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21.09.2008

Pompiers pyromanes

dynamite.jpgC’est donc la fin du capitalisme, la preuve que l’ultralibéralisme mène le monde à la catastrophe et qu’il se détruit lui-même. Ce refrain n’est pas neuf : Marx l’avait déjà dit en 1867 et malgré plus de 6 siècles d’existence et son extension à toute la planète (Chine et Russie comprise), certains l’entonnent à nouveau : un prix Nobel d’économie, J.Stiglitz parle de l’autodestruction du capitalisme, le mouvement altermondialiste annonce la catastrophe depuis plus de vingt ans ; forcément il faut bien qu’une crise leur donne raison de temps en temps. Une montre cassée donne l'heure juste deux fois par jour…P.Khalfa du syndicat Solidaires a pu déclarer à Malmo : « Il faut briser les reins à la finance. Il faut prendre des mesures fortes, autoritaristes….encadrer la circulation des capitaux afin que les autorités puissent la contrôler ». Et cela sans remarquer que le système collectiviste et planificateur qui prétendait se substituer au capitalisme a disparu dans un gouffre économique et un drame humain dont le présent nous rappelle les séquelles.

Cette lecture de la crise est volontairement myope : ce n’est pas le capitalisme qui est en cause, mais bien les interventions publiques et les politiques monétaires et budgétaires qui ont prétendu faire fi des lois du marché. Retour en arrière :

Après le 11 septembre 2001, pour ne pas donner la victoire au terrorisme qui souhaitait faire plonger le système financier et l’économie américaine, les autorités monétaires américaines ont inondé de liquidités quasiment gratuites le marché de l’argent à court terme, ce qui a permis la création d’une bulle de l’immobilier. Les banques prêtent à faible coût de l’argent aux ménages solvables qui achètent de l’immobilier à des prix raisonnables ce qui entraîne une première augmentation du marché immobilier. L’argent continue alors d’être prêté à des gens solvables pour acheter des biens surévalués ce qui permet d’alimenter la croissance économique puisque les banques consentent des prêts à la consommation aux propriétaires, gagés sur l’augmentation de la valeur de leur maison. Enfin, les banquiers finissent par prêter avec subprime à des ménages insolvables pour acquérir de l’immobilier à des prix délirants puisque le département américain au logement a obligé Fannie Mae et Freddie Mac à augmenter tant le volume que la proportion de crédits subprime refinancés (jusqu'à 56 %, en 2004), trouvant là le moyen de satisfaire un objectif majeur de tout politicien qui se respecte outre-Atlantique : l'augmentation du taux de propriétaires de logement parmi les populations à faible revenu, et notamment les minorités.

Cette bulle qui enrichit tous les intervenants de la chaîne (du courtier en prêts insolvables au gestionnaire qui rajoute de la dynamite dans des fonds monétaires dynamiques) n’a pu se poursuivre que grâce à l’innovation financière qui a inventé la titrisation (transformation d’une promesse d’argent futur en titre négociable sur le marché) mais quand la masse des emprunteurs n’a pu honorer ses engagements, les financiers ont été placés devant une crise de liquidités, les banques ne voulant plus se prêter entre elles, la confiance s’étant évanouie et chacun soupçonnant l’autre de ne pouvoir rembourser : l’injection de nouvelles liquidités par la FED n’a pas été suffisant et pour les plus imprudents on en venu à la nationalisation, au soutien de l’Etat ou à la faillite pure et simple. Les dernières mesures, facilité de refinancement à des taux d’intérêt inférieurs à ceux du marché, interdiction des ventes à découvert (à Londres pour 33 valeurs pendant 4 mois et à N-Y pour 799 sociétés financières durant 10 jours), garantie à hauteur de 50 milliards de dollars du marché des sicav monétaires et création d’une structure de défaisance où seront logées les créances pourries de toutes les banques devraient permettre de sortir de cette déroute (pas de quoi être fier : cette technique a déjà été expérimentée lors du sauvetage du Crédit Lyonnais avec la création en 1995 de la CDR qui reçut 28 milliards d’actifs à liquider).

