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02.06.2009

Pourquoi nous voterons antieuropéen à ces élections européennes

Alors que nous sommes à une semaine des élections européennes, notre choix est fait : cette fois nous voterons contre la construction européenne actuelle. Et donc, contre les 4 grandes listes en tête des sondages (UMP, PS, Modem et Europe-Ecologie). En 2005, nous n’avions pas osé franchir le Rubicon sur le traité constitutionnel pour les raisons principales qu’il n’y avait pas de plan B et qu’il fallait laisser sa chance à une nouvelle étape de la construction européenne qui devait permettre une réelle harmonisation européenne. Cependant, l’évolution depuis 2005 de la situation politique, économique, monétaire et sociétale de l’Europe fait désormais largement pencher la balance dans le sens d’un vote contre l’Europe telle qu’elle se construit aujourd’hui (aussi bien contre les politiques communautaires que contre les politiques intergouvernementales).

 

La construction européenne a été prévue au départ comme un processus technique alors qu’en fait depuis Maastricht, elle prend des décisions politiques sans en avoir la légitimité démocratique et que ses pays membres n’ont pas tous la même conception de la finalité cette union. Le débat sur la finalité de cette Union continue d’être escamoté comme l’a montré la campagne pour la constitution où nous avons débattu des institutions de l’Europe sans s’être auparavant d’accord sur qu’est-ce que l’Europe et surtout une Europe pour quoi faire. Cela explique en grande partie le rejet de la constitution européenne…sans parler du comportement des élites ouiouistes qui ont aidé à faire pencher la balance dans le camp du non à l’époque par leurs arguments et leurs attitudes envers les nonistes ou les indécis.

 

Mais ce débat sur la finalité de l’Union doit avoir lieu puisque dans les domaines de politique étrangère et de défense certains membres ont pu bénéficier d’exemptions à leur entrée (Suède, Royaume-Uni, Danemark). Cela continue avec l’élargissement puisque l’attelage sans projet politique est passé de 12 à voici 27 pays et qu’officiellement les pays qui sont sur liste d’attente, intégreront ou non en fonction de critères variés (accord de la Russie pour ses anciens satellites, progrès contre la corruption pour les pays d’Europe centrale..) dont très peu dépendent réellement du projet européen. Le débat sur quelle Europe voulons nous, un projet de zone de libre-échange sans limite géographique ou celui d’une union plus ou moins poussée/plus ou moins intégrée d’Etats-nations clairement définie, doit avoir lieu maintenant puisque après plus de 50 années de tentatives d’union, force est de constater que les divergences entre les pays européens augmentent plus qu’elles ne se réduisent.

 

Au niveau des politiques économiques tout d’abord. Les différentes politiques économies sont loin, très loin de s’harmoniser, il suffit de voir les réactions dès que le sujet de l’harmonisation fiscale est sur la table. Pire encore, les politiques économiques des différents pays européens ne visent pas à rendre l’Europe plus forte mais à tirer profit de l’Europe pour rendre son pays plus fort au détriment des autres pays européens. Les comportements de passager clandestin sont ultrarépandus, la concurrence fiscale et sociale interne à l’Europe bat son plein, un grand prédateur (l’Allemagne) qui n’améliore ces positions qu’en plumant ces voisins (France, Italie, Belgique, Pays-Bas…) et, ceux qui sont liés par l’euro constatent que la politique européenne la plus aboutie mine leurs perspectives. Le comble de l’histoire est que l’harmonisation des politiques économiques est la base de la construction européenne qui devait se faire par l’économie avant de se faire sur le reste…Quant aux politiques économiques communautaires, il ne vaut mieux ne pas ouvrir le sujet tellement il y aurait à en dire. Juste pour résumer la philosophie, nous pouvons dire que les dogmes dans lesquels vivent les technocrates vont nous amener à construire un  marché tellement parfait au service du consommateur européen qu’il n’y aura plus de production en Europe. L’Europe ne sera qu’un grand supermarché pour consommateurs retraités qui achèteront des produits chinois ou américains et feront faire leur bas travaux par une immigration de travail encouragée par les patrons qui y voient un prolétariat de remplacement permettant de tirer les salaires vers le bas…

 

