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11.05.2009
A quand de vrais médias en France ?
Au Royaume-Uni, le Daily Telegraph (journal conservateur) a commencé ou plutôt continue sa série d’articles révélant au public le scandale des notes de frais demandées et/ou remboursées aux parlementaires et aux ministres (car au Royaume-Uni, il faut être membre du Parlement pour être ministre) par l’argent des contribuables dans le cadre du système de remboursement des frais des parlementaires engagés pour l’exercice de leurs fonctions. Les révélations sont croustillantes comme savent si bien le faire nos amis anglais avec des situations plus que rocambolesques dont vous pouvez lire un aperçu dans nos journaux ou en détail sur le site du journal anglais.
Le scandale s’alourdit un petit plus chaque jour et la série d’articles ne devrait s’arrêter que lorsque le journal aura publié l’ensemble des notes de frais demandées/remboursées pour chacun des 646 députés britanniques…autant dire que d’ici-là Gordon Brown aura probablement dû convoquer de nouvelles élections pour qu’un nouveau gouvernement « propre » soit à la tête du pays. Ou comment un journal est en train de faire tomber toute la classe politique d’un pays à commencer par son gouvernement travailliste.
Cette histoire anglaise me pousse à me demander quand aurons-nous de vrais médias en France ? Des médias qui représenteront réellement un quatrième pouvoir, des médias capable d’aller chercher de réelles infos et de dévoiler les vrais scandales et non faire de la polémique politicienne (pour exemple : le dernier grand sujet du jour est de savoir pour qui Bernard Kouchner va voter aux élections européennes, ce dont tout le monde se contrefiche) ou du pilonnage antisarkozyste systématique basé sur des analyses de salon (la dernière polémique sur l’action du gouvernement est de savoir si Darcos n’a pas fait une erreur en donnant la liberté aux écoles d'opter ou non pour la semaine de 4 jours maintenant qu’un certain nombre d’écoles veulent revenir à une semaine de 4 jours et demi).
Au final, je doute franchement que la révélation d’une affaire comme celle qui se en déroule en Angleterre soit possible en France. Les médias y sont trop dépendants du pouvoir (même ceux qui sont opposés à ce pouvoir) et sont trop attachés aux privilèges de leur situation pour prendre le moindre le moindre risque. Sans parler de la pensée unique qui les engoncent dans un politiquement correct affligeant. Ou alors c’est peut-être cela, le cynisme à la française des journalistes, savoir mais ne rien dire, se regarder avec un sourire entendu qui montre qu’eux savent et qu’ils ne sont pas dupes mais bon, ils ne peuvent rien dire.
Et puis sans parler de la propension des français à se pencher davantage sur « à qui profite le crime » que sur le crime lui-même. Qui parmi les lecteurs ne s’est pas dit à la lecture du début du post que les révélations étaient orientées car faites par un journal conservateur contre un gouvernement travailliste ? C’est un peu le même genre de réflexe que beaucoup ont eu lorsqu’un blog identitaire a sorti une vidéo sur un jeune tabassé dans un bus de nuit par des jeunes issus de l’immigration aux cris de sale français : c’est louche, c’est même nauséabond et contrairement à ce que dit le proverbe, il vaut mieux, dans ce cas, regarder le doigt plutôt que la lune.
Et pourtant il y aurait des choses à faire en France. Prenons un exemple simple, un certain nombre de journalistes dans des rédactions importantes se sont insurgés, à très juste titre, contre les députés cumulards qui dévalorisent notre démocratie. Mais ces journalistes se sont bien souvent limités à de belles paroles, de beaux éditos, des postures outrées sur des plateaux de télé qui n’ont au final aucune conséquence réelle. Aucun n’est réellement allé au bout de la démarche pour montrer ce véritable scandale. Il eut pourtant été assez simple (fastidieux peut-être) d’enquêter et de dévoiler combien chaque député cumulard gagne et ce qu’il/elle cumule. Si en plus, le journaliste avait pu mettre en rapport les montants trouvés avec le SMIC (comme c’est si bien fait dès qu’il s’agit d’un scandale boursier ou patronal), on aurait eu un véritable scoop comme on n’en a pas eu depuis des années. Cela aurait mis en lumière une situation inadmissible dans la République et aurait ouvert les yeux des français sur les pratiques de notre classe dirigeante, cela aurait été un vrai travail de journalistes…
Et c’est d’ailleurs bien là le problème, les journalistes ne font désormais plus un vrai travail de journalisme (à l’ancienne j’ai envie de dire, trouver l’information et lui donner du sens) mais limitent leur métier à trois choses ,désormais : recopier les dépêches AFP en changeant un peu le texte afin d’aller dans le sens du lectorat pour les moins talentueux, recevoir les confidences (en service commandé ou non) des hommes politiques et en faire des articles (à charge ou à décharge en fonction encore du lectorat) pour les plus proches des hommes politiques et faire des beaux éditos enflammés pour les plus talentueux, les plus hauts placés et les plus influents politiquement. Il n’y a plus aucune véritable révélation dans les journaux français, aucune enquête, aucun travail de fond (il est vrai qu’il existe certaines rares exceptions qui confirment la règle).