Manipuler la monnaie, fixer les taux, administrer les prix, réglementer sans cesse : voilà les pratiques contraires au marché et au capitalisme qui ont été à l’œuvre dans ce scenario catastrophe. La crise actuelle n’est que la rançon de ces pratiques : le capitalisme financier a été instrumentalisé par l’Etat pour réaliser ses objectifs. Mais le pire est peut-être à venir. Dans les crises c’est toujours pareil : d’abord l’intervention des banques centrales qui essaient d’éteindre l’incendie puis sitôt le gros de la crise passée, les politiques se positionnent et dès la semaine prochaine, ce sera un déluge de déclarations.

Certains essaieront de redonner confiance, les nouveaux gourous réclameront une régulation mondiale (F.Hollande plaide pour un nouveau Bretton Woods pour coordonner les politiques monétaires et renforcer les institutions financières internationales), européenne (les altermondialistes) d’autres appelleront à des sanctions, à plus d’intervention de l’Etat pour encadrer les marchés.

N.Sarkozy doit s’exprimer sur la crise financière mardi, sans un discours à l’Assemblée générale de l’ONU. Il avait déjà facilement dénoncé les spéculateurs, les fonds étrangers et les patrons voyous. Il serait très dommageable qu’il y fasse le procès du capitalisme ; c’est en général ce que l’on entend en France. Raison de plus pour ne pas sombrer dans le populisme en jetant le bébé de la mondialisation avec les eaux sales des dérives financières. Ces paroles pourraient faire mouche dans un pays qui regarde toujours le marché de travers. Cette dernière crise devrait inciter à la modestie : elle a montré que les régulations nationales mises en place par les Etats ont été particulièrement néfastes et que les normes comptables et ratios prudentiels qui ont suivi la faillite d’Eron ont eu des effets secondaires terribles qui ont amplifié la crise. Les nouvelles règles qui devront être édictées devraient se limiter à priver d’allumettes les détenteurs de dynamite : et les banquiers fous n’ont pu jouer que parce que les explosifs leur ont été fournis en grande quantité. Plutôt que de jouer les pompiers pyromanes, les Etats et les chefs d'Etat, feraient bien de prendre leurs responsabilités.

 

Commentaires

Une fois de plus on nous ressort la bonne vieille théorie caricaturale qui veut que si le "marché" n’a pas fonctionné, c’est qu’il n’y avait pas assez de "marché", que la "main invisible" a été en partie entravée !
Vous parlez des interventions publiques et des politiques monétaires et budgétaires qui ont prétendu faire fi des lois du marché. Juste pour rire, vous pourriez nous les rappeler ces fameuses "lois du marché" et nous expliquer en quoi ces interventions les ont contredites ?

Vous nous servez là, si je puis me permettre, ce que quelqu’un comme J.Généreux appelle, la "culture du café du commerce" en matière économique. Est-il nécessaire de rappeler que la théorie économique, même la plus orthodoxe, ne conteste en rien la nécessité de l’Etat et des réglementations ?

Plutôt que de tomber dans la facilité et d’essayer de faire croire en gros que le marché est autorégulateur, n’auriez vous pas pu être plus constructif en expliquant que si certaines interventions ont été inefficaces (selon vous) d’autres (à définir) auraient pu éviter cette crise ?

A tout prendre, je préfère ce genre de texte http://www.telos-eu.com/fr/article/la_fin_du_capitalisme_non_bien_au_contraire (même si je ne partage pas l’ensemble du propos) qui ne tombe pas (complètement) dans la caricature et qui a le mérite de proposer une piste de réflexion qui me semble pertinente : avant de tomber à bras raccourci sur l’excès de règlementation et de contrôle, sommes nous bien sûr que tous les moyens ont été mis en œuvre pour que cette règlementation soit appliquée et ces contrôles réellement effectués ?
Je suis sûr que vous vous doutez de ma réponse à cette question.

