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30.03.2009

Y-a-t-il de l'uranium à Mayotte ?

carte_de_mayotte_padd_fullcenter.pngLes mahorais ont été consultés par referendum sur la transformation de leur collectivité en DOM et c’est à plus de 92%, qu’ils viennent, sans surprise, d’y répondre oui. Outre l’amour que cette île voue à la France, (l’ile a déjà voté en 1974 au referendum d’autodétermination pour rester française, alors que les autres îles des Comores ont opté pour l’indépendance), pourquoi ce choix ? 

 

Les Comores font partie des pays les plus pauvres du monde, alors que Mayotte, en tant que collectivité départementale française, bénéficie d'un niveau de vie plus élevé garanti par la « mère patrie » française. Tous les partis ont donc fait campagne pour le oui, vote qui devrait ouvrir la voie à quelques réformes dont les mahorais pourraient espérer quelques bénéfices : le revenu de solidarité active, l'allocation de parent isolé et l'allocation de solidarité spécifique seront mis en place à compter de 2012. Leur niveau sera fixé à environ le quart de ce qu'ils représentent en métropole pour être augmentés progressivement pendant environ 20 années jusqu'à l'égalité. Il est prévu, en autres, un plan de revalorisation des prestations pour les adultes handicapés et les personnes âgées, l’arrivée d’une allocation de logement social et des assurances sociales (maladie, retraite, accidents de travail...).

 

Plutôt que de bons sentiments, n’est-ce pas le colonialisme qui frappe encore une fois ? Un colonialisme accepté d’ailleurs par la population mahoraise. C’est en tout cas ce que pensent les Comoriens du voisinage : à Moroni, le porte-parole du comité Maoré a déclaré que « le développement des Comores ne sera jamais assuré aussi longtemps que Mayotte restera sous administration française » et pour faire bonne mesure, un drapeau français ainsi que le portrait de N.Sarkozy ont été brulés. Ils ne sont pas les seuls, à voir d’un mauvais œil, cette mauvaise fréquentation : les Nations Unies condamnent (la résolution 3385 du 12 novembre 1975 affirme « la nécessité de respecter l'unité et l'intégrité territoriale de l'archipel des Comores, composées des îles d'Anjouan, de la Grande-Comore, de Mayotte et de Mohéli »), ainsi que l'Union africaine.

 

Au final, on peut réellement se demander si Mayotte n’est pas en train de se tirer une balle dans le pied…comme l'a mis en lumière la grève en Guadeloupe, conséquence directe des ravages de l’assistanat qui en fait une économie d’hyperconsommation sans aucune activité de production. L’artificialité d’un niveau de vie plus élevé assuré par les transferts en provenance de la métropole va créer des distorsions avec les pays alentours. Cela empêchera Mayotte de s’insérer dans son environnement géo-économie proche, de commercer avec ses voisins et donc de développer sa propre économie, ses propres activités et donc sa propre richesse. Et dans 40 ans, on aura un LKP mahorais qui manifestera contre la profitasayon. L’histoire est quasiment écrite…Pourquoi personne ne tire jamais les conséquences des erreurs déjà faites ?

 

En plus de ce problème économique qui va condamner les mahorais à vivre de l’assistanat, ce changement de statut ne va pas sans poser quelques petits problèmes liés à la situation de l’île : sur les 26 000 reconduites à la frontière de 2008, 16 000 concernaient Mayotte et encore aujourd’hui un habitant sur quatre est en situation irrégulière, d’ailleurs l’état civil est quasiment inexistant et les 2/3 de la population se déclarent sans emploi. La justice est rendue par des « cadis » (juges musulmans qui appliquent le droit local) puisque la population est à 95% de religion musulmane, la polygamie y est de droit, le mariage des filles est autorisé à 15 ans et elles sont aidées à y répondre favorablement par un tuteur patrimonial et les successions y sont régies par la règle des 2/3 aux garçons, 1/3 aux filles…

 

