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19.10.2008
La mystification du retour de l'Europe
Le week-end dernier, le sommet de l’Eurogroupe à Paris permettait d'annoncer un accord à 27 sur la mise en place d'un plan pour lutter contre la crise financière. Depuis et toute la semaine durant, nous avons été abreuvé des bienfaits du « plan européen » qui marquerait le retour de l'Europe, l'Union Européenne unie retrouvée, le début d'un gouvernement économique européen...
Tout cela n'est que communication de la part du meilleur publiciste de France, le Président, suivi par tous les médias moutonniers. Moutonniers pour différentes raisons : à gauche car on ne peut que saluer le retour de l'Etat et la vengeance contre le marché et la finance, à droite car c'est le Président qui est au cœur du plan, au centre car c'est l'Europe qui prend le pas sur les USA...
Communication mais rien d'autre, car ce plan n'est en rien un plan européen. Pour que le plan soit européen, il aurait fallu que les Nations acceptent de payer pour les unes pour les autres et que ce soient les institutions européennes qui aient proposé ou du moins décidé la mise en place de ce plan. Or le comportement de l'Irlande, et surtout de l’Allemagne (A.Merkel et sa phrase rapportée dans le Canard Enchaîné « chacun sa merde ») montrent bien que personne ne veut payer pour le voisin. Les plans sont et seront nationaux et à destination des banques nationales quasi-exclusivement. Le plan n'est pas européen mais national dans les différents pays européens. Quant aux institutions européennes, outre qu'elles n'aient pas mis en place le plan, on ne les a pas entendues et elles ont tout simplement disparu de la carte. Le président de la Commission n'est qu'un figurant dans les différents sommets et les conférences de presse, le Parlement européen et les commissaires sont certainement occupé à autres choses (la taille des fromages, ou le champ de vision des essuie-glaces des tracteurs agricoles ou forestiers à roues…).
La crise montre que, dans l'adversité, nous revenons aux seules réalités tangibles c'est-à-dire à des Nations souveraines qui prennent des décisions pour elles-mêmes, qui cherchent ensuite à se coordonner au niveau européen si cela est possible ; dans cette coordination ce sont les Etats forts (France, Angleterre, Allemagne) qui mènent la danse. Certains europhiles béats appellent ça les égoïsmes nationaux, moi j'appelle ça l'intérêt national et l'Europe des Nations. Et après avoir été vilipendée pendant des dizaines d'années, l’épreuve des faits démontre que c'est la seule qui existe réellement en dépit des quarante années d’effort des différents gouvernements européens et surtout de leurs dirigeants pour nous imposer autre chose, à commencer par cette Europe supranationale qui n'existe que par beau temps et grâce au protectorat américain.
Pour continuer sur cette inexistence européenne, autre que par les Nations, il suffit de regarder ce qu'il advient de l'Islande, pays en quasi-faillite, mais surtout pays de l'OTAN et de l'Espace Economique Européen. L’Islande qui se posait sérieusement la question d’une entrée dans l’Union Européenne voire dans l’Union Monétaire ! L'Union Européenne et même les dirigeants des pays européens n'ont pas réussi ou même songé à mobiliser 4 milliards d'euros pour l'Islande. L'Islande, pays si proche, passe dans le giron russe pour si peu ! Autant dire que l'Europe en tant qu'entité géopolitique n'existe pas et a encore raté là une belle occasion de montrer le contraire.
Donc cette semaine, nous avons assisté à une belle mystification du retour de l'Europe, de l'Union de l'Europe réalisée dans la crise, etc.… Très belle opération de communication de la part de N.Sarkozy qui, pendant sa présidence du Conseil de l'Europe, a un tout intérêt à montrer que l'Europe est forte, unie et avance…grâce à lui. Et vous verrez que dès que la présidence tchèque commencera, son enthousiasme à démontrer que l'Europe unie est forte et peut réaliser des miracles s’évanouira tandis que son action hexagonale mobilisera toute sa légendaire énergie.
13:16 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, europe, union européenne, merkel, crise, plan européen, europe des nations



























Commentaires
« cette Europe supranationale qui n'existe que par beau temps et grâce au protectorat américain »
Oui, c'est la meilleure réplique aux européistes béats dont le seul argument, ou presque, est de bêler que « l'Europe, c'est la paix »...
Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen qu'on ne saurait suspecter d'« euroscepticisme », avait d'ailleurs contredit cette idée lorsqu'il avait démissionné, en rappelant que c'est grâce au bouclier otanien que l'Europe (occidentale) avait été en paix depuis 1945 : http://www.lemonde.fr/europe/article/2007/12/01/jean-louis-bourlanges-l-europe-fait-semblant_984823_3214.html
Ecrit par : Criticus | 19.10.2008
Bon billet, j'adhère assez à vrai dire... (beaucoup même, mais pour moi, la seule réalité, ceux sont les nations et les peuples qui les composent...)
Bon dimanche à toi
Ecrit par : Falconhill | 19.10.2008
Tout-à-fait d'accord sur l'aspect communication. J'ajouterai même que loin d'être l'apanage du centre, l'antiaméricanisme ("car c'est l'Europe qui prend le pas sur les USA") permet de joindre l'utile à l'agréable des deux côtés de l'hémicycle.
Pour ce qui est de l'Europe des nations, je suis un peu moins catégorique. D'une part parce que la BCE n'a pas été en reste, et d'autre part parce que les difficultés connues par l'Islande me semble plutôt démontrer que l'appartenance à l'UE constitue une forme de filet de sauvetage dont ce pays n'a pas pu, par hypothèse, bénéficier.
Ecrit par : Rubin | 19.10.2008
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