Au plan géopolitique, la musique n’est guère différente. Chaque pays cherche à jouer sa partition avec des alliances différentes et des objectifs divergents. Les pays de l’est ont trop le souvenir de l’URSS pour lâcher leur bouclier américain et jouer véritablement la carte de l’Europe, l’Angleterre est trop indépendante pour réellement s’insérer dans un destin européen, les pays d’Europe latine ne pèsent pas assez pour jouer aussi une véritable carte européenne et les autres pays ne jouent plus que des partitions régionales (pays scandinaves, Europe du Sud…). Mais là encore le véritable coup de poignard est l’attitude de l’Allemagne depuis 2005 et même depuis les années 1990. En effet, le président Mitterrand avait fait le choix de soutenir la réunification de l’Allemagne au début des années 1990 même si cela devait peser sur la France et plus particulièrement sur sa croissance. Ensuite, la France a fait les efforts pour rentrer dans l’Euro, un système taillé sur mesure pour l’Allemagne et là encore cela a fortement pesé sur sa croissance (années 93-94). Nous pouvions être en droit d’attendre de l’Allemagne un minimum une attitude neutre vis-à-vis de la France. Or depuis le milieu des années 90, l’Allemagne fait des choix divergents, voire en opposition ou concurrence frontale avec la France sur les sujets importants. Et ce n’est pas le consensus sur la guerre en Irak qui rattrape l’addition. La stratégie diplomatique allemande a été de renforcer sa position en Europe et dans le monde. C’est passé par une réaffirmation de l’alignement sur les US alors que la main tendue française sur la défense tenait toujours. C’est passé par un forcing pour que l’élargissement aux pays de l’Est se fasse le plus vite possible, ce qui remet l’Allemagne au centre au niveau politique et économique. C’est passé par une stratégie économique de compétitivité basée sur la baisse des couts salariaux qui a pesé sur la croissance européenne à cause de l’atonie de la croissance allemande mais qui en plus a pesé sur ses grands voisins car le surcroit de compétitivité ne s’est fait qu’au détriment de la France et de l’Italie. En fait, depuis 15 ans, le seul objectif de l’Allemagne semble être celui de retrouver le statut de puissance dont la seconde guerre mondiale l’avait privé. Et cela se fait le plus souvent en affaiblissant les positions françaises et européennes. On est loin des solidarités proclamées lors des signatures de traités ! Comment avons-nous pu en est arrivé là ... ?

 

Quant à la question turque que nous avons déjà abordé mais qui reste un enjeu de campagne, notre position est simple : la  Turquie n’est pas un pays européen dans ses valeurs et ses traditions. Après la porte n’est pas totalement fermée, à condition que la Turquie s’européanise véritablement, c’est-à-dire devienne européenne avant de vouloir entrer dans L’UE et pas l’inverse. Par contre, si l’Europe n’est qu’un espace de commerce et de libre-échange sans volonté politique alors la Turquie y a toute sa place. Avouez qu’il est paradoxal que ce soit les socialistes qui défendent l’Europe libre-échangiste (sauf peut-être DSK un grand adepte du libre-échangisme) alors que bon nombre d’entre eux pourfendent la mondialisation et l’ultralibéralisme sur la scène nationale.

 

En l’absence de choix clairement exprimé sur la nature de l’Union et sur ses limites, l’Europe évolue vers un marécage où elle s’enlise : si les taux de croissance après la crise revenaient à leurs niveaux antérieurs (Europe 2%, US 3%, pays émergents 6%), démographie aidant, dans 10 ans l’Europe sera un musée ou une maison de retraite pour papy-boomers dont les pensions de retraite ne seront financées qu’un temps…

 

Le problème de l’Union est que la gouvernance est hors du contrôle d’un pouvoir politique responsable devant une assemblée élue et sans aucune considération stratégique et que les limites de l’union Européenne ne sont pas clairement fixées. L’exemple le plus marquant est la gouvernance économique. En effet, la BCE s’est approprié la conduite de la politique de change alors qu’elle est partout ailleurs dans les pays puissants du ressort des gouvernements (US, en Chine). L’Allemagne inspire la politique monétaire de la BCE qui n’est pas conforme aux intérêts de l’ensemble de la zone euro ; elle sert surtout les intérêts de l’Allemagne dont les gains de part de marché vis-à-vis des autres membres compensent les inconvénients d’un euro fort. Elle n’est pas la seule d’ailleurs à mener une politique non coopérative ; l’Irlande mène une concurrence fiscale avec un taux d’IS à 12,5%. Les divergences de stratégies économiques se sont révélées avec la crise bancaire de l’automne 2008 : c’est A.Merkel qui s’opposait au plan d’aide européen aux banques proposé par la Commission en disant « Pas d’argent allemand pour sauver les banques étrangères ». Nous verrons sans doute les limites de cette Europe avec la sortie de crise qui se profile avec un euro à 2 dollars qui va dévaster des pans entiers de l’industrie française, italienne et fortifiera encore l’industrie allemande. J’entends déjà la Commission nous dire que la concurrence est bonne pour le consommateur ! Elle nous dira cela jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de consommateur du tout car pour consommer il faut produire et les producteurs seront partis depuis longtemps puisque cette même Commission n’exige aucune contrepartie à la libéralisation de notre marché…

