuisibles au final sur le bilan social.
Mais les exemples que vous donnez ne me semblent pas justes. On pourra toujours trouver des exemples de fonctionnaires qui ont un logement de fonction gratuit qui ne correspond à aucun besoin lié à la fonction. Mais est-il scandaleux qu'un proviseur comme les principaux cadres du lycée aient un logement proche du lycée ? Est-il scandaleux que ce logement ait un loyer inférieur aux prix du marché ? Et les pompiers ? Et les gendarmes ?
Ce qui me choque, moi, c'est que l'on nomme un enseignant du jour au lendemain dans une région inconnue de lui, et qu'il doive trouver, dans la semaine, un logement au prix du marché. Ces exemples sont bien plus nombreux que les "scandales" que l'on pourra débusquer ici ou là.
Il reste que l'entretien de Piketti ou l'éditorial du Monde m'ont autant choqué que vous, comme je l'ai écrit sur mon blog.
La société est malade de ses inégalités, et la "vieille gauche" n'est qu'un Diafoirus, mauvaise dans ses diagnostiques, exécrable dans ses remèdes.
Ecrit par : Franck, naturellement.org | 05.08.2009
Ecrire un commentaire