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12.01.2009
La crise rapproche le mur de la dette
Je l’ai dit dans mon billet précédent, je ne crois pas que cette crise soit la crise finale du capitalisme ni la plus grave crise de toute notre histoire. Les médias ont largement surjoué cette crise dans leur quête permanente de sensationnel et de l’émotionnel ; la situation s’y prêtait bien en s’attaquant à la finance, on pouvait parler en milliards et de faire un beau contraste avec le pouvoir d’achat en berne des français (pas d'antisarkozysme là-dedans).
Je ne remets pas en cause la violence de la crise mais pas au niveau où on nous l’annonce et surtout pas en France. Quand on passe de 5% de croissance à -1%, d’accord, c’est violent ; en revanche quand on passe de 2% à 0,5% ou même 0%, vous m’accorderez que c’est un peu moins violent. De plus, en France, la situation est quelque peu différente de celle des pays voisins : la consommation tient et le taux d’épargne reste haut, ce qui limite l’intérêt d’un plan de relance par la consommation. Les difficultés du secteur automobile sont plus liées aux variations du cours du brut et à l’incapacité des constructeurs à proposer des voitures à des prix raisonnables qu’à la crise. La crise de l’immobilier est autant due au renchérissement du crédit et aux prix surévalués (à cause de lois foncières malthusiennes et une politique du logement assez stupide) qu’à la crise. Les difficultés de l’industrie ne sont pas nouvelles (depuis le premier choc pétrolier) et là encore ne sont pas directement liées à la crise mais davantage à la situation du pays dans la mondialisation et aux réformes que nous n’avons jamais faites. Par contre, il est vrai que les entreprises ont des difficultés de trésorerie, le plan de relance doit permettre d’y remédier. Mais surtout, la situation est différente parce que 54% des revenus français sont assurés par des transferts sociaux, ce qui met un sacré nombre de personnes en dehors du champ de la crise (1,6 millions de fonctionnaires territoriaux, 3,2 millions de fonctionnaires d’Etat, environ 13 millions de retraités et 10,8 millions de bénéficiaires de prestations sociales).
En dehors de cette crise, oui, mais en dehors de la crise, enfin pas tout à fait. Car la folie injectrice des gouvernements pour éviter la fin du monde et une nouvelle guerre mondiale (si si on ne vous l’avait pas dit, la crise va surement déboucher sur WWIII) nous amène droit sur le véritable problème larvé de nos sociétés occidentales : le mur de la dette. Car pour relancer, il faut de l’argent et les gouvernements en annoncent des milliards et des milliards réinjectés dans l’économie (2 000 au dernier comptage provisoire). Des milliards que les Etats vont devoir emprunter sur les marchés financiers qui viendront s’ajouter aux autres milliards que les Etats avaient déjà besoin d’emprunter pour vivre à crédit et boucler leur budget (en France le déficit budgétaire 2009 devrait atteindre 60 milliards). Donc avec ce qui nous est annoncé, ce sont plus de 3000 milliards que les Etats vont devoir lever en 2009 sur les marchés et c’est là que les problèmes se posent.
Avec les claques que les investisseurs ont pris en bourse, il y a moins de liquidités. Avec les rendements tombés si bas pour les obligations d’Etat, les investisseurs commencent à bouder. Et surtout pour les pays en difficulté, les investisseurs commencent à douter de la solidité de ces obligations d’Etat. On pourrait assister un jour à un superbe effet ciseau. D’un coté, les investisseurs plus frileux et avec moins d’argent vont se tourner vers les emprunts les plus sûrs c’est-à-dire les bons du Trésor américain puis la dette allemande, délaissant un peu les autres. De l’autre, les investisseurs vont demander de meilleurs rendements pour des investissements qui ne sont plus sans risques. Les premiers signes sont déjà apparus avec des difficultés pour l’Allemagne pour placer l’intégralité de ses émissions au taux actuel. Tout le monde en Europe en 2009 devrait payer plus cher pour financer sa dette ; la question est jusqu’où pour les pays en difficulté. Il ne serait pas impossible que les défaillances d’Etat arrivent durant cette année 2009 et pas seulement pour l’Islande. Le FMI va peut-être retrouver du travail avec cette crise.