Ecrit par : RST | 21.09.2008

Je ne conteste pas la nécessité de l'Etat et des réglementations dès l'instant où cela a pour objectif de sauvegarder le cadre du marché, c'est-à-dire l'application des contrats, le respect du droit de propriété, la liberté des acteurs, la concurrence, la lutte contre les monopoles et les abus de positions dominantes...Par contre, c'est sur que je conteste lorsque l'Etat intervient pour fixer le prix d'un bien (ici du crédit ou de la monnaie), pour garantir les acteurs économiques contre leur propre mauvais comportement et pire de les inciter pour ne pas dire obliger à agir dans des domaines économiques peu rentables et surtout risqués et le tout à des fins politiques.
Et pour savoir si la réglementation a bien été appliquée, oh que oui elle a bien été appliquée : les politiciens voulaient que Freddie et Fannie garantissent à tour de bras des crédits non solvables, Freddie et Fannie l'ont fait sans broncher, les pouvoirs publics ne voulaient pas que les banques ou les analystes mettent le hola sur les créances douteuses, personne ne l'a fait...
Bien sur que je me doute de votre réponse, mais si vous êtes si surs, expliquez-moi pourquoi les banques sont la profession la plus réglementée et la plus controlée et qu'aucun des grands acteurs ne soient condamnés (à moins que vos chères réglementations soient comme les lois francaises, qu'on ne soit pas obligé de les respecter et que les juges ne disent rien quand on les enfreint).
Quant à définir des réglementations efficaces pour empêcher les crises, c'est assez facile : empêcher les politiciens de fixer arbitrairement des prix et qu'ils arrêtent de garantir les crédits risqués (comme ca les banques arrêteront de donner ces crédits stupides pour ensuite essayer de les refiler à qui voudra bien les prendre et être le pigeon de l'affaire), qu'ils arrêtent aussi de fixer des ratios prudentiels qui ne servent jamais car facile à respecter en période florissante et démultiplicateur de problème en période de crise...Non plus sérieusement, les pouvoirs publics feraient bien de faire quelque chose contre l'excès de camouflage en hors bilan (mais ca pose le problème que l'Etat francais fait la même chose avec les comptes des entrerpises publiques et même des comptes de la nation) et puis, il ferait également bien de s'occuper des produits financiers complexes aisni que des ventes à terme...

En attendant, comme je l'ai dit à Torédor, j'attends également de votre part des propositions et, pour parodier De Gaulle avec l'Europe, "bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant "Régulations, régulations, régulations"... mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien".

Ecrit par : Niko | 22.09.2008

Vous voulez des propositions ?
Mais je n'aurai pas la place ici de toute les lister, de la taxe Tobin à la Constitution Economique de P.Jorion, en passant par le SLAM de F.Lordon, j'en passe et des meilleures.

Il faut repenser le rôle de la monnaie (qui est un bien public), limiter la circulation des capitaux, ramener la spéculation dans des limites acceptables, limiter (sinon interdire) les pratiques utilisant l'effet de levier, rendre transparent le fonctionnement des chambres de compensation internationales comme Clearstream et consorts, abolir les paradis fiscaux, harmoniser les politiques fiscales, protéger l'Europe contre les pratiques anti-concurrentielles , .... vous en voulez encore ?

Les problèmes sont connus, les solutions existent, la seule chose qui manque, c'est la volonté politique.
Nous avons eu Richelieu au 17 ème siècle, De Gaulle au 20 ème, j'ai peur qu'il nous faille attendre quelques siècles de plus pour voir apparaitre un homme d'Etat qui saura combattre les intérêts privés d'une minorité pour défendre l'intérêt de tous.

Ecrit par : RST | 22.09.2008

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