Au mieux les scoops paraissent dans les hebdomadaires ou dans des livres écrits par des journalistes, au pire, ils ne sortent pas car aucun journaliste ne veut réellement faire son métier et prendre le risque de déplaire au pouvoir en place ou à celui qui le replacera. Je veux dire déplaire réellement et pas jouer le bon petit opposant comme tous les prétendus défenseurs des libertés le font (genre Marianne ou Libé ou encore Le Monde). Après, il ne faut pas s’étonner que la presse soit malade : à quoi bon acheter un journal quand vous savez que l’info qui y est présentée n’est guère différente de celle du JT ou des fils de news de yahoo/google. Mais là, je me rends bien compte de l’énormité de ce que je dis, faire (ou plutôt refaire) du journalisme serait une véritable révolution dans le milieu et ça, la liberté de la presse (à ne pas faire son travail) nous en protège…
23:57 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalistes, grodon brown, scandale



























Commentaires
Question : « A quand de vrais médias en France ? »
Réponse : « Quand on aura commencé par privatiser l'audiovisuel public et supprimer toute aide publique à la presse écrite... »
Ecrit par : Criticus | 12.05.2009
Maintenant, est ce qu'un TF1 privatisé est "un vrai média" ? Quand il fait ouvertement campagne pour HADOPI par exemple ?
Mais ton billet est très juste, et très bon. Nous avons une bien petite presse en France...
Ecrit par : Falconhill | 12.05.2009
@ Falconhill: Le problème, c'est que TF1 n'est pas vraiment privé : Bouygues est l'un des premiers fournisseurs de l'Etat...
Ecrit par : Criticus | 12.05.2009
@ Falconhill : je pense qu'on ne peut pas réduire la question à TF1 car dans l'info, c'est justement la dynamique générale qui compte. Et avec un groupe comme France Television publique et qui veut faire de l'info général (je ne suis pas contre des chaines publiques mais qui n'ont pas vocation à être généraliste et faire la même chose que les chaines privées) et surtout une presse écrite qui dépend totalement des subsides de l'Etat directement ou indirectement...la dynamique n'est pas à l'indépendance des médias...Au final, tous les journalistes sont passés un jour de près ou de loin dans une rédaction qui était financé par l'Etat et comme on dit, il ne faut jamais insulté l'avenir...
Ecrit par : Niko | 12.05.2009
Très bon article, et qui pose la seule vraie question concernant les médias en France : quand cesseront-ils de vivre sous perfusion, officielle ou non ? Car tant qu'ils ne subsisteront que grâce à l'argent public, directement ou indirectement, ils n'auront pas la liberté d'expression qui, seule, leur permettrait de faire leur métier.
Ecrit par : René | 13.05.2009
Très bonnes remarques. J'ai récemment dû effectuer un travail de décryptage approfondi des principaux titres de la presse écrite française. Je confirme que c'est confondant de médiocrité et de banalité : les journalistes se contentent la plupart de courir après des sujets TV montés en épingle, ou comme tu le dis, d'enjoliver des dépêches AFP.
A quand un réel journal de qualité en France ? ou au pire, un hebdomadaire... car dans ce domaine là, c'est presque pire : quasiment du M6 en prime-time couché sur papier !
Je plaide depuis longtemps pour une transparence totale des dépenses de nos élus. Pour ma part, je serai pour que chaque citoyen puisse consulter le détail de chaque achat, de chaque note de frais (comme cela peut se faire en Suède par Internet) pour qu'un réel contrôle (et une certaine pression) s'exerce sur toute utilisation d'argent public.
Ecrit par : Emmanuel | 13.05.2009
Bravo pour l'article, excellent !
Oui, la libéralisation est certainement la seule solution. TF1 n'est pas vraiment un contre-exemple, puisque n'étant pas soumis à une vraie concurrence, ils n'ont pas à modifier trop leur ligne. C'est par la concurrence que le progrès arrive. Ici comme ailleurs.
Ecrit par : LOmiG | 14.05.2009
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