Et il ne va pas être possible d’effectuer un nouveau tournant de la rigueur comme Mitterrand l’avait fait en 1983. Car d’un côté, les dépenses courantes sont pressurisées jusqu’à la limite supportable avant que la cocotte-minute de nos syndicalo-corporatistes vivant des subsides publics ne mettent le pays dans la rue. Et de l’autre, l’Etat va avoir beaucoup de mal à lever plus d’impôts sur une assiette qui peut se dérober à tout moment (entreprises du CAC et français fortunés) d’autant que seuls 48% des ménages français sont imposés sur leur revenu et que la consommation est déjà fortement taxée par la TVA. Cela nous promet une belle crise intérieure.
Car quand cette crise-là sera arrivée, c’est-à-dire la quasi-faillite de l’Etat, on risque d’assister à une joyeuse partie de sauve-qui-peut : plans de licenciement dans la fonction publique, coupes drastiques dans les budgets d’intervention sociale et économique, privatisation à tour de bras de ce qui reste de canards boiteux d’entreprises publiques…Personne ne croit que cela est possible mais l’Angleterre n’est pas passée loin avant l’arrivée de Thatcher. La vraie question est qui sera notre Thatcher en France ; moi je n’ai pas de réponse encore…
23:43 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : déficit, thatcher, allemagne, fmi



























Commentaires
Voila un article qui commence mal. Les "médias" (lesquels ?) ont "surjoué" la crise ! Je n’ai pas compris dans quel but cela aurait été fait. Pour faire oublier leurs problèmes de pouvoir d’achat aux Français ? Pour dédouaner Sarkoy ? Pour l’enfoncer ? Peu importe, dans tous les cas cela ne tient pas la route et de tout façon la grande majorité des médias ne réussit pas à sortir des sentiers battus de la pensée unique. Un peu comme vous, si je puis me permettre.
Sur la crise, vous utilisez la méthode Coué : la crise n’est pas grave, la crise n’est pas grave, … C’est votre droit mais vous fuyez la réalité. La crise est là et elle est grave. Qu’est ce qui me permet de dire ça ? Un certain nombre d’analyses qui ne paraissent pas nécessairement dans les "médias" traditionnels et surtout les faits. Dans l’industrie pétrolière (pour ne prendre que cet exemple) que je connais et pratique un peu, les annulations de contrats et les reports sine die par les grandes compagnies pétrolières se succèdent à un rythme encore jamais vu. Les grands engineerings ont déjà annoncé des plans de licenciement.
Et sinon en vrac relevé sur mon site préféré ( http://www.chomage-et-monnaie.org/index.html ) : l'économie de la zone Euro se dégrade très rapidement, la situation ne s'améliore pas en Grande-Bretagne, Vives inquiétudes sur l'emploi en Chine, L'informatique licencie , …
Et après vous nous servez le plat de résistance de la pensée unique : la dette. Quand est-ce que vous prendrez la peine de regarder un peu plus loin que les idées reçues et que vous analyserez objectivement la situation ? Arrêtez de faire croire que l’Etat peut se trouver en faillite. Reconnaissez que le financement de l'Etat par la banque centrale qui a été interdit, notamment par les traités européens, aurait pu (pour les grandes dépenses d’investissement par exemple) alléger considérablement le fardeau de la dette.
Enfin feu d’artifice : l’appel à un/une Thatcher made in France. Vous le haïssez tant que ça votre pays pour lui souhaiter tout ce mal ? Nous avons déjà Sarkozy, vous ne trouvez pas que nous sommes assez punis comme ça ?
Parce que vous avez vraiment l’air de ne pas comprendre que la situation que nous avons aujourd’hui est la conséquence directe des années d’ultralibéralisme à la Thatcher : libre échange effréné, concurrence avec les pays à très bas salaires, Libre circulation des capitaux, captation de la richesse créée par la finance, et donc déflation salariale et donc diminution du pouvoir d’achat dans nos pays et donc endettement des ménages, et donc …
La solution à tout cela n’est pas de faire appel à Thatcher (Dieu nous protège) mais de mettre (remettre) enfin en place les protections (argh, le mot maudit : protectionnisme, je l’ai prononcé, j’irai en enfer !) permettant que les revenus du travail repartent vers une hausse qui accompagne les progrès de la production. Le problème est que ceci est incompatible avec un commerce mondialisé, qui met les marchés du travail en concurrence (à l’intérieur même des entreprises multinationales qui mettent en concurrence leurs propres établissements) . Cette solution suppose donc une certaine restriction de la concurrence mondiale.