D’ailleurs ces juges ont y sont opposés : «La France est un pays laïc. Or, l’islam est une religion qui se vit au quotidien. Ces deux notions sont inconciliables. » J’en finis par me demander s’il n’y a pas d’uranium à Mayotte ! Ce qui expliquera pourquoi le gouvernement veut départementaliser cette île. Et si tel n’était pas le cas, je me demande s’il ne serait pas opportun, au moment où nos finances publiques menacent d'exploser tous les records, de demander aux français de se prononcer sur l’extension de leur territoire à une île que rien ne rapproche ; extension que les contribuables devront financer et qui mériterait donc une consultation pour s’assurer que Mayotte est aussi chère au cœur des français qu’elle semble l’être aux 92% d’électeurs locaux. Puisque les mahorais, eux ont eu droit à l’autodétermination, nous aussi nous aimerions nous prononcer par referendum.

Commentaires

Oui, ou du pétrole ou encore du nickel^^.
Ou peut-être la départementalisation de Mayotte fait-elle partie d'un marché? Je ne sais pas, je suggère.
Est-elle tacitement acceptée par l'ONU devant laquelle les Comores ont porté leur contestation de la présence française sur cette île contre un retour de la France dans l'Otan? On serait dans le donnant-donnant.
Bof, il faut s'attendre à tout.

Écrit par : Marine | 30.03.2009

« La justice est rendue par des « cadis » (juges musulmans qui appliquent le droit local) »

Je me demande d'ailleurs comment cela va être compatible avec la départementalisation...

Écrit par : Criticus | 30.03.2009

Superbe article ! ON dirait du Rioufol, et dans ma bouche c'est une compliment !

Oui, le fait que la coutume locale soit loin du droit commun et des critères occidentaux de justice me parait être très problématique : on a déjà du mal à faire appliquer la loi partout en France, je vois mal comment on va faire, sans passer pour d'incurables colonialistes, pour forcer une évolution rapide et brutale des mentalités...!

à bientôt

Écrit par : LOmiG | 30.03.2009

@Marine ; et si c'était un coup de Jégo qui prendrait goût au martyre ? :)

@Criticus : ils ont déjà trouvé ! les cadis deviendront les médiateurs de cette lointaine banlieue...un emploi qui réconciliera bien vite le droit local et la règlementation du futur département. Ca va être croquignolet les premières séances...

@Lomig : la barre bleue a failli s'empourprer !
Je ne vois en effet pas comment on pourra tenir la route ; forcer une évolution rapide et brutale des mentalités, c'est bel et bien du colonialisme ! C'est bien pour cela, entre autre, que je ne veux pas de cette aventure grotesque.
Bonne soirée à tous

Écrit par : lolik | 31.03.2009

Sans vouloir faire de mauvais esprit tout en en faisant un peu, peut-être s'agit-il d'une expérimentation avant une généralisation...

;-)

Écrit par : Criticus | 31.03.2009

salut Lolik,
qu'on se comprenne bien : je ne prône en aucune manière la violence et la colonisation.
Mais il y a tout de même là un dilemme, et qui est vrai aussi bien en France, qu'à Mayotte. Si un territoire devient une part du territoire national (un département), alors il faudra bien, de gré ou de force, y faire respecter la loi. C'est la seule violence qui soit légitime dans une démocratie libérale : ce n'est pas une raison pour en abuser, mais ce n'est pas une raison non plus pour ne pas s'en servir. La force devra être utilisée dans les zones de non-droit de banlieues, qu'on le veuille ou non. Et je crois que l'avenir sera plus sombre si nous continuons à ne pas vouloir le faire.

non ?

Écrit par : LOmiG | 31.03.2009

et au passage, mon URL a changé et est devenu http:www.expressionlibre.net

merci d'actualiser la blogroll, si tu as un moment...

Écrit par : LOmiG | 31.03.2009

Et vous avez oublié le gigantesque cimetière marin où gisent les malheureux candidats à l'expatriation qu'attirent ce déséquilibre économique artificiel.
Lamentable à tous points de vue.
Pourquoi ce silence unanime en effet ?
Uranium ou blanchiment d'argent, à l'heure où les "paradis" fiscaux sont sur la sellette.

Écrit par : Christine | 01.04.2009

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