 

En lisant ceci, beaucoup de nos lecteurs réguliers seront surpris de nous voir prendre des telles positions aussi peu libérales et européennes. Mais nos positions sont justement celles de vrais libéraux et de vrais européens qui veulent construire une Europe qui rendent plus forts tous les pays européens basé sur un vrai marché européen qui profite aux entreprises/consommateurs européens. Si c’est pour continuer à nous faire la guerre entre la France et l’Allemagne, nous n’avons pas besoin de l’Europe sauf pour faire passer du champ de bataille des Ardennes au champ de bataille économique…

 

Quant à notre vote et notre choix de ne pas voter pour le parti présidentiel, il est vraiment lié à l’enjeu européen. Même s’il est vrai que la présidence européenne fut une avancée et que la tribune commune avec A.Merkel était plutôt de bonne facture avec un relent gaulliste d’Europe des Nations européanisée, il n’empêche que cela ne rattrape pas 25 ans d’abandon de la politique européenne à l’adversaire de toujours, l’UDF. Et l’abandonner à l’UDF n’est pas neutre, c’est l’abandonner aux seuls qui veulent que la commission ait plus de pouvoir, aux seuls qui soutiennent depuis le début cette Europe passoire, molle, sans conviction, sans valeur…L’Europe technique, technocratique, le doux despotisme éclairé contre l’Europe des valeurs, des peuples et d’une stratégie de puissance assumée. On en revient toujours au même débat : une politique conduite par des responsables devant le souverain, le peuple ou l’Europe d’aujourd’hui conduite par ceux qui feront revoter jusqu’à adoption des traités rejetés. « Des européistes sans le peuple et des eurosceptiques sans le pouvoir » selon la formule de Zemmour. Et puis, ce vote sera aussi un moyen de rappeler au président que l’ouverture à gauche c’est peut-être joli pour les médias mais ce qui l’a fait élire c’est avant le peuple eurosceptique qui a adhéré aux discours souverainistes de Guaino…

Commentaires

Et donc pour qui votez-vous, si ce n'est pas indiscret ?

Ecrit par : Criticus | 02.06.2009

A ma grande surprise, je souscris complètement à cette profession de foi. Et du coup, je m'associe à la question de Criticus : On vote pour quelle liste lorsqu'on pense cela ?

Ecrit par : Malakine | 02.06.2009

à Criticus et Malakine

Votre question qui est aussi la nôtre, n'a évidemment pas de réponse simple, vu qu'il n'y a pas d'offre politique disponible pour représenter ces idées. Ceci oblige donc à hiérarchiser les objectifs et à appliquer le vote de compromis avec les listes sur lesquelles nous trouvons exprimées l'objectif principal de cette élection, à savoir l'arrêt de la construction de cette Europe là. Ceci écarte résolument les constructeurs européistes convaincus de droite comme de gauche (umps, ps, modem), écologistes compris (europe écologie). Le second est de faire entendre le libéralisme économique (exit npa, front de gauche, lutte ouvrière). Comme nous sommes allergiques au communautarisme et au soutien aux terrorisme dehors la liste antisionniste, à certains détails out le fn, aux crétins prosternés devant Gaïa, du "le bonheur intérieur brut" de liste La terre sinon rien, aux porteurs de bottes à longs cheveux longs clamant "une politique écologique permet le plein emploi !", reste pas grand chose...

Si, quand même, 4 listes :
- Libertas pour porter ces 3 thèmes "Pour une Europe des Nations vraiment européennes, sans la Turquie", "Pour une Europe démocratique", Pour un protectionnisme européen"; dans le détail, nous n'adhérons évidemment pas à tout
- Debout la république parce qu'il ose proposer de supprimer la Commission européenne en plus des 3 thèmes communs à Libertas,
- Le Cni car ils osent écrire que "l'Europe n'a ni vision, ni projet et qu'elle fait preuve d'une naïveté confondante les négociations internationales..."qu'ils refusent de se laisser imposer une société dont nous ne voulons pas...nos racines sont judéo chrétiennes et notre culture celle des droits de l'homme"
- Alternative libérale avec qui je partage beaucoup sauf les chapitres politique étrangère, immigration...et Europe !

Et vous comment résoudrez-vous dimanche la quadrature du cercle ?

Ecrit par : lolik | 06.06.2009

J'ai voté pour Alternative libérale, après avoir été tenté de voter pour Libertas.

Ecrit par : Criticus | 07.06.2009

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