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07.01.2009

Un parfait plan de relance

the_spanish_1110316505_img_0243.jpgLe plan de relance arrive ces jours-ci devant le Parlement. Dans un schéma désormais assez classique, l'opposition votera contre, trouvant ce plan « pas à la hauteur des enjeux » et objectant « qu’il ne résoudra pas les problèmes » (regardez comment cela peut fonctionner pour toutes les réformes) et la majorité sera turbulente en demandant qu’il soit fait plus pour certaines catégories et les catégories feront leur lobby, sans tabou. Au milieu de tout ça, le nouveau Ministre de la relance, P.Devedjian, défendra son plan tout en sachant que le suivant est déjà dans les cartons mais surtout tout en sachant que ce premier plan n'est qu'un mythe.

Un mythe car le plan de relance consiste principalement en avances de trésorerie qui sont de simples effets comptables. Voir ici pour le détail. Il n'y a en fait que 5 milliards sur les 26 (pardonnez-moi pour les chiffres qui n’en sont que de rapides approximations) qui sont de réelles dépenses nouvelles et heureusement, elles ne sont pas pérennes. Tout le reste n'est que jeu comptable qui permettra même au gouvernement de dépenser plus les années suivantes ; ou comment le déficit de l'an N permet la dépense de l'an N+1, N+2, N+3.

Petite explication : imaginez que vous dépensiez chaque année 30 000 € pour vos investissements (voiture-maison ou autres achats durables) et que cette année, votre banque vous dise qu'il n'y a pas de limite à votre dépense et que finalement vous ne paierez que les intérêts sur ce que vous dépenserez (c'est comme ça que peut raisonner l'Etat, vu qu'on ne rembourse jamais le capital mais seulement les intérêts, je caricature mais à peine) ; c'est quand même plus malin de dépenser tout de suite ce que vous auriez investi les 3 ou même 4 prochaines années, plutôt que de continuer sur le même rythme de 30 000 € annuels. C'est quasiment un cadeau (120 000 € à 4% par an) et en plus cela permet les années suivantes d'avoir encore des fonds à dépenser (ben oui, les 30 000 € sont déjà investis mais il faut quand même payer les intérêts, soit dans notre petit exemple 4 800 €, ce qui laisse quand même une marge de 25 200 € par an).

Eh bien, c'est exactement ce qui se passe quand N.Sarkozy annonce que les investissements seront avancés en 2009. Il ne fait rien d'autre que cela, il transpose sur 2009 des dépenses de 2010, 2011 et 2012 (sans se soucier de la dette, mais qui s'en soucie de la dette en France...), 21 milliards environ. Ce qui permettra comme par magie comptable de retrouver également des marges de manœuvre les années suivantes. La fameuse limite des 3% qui a sauté en 2008-2009 réapparaitra les années suivantes, mais le gouvernement aura déjà dépensé ce qui était prévu pour 2010, 2011 et 2012 en 2009 et donc pourra réaffecter ces 21 milliards sur de nouvelles dépenses sans alourdir les déficits : c'est magnifique la compta (quand on a la chance de raser gratis une année)...

Je m'étonne même que N.Sarkozy n'ait pas chargé plus la barque, sachant que ce qu'on dépense en 2009 on pourra à nouveau le dépenser plus tard : 21 milliards de dépenses anticipées, c'est même petit joueur. A sa place (et parce que moi aussi je jouerai avec les milliards), j'aurais payé l'ensemble des budgets d'équipements militaires, ferroviaires, routiers, maritimes mais aussi de modernisation des bâtiments publics pour 2010-2012 en 2009, soit dans les 150 milliards d'euros. Le budget aurait certes été en déficit de 10-12% en 2009 (mais la GB prévoit bien 8%...) mais les années suivantes, on aurait quand même eu des milliards et des milliards à dépenser ou énorme, on aurait pu présenter un budget en excédent (la classe, quand même votre serviteur au ministère des finances...)

