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14.09.2008
Un livre, un jour
Ayant été tagué par Le Chafouin à propos de mes lectures actuelles, je me colle à la tâche, ce qui m'arrange bien au passage tant l'envie de blogguer semble m'avoir quitté depuis un petit moment. Cela dit cette chaîne commencée on ne sait plus trop où ni par qui (je rejoins le Chafouin quand il dit que c'est surement un libraire qui veut savoir quels livres nous lisons ) présente quand même un petit intérêt : montrer que les gens lisent encore et pas que les torchons qui fleurissent les kiosques...Je suis globalement étonné par la qualité et même la difficulté des livres que tout à chacun lit au quotidien, c'est-à-dire en plus du travail, de la famille, des activités sportives et de tout ce qui prend du temps. Voir que les français continuent pour leur moment de détente à lire et à lire des bouquins de qualité, des livres d'histoire (car ce n'est pas avec ce qu'on apprend à l'école qu'on peut avoir, ne serait-ce qu'une vague connaissance de l'Histoire, j'en fais l'amère découverte à chaque fois que j'ouvre un livre), des essais, des bouquins philosophiques, voilà qui me remet du baume au coeur pour ce pays que je pensais globalement sur la très mauvaise pente en matière culturelle et intellectuelle pour ne pas dire foutu, comme le dit régulièrement notre hastable . Tant qu'il y a de la lecture, il y a de l'espoir...
Après vous avoir embêtés avec mes considérations pseudo-intellectuelles, passons dans le vif du sujet et parlons un peu bouquins. L'objet de cette chaîne est d'ouvrir un bouquin à la page 123 et de citer un paragraphe ou partie de cette page. Mais comme toutes les chaînes, chacun est libre d'en faire ce qu'il veut, ce que je vais donc faire. Au lieu d'ouvrir un bouquin, je vais en ouvrir 3, celui qui j'ai fini de lire, celui que je lis en ce moment et celui que je vais lire après et je citerai un paragraphe et peut-être plus.
Le bouquin que je viens de finir est L'étrange défaite de Marc Bloch. Citation : "Que de nos soldats avaient donc de bonne volonté et de gentillesse ! Il n'est aucun de nous, même parmi les vieux durs à cuire, qui n'en ait été ému. Ils débarquaient du train, éreintés par un long voyage, affamés souvent, quelquefois sans autres vêtements que les hardes hétéroclites que les Anglais leur avaient distribuées, après naufrage. Ils avaient perdu, en route, leurs unités, leurs chefs directs, leurs "copains". Fréquemment, pour rejoindre enfin le stationnement où ils retrouvaient un peu de cette atmosphère d'entraide collective, si nécessaire à l'homme de troupe, il leur fallait encore parcourir, à pied, bien des kilomètres. Pas une plainte, pourtant ; un brave "merci" récompensant toute attention qu'on pouvait avoir pour eux ; le contentement, non seulement de se sentir, provisoirement du moins, à l'abri, mais aussi de revoir sain et sauf tel ou tel officier dont le sort les avait inquiétés. J'ai reçu quelques poignées de main qui m'ont fait chaud au coeur. En vérité, le souvenir de ces journées m'empêchera toujours, si jamais j'en étais tenté, de désespérer du peuple français."
Très beau passage en soi, d'un très beau livre (sur lequel je reviendrai dans une petite fiche de lecture tant il m'a marqué) mais qui pose déjà un problème : ce passage ne prend son sens que si je cite le paragraphe suivant, ce qui risque d'assommer le peu de lecteurs qui veulent bien déjà me lire. Mais bon, si je faisais un blog pour avoir des lecteurs en masse, je n'écrirai pas sur la politique, l'économie ou les relations internationales, j'écrirai plutôt sur les derniers enfants du couple Pitt-Jolie ou encore sur la dernière prestation de l'Equipe de France.