Amen
Ecrit par : RST | 15.01.2009
@RST:
Tous les médias ont surjoué la crise car cela permettait d'annoncer des montants énormes (1, 10, 100, 1000 milliards) et donc de renforcer le sensationnel. Justement pour rappeler les problèmes de pouvoir d'achat avec une petite pointe d'antisarkozysme Je sais pas où vous travaillez mais chez nous, c'est business as usual. A part des problèmes de financement et des problèmes de financement de nos clients, l'activité ne change pas et les problèmes que nous avons sont des problèmes bien antérieurs à cette crise. Et partout où j'en parle c'est partout pareil pour tout le monde.
VOus savez ce que je pense des analyses des économistes : 1) ce sont eux qui nous annonçaient que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes 2) ils sont champions pour expliquer pourquoi ils se sont trompés après 3) leurs grandes données quantitatives écrasent toutes les différences de situation et tous les particularismes rendant des copies qui au final ne veulent rien dire du tout. En l'état, je préfère l'analyse de Mme Michu ou de Jean-Pierre au café du comptoir car le niveau est le même mais au moins je me dis qu'il ne faut pas trop y croire...
TOus les nouvelles que vous nous annoncez sont certes graves mais rien comparé avec ce qui nous attend le jour où la signature de l'Etat français ne vaudra plus rien. Alors c'est votre droit de penser que les Etats ne font pas faillite (comme moi je pense que la crise n'est pas très grave) et je vous concède que pour rembourser notre dette actuelle, on mettra 200 ans, nos enfants nous remercieront, on sera écrasé sous les impots et taxes mais on y arrivera. Non le problème est qu'il n'y a pas que les remboursements comme problème, il y a aussi les nouvelles levées d'argent (et avec les plans de relance cela s'annonce corsé). Le jour où les investisseurs ne voudront pas prêter à la France et bien alors ce sera la faillite avec les conséquences que j'ai décrit.
Quant à votre marotte de l'interdiction du financement de l'Etat par la banque centrale, il faut regarder pourquoi cela a été fait. Vous ne vous dites jamais que si 20, 30, 40 pays l'ont fait, que dans ces pays il y a eu probablement 5-10 gouvernements successifs, qu'au niveau européen, c'est une cogestion droite-gauche et que personne ne revient dessus, c'est qu'il y a peut-être une raison. Je ne me suis pas penché sur la question mais je peux vous en donner déjà une qui est la planche à billet...Si l'Etat peut emprunter directement à la banque centrale et que cette banque banque centrale reste sous le contrôle étatique d'un côté ou de l'autre, dans notre société où les dirigeants ne veulent que le bien du peuple imédiatement (avec comme corrolaire après moi le chaos), la planche à billet aurait fonctionné à merveille et on aurait retrouvé des taux d'inflation digne de la plus belle époque. Enfin pour le reste, peut-être qu'il faut aller récupérer les minutes du débat parlementaire à cette époque. Et en plus la mesure a été prise sous Pompidou qu'on ne peut pas qualifier d'ultralibéral (je dis juste cela parce que je vous vois venir gros comme une maison).
Et pour le cas, Thatcher, c'est justement parce que j'aime mon pays qu'il nous faut une Thatcher en France. Nous avons eu un De Gaulle que tout le monde décriait à l'époque et que tout le monde remercie et regrette aujourd'hui, nous avons désormais besoin d'une Thatcher qui permettra de faire les réformes nécessaires qu'on a repoussé pendant tant et tant d'années et de faire sauter les verroux archaïques de la société française. Quant au protectionnisme, je dirais juste une chose "Free Trade Stop War", le jour où on remettra du protectionnisme et qu'on détournera les masses chinoises du travail, vous pensez que c'est sur quoi qu'elles reporteront leurs efforts...J'adore entendre ce qui sont partisans de l'explication des inégalités dans le déclenchement des guerres et donc du développement pour stopper les guerres, vouloir restreindre le développement des autres pays par des mesures de protectionnisme. Enfin bon, le protectionnisme n'est pas un tabou non plus et je vous avoue que je suis un partisan de la réciprocité ainsi qu'un partisan des "conditions de jeu égales", c'est-à-dire que par exemple le commerce avec la Chine devrait être limité tant que le yuan ne s'apprécie pas librement sur le marché des changes.