Bon revenons à notre sujet et finissons de rigoler, le plan de relance français n'en est pas un et c'est tant mieux. En effet, j'ai des doutes sur la profondeur de cette crise qui, pour moi, a été énormément sur-amplifiée par notre société médiatique qui transforme une correction, certes violente, en la crise finale du monde tel que nous le connaissons. J'ai encore plus de doutes sur les capacités d'un Etat impécunieux, dirigés par des ânes passés directement des jupes de maman à la haute fonction publique et aux cabinets ministériels à avoir une quelconque influence positive à long terme comme à court terme sur notre économie. En reavanche, je n'ai aucun doute sur leur folie injectrice et leurs capacités à nous mener dans le mur depuis 30 ans. Donc quand on me présente un plan de relance qui n'en est pas vraiment un, je dis merci...Mais , j'aurais encore plus approuvé un véritable plan de relance de 26 milliards tel que présenté ici.

 

Commentaires

Très courageux de votre part de vous singulariser en remettant en cause la profondeur de la crise. Mais vous vous basez sur quels arguments pour étayer votre thèse ?
En ce qui me concerne, je pense nous n'avons pas encore tout vu et que la crise sera violente. Et ce ne sont certainement pas les médias qui m'ont influencé mais les analyses de gens comme J.Sapir, F.Lordon et autres.

Une autre hypothèse possible est que cette crise soit relativement contenue à court terme mais que le vrai cataclysme ne se déclenche que dans quelques années. Il y a actuellement de tels déséquilibres que l'on voit mal comment ils pourraient se résorber calmement.

Ceci dit, j'en serai presque à souhaiter que vous ayez raison même si, une crise majeure permettrait peut être (on peut toujours rêver) de réformer le système de fond en comble comme c'est proposé par exemple ici: http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-Pour-un-systeme-socialise-du-credit

Ecrit par : RST | 10.01.2009

@RST : à quoi je vois que la crise n'est pas profonde?
A la consommation qui tient en France, aux affaires qui continuent à part dans l'automobile (et encore sur l'année, le marché a progressé), au fait que 54% du PIB français est du à des transferts sociaux...Au final, dans la vie de tous les jours, si les médias ne venaient pas nous le rappeler toutes les 3 minutes que c'est la crise, je pense que beaucoup ne s'en apercevrait pas...Enfin, c'est peut-être une impression personnelle mais bon, la France est toujours en crise donc je ne pense pas que cette crise soit plus forte que les périodes précédentes...

Quant à une future crise dure, je suis bien d'accord mais pas pour les mêmes raisons. On va avoir une vraie crise quand l'Etat ne pourra plus emprunter sur les marchés à des taux raisonnables les sommes qu'il a besoin pour fonctionner et faire fonctionner sa machine. Là on va avoir une super crise avec un pays en quasi-faillite...Et ne venez pas me dire qu'un Etat ne peut pas faire faillite (on a vu l'ISlande ou encore les archives sur la GB des travaillistes des années 70...). Et il ne faut pas oublier que le poujadisme reste présent dans le pays et que pour lever plus d'impots cela ne sera pas facile (parce que c'est pas un ou deux milliards qui va manquer mais 50 donc il faudra prendre 1000 euros par français en plus par an). Surtout que cette situation va s'accélérer avec les plans de relance américains et allemands qui vont drainer les investisseurs qui délaisseront un peu la dette française...

Quant à créer un système socialiste du crédit, vous savez ce que je pense. La crise a été créée par un mélange d'interventions étatiques (CRA, FED ou autres...) dans le crédit et la monnaie et de défaillances des régulateurs/commissions de surveillance. Les banques françaises ne sont pas atteintes par la crise (hors quelques dépréciations qui n'engagent pas leurs survies) et continuent à prêter (moins qu'avant certes mais le credit n'est pas tombé à 0). Et enfin, on sait ce que cela donne lorsque l'Etat intervient dans les banques, cela a déjà été fait et refait et on en paye encore les conséquences mais chaque génération semble avoir besoin de faire ses propres erreurs pour en tirer les leçons...

Ecrit par : Niko | 11.01.2009

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