Ecrit par : Niko | 18.01.2009
@ Niko
Merci pour votre longue réponse.
Tout à fait d’accord avec vous au sujet des analyses économiques. Ceci étant dit, le café du commerce n’est pas non plus la solution pour remplacer les économistes défaillants.
Sur le financement par la Banque Centrale, je peux difficilement développer en quelques lignes. L’argument « si tout le monde le fait, c’est que cela doit être bien ! » est un peu léger, vous ne trouvez pas ? Quant à Pompidou, c’était aussi un banquier, ceci peut expliquer cela. Il existe toute une littérature sur le sujet. Je peux vous fournir des références si vous le souhaitez.
Vous avez raison sur un point cependant c’est le danger de la planche à billet. C’est l’épouvantail habituellement agité dans ce genre de débat. Mais il y a des solutions. Je ne peux que vous renvoyer au texte de Lordon précédemment cité par esemple. Si il est trop long, je vous recommande le texte de mon ami Malakine : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/01/menacer-les-banquiers-ou-refonder-le-systme-bancaire.html
Sur Thatcher, vous n’avez peur de rien en la comparant à De Gaulle. Il me semble que vos notions en Histoire sont pour le moins limitées.
Quant aux positions de De Gaulle sur ce genre de sujet, je ne peux que vous citer ceci : « Le capitalisme n’est pas acceptable dans ses conséquences sociales. Il écrase les plus humbles. Il transforme l’homme en un loup pour l’homme »
Et sur le protectionnisme, là aussi je ne peux développer ici mais je vous propose ceci :
http://ecodemystificateur.blog.free.fr/index.php?post/2009/01/16/Faudra-t-il-choisir-entre-protectionnisme-et-inflation
Ecrit par : RST | 18.01.2009
Merci, j'irais lire avec intérêt le pourquoi du comment sur le non-financement de l'Etat par les banques centrales.
Pour Thatcher, bien sur, qu'elle était gaullienne dans un sens : elle a pris un pays qui allait mal, très mal et fait les efforts de redressement pendant le temps nécessaire, sans se soucier si le peuple suivait à court terme. Elle a fait ce qui était nécessaire pour la grandeur de l'Angleterre. Moi je dis que faire cela est gaullien. Après dans les solutions, elle n'était pas gaullienne soit. MAis De Gaulle n'était pas non plus l'antilibéral que tout le monde veut bien dépendre. Il suffit de regarder le fameux passage sur "L'Europe, l'Europe, l'Europe" ou De Gaulle dit que la concurrence doit être l'aiguillon de l'économie et que la concurrence est le meilleur moyen du développement. Si cela n'est pas être libéral, je ne m'y connais...
Et puis, on ne peut pas comparer une période où la France était à reconstruire et la période actuelle. Normal qu'à l'époque il y ait eu des plans et autres choses qui ne passent plus aujourd'hui. D'ailleurs De Gaulle le disait que c'était les conséquences de la guerre qui allait obliger à limiter l'esprit de la libre entreprise. Le vrai problème est que les conséquences de la guerre ont disparu (sauf pour l'accusation de pétainisme dès qu'on est de droite) mais pas les politiques mises en place au sortir de la guerre.
Je pense sincérement qu'on attaque trop d'importance à ce qu'a fait concrêtement le Général par rapport à son état d'esprit et aux raisonnements qui expliquaient ce qu'il a fait. En tant que stratège militaire, il a tujous combattu les doctrines généralistes et préférant "la doctrine des circonstances". JE pense qu'en politique et économie, cela est la même chose.
Ecrit par : Niko | 19.01.2009
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