Donc suite de la citation : "Vint, pour nous commander, un général animé certainement des meilleurs intentions, parfaitement sincère dans sa foi militaire, dur à lui-même comme aux autres, mais chez qui le sens psychologique ne s'élevait pas à la hauteur des autres qualités. Il jugea que l'ambiance n'était pas tout à fait celle d'une caserne bien tenue et voulut y remédier. Les rondes d'officiers se multiplièrent et les observations sur les vareuses incorrectes plurent de toutes parts. Echappés à ce que les journaux appelaient déjà, pompeusement, mais non sans quelques justesses, l'enfer des Flandres, beaucoup d'entre nous avaient cru pouvoir faire venir leur femme, dans les villages où nous logions : les simples soldats au moins aussi souvent que les officiers, de sorte que l'égalité n'était nullement blessée. Le général sévit. Un guerrier peut, s'il lui plait, aller au bordel ; les embrassements conjugaux, par contre, sont pour lui péché d'amollissement. Comme notre nouveau chef était, à sa facon, un juste, il commença, d'ailleurs, par infliger quinze jours d'arrêts de rigueur au vieux général de réserve, qui nous avait gouvernés avant lui ; ne l'avait-il pas rencontré un soir, bras dessus bras dessous avec sa vénérable épouse ? On rit. L'homme du rang n'en fut point consolé. En quelques jours, la température morale avait changé. Symptôme significatif : le salut des officiers, jusque-là offert avec un cordial empressement, ne le fut plus que d'une main parcimonieuse et, visiblement, par contrainte. Un pseudo-dressage avait ruiné, avec une merveilleuse promptitude, la bonne et saine humeur d'une troupe venue du feu et destinée, croyait-on, à y retourner." Savoureux et oh combien actuel...
Le deuxième livre est le quatrième et dernier tome de la biographie de Charles de Gaulle par Max Gallo, La statut du Commandeur. Citation : "Il mesure combien, autour de lui, on voudrait qu'il intervienne, qu'il incite les ministres et les députés à s'engager dans la campagne électorale. Il parcourt les journaux. L'opposition multiplie les attaques, répète le commentaire de Defferre sur son intervention du 4 novembre ; elle se résumerait, selon le maire de Marseille, à un "Moi ou le chaos". La formule est partout reprise. Il serait le vieux monarque que les caricaturistes du Canard enchaîné représentent en souverain de plus en plus ridicule, autoritaire, vaniteux, égocentrique, qui s'en va, répétant à la Cour : "L'Etat, c'est moi" autre manière de dire "Moi ou le chaos". Il repousse les journaux, il ferme le dossier contenant la revue de presse. Est-ce possible qu'il y ait un tel décalage entre ce qu'il est, ce qu'il pense, ses mobiles et cette façon dont on le représente ? Il éprouve encore plus de lassitude, de dégout, de mépris. Se tenir à l'écart, voilà la règle. "En fin de compte, dit-il, les Français feront ce qu'ils voudront. Ils voteront pour moi ou contre moi. En tout cas il faudra qu'ils se décident, car on ne peut pas rester indéfiniment assis entre deux chaises. Ils diront si ce qui se fait leur convient ou s'ils préfèrent retourner à leurs histoires. S'ils le veulent nous pourrons bâtir quelque chose de solide. S'ils ne le veulent pas, eh bien, qu'ils aillent au diable ! J'aurais fait tout ce que j'aurai pu et je ne pourrais rien faire de plus. Ce sera à eux de choisir une nouvelle ligne d'action." L'époque n'était pas à la communication et De Gaulle n'en connaissait que le contact direct avec la population. En revanche, l'opposition qui n'en était pas à ses débuts en la matière, réussait presque à accréditer l'idée du coup d'Etat permanent : ça nous rajeunit pas tout ça...en revanche, ça date un peu les récentes gesticulations de l'opposition, du "cet homme est dangereux de S.Royal au "Sarkozy porte atteinte à des principes républicains fondamentaux" de F.Bayrou...
Enfin, la dernière citation du livre que je relirai prochainement, Insoumise d'Ayaan Hirsi Ali: "Quand le médecin lui glisse qu'elle peut avorter, l'embryon est encore tout jeune, elle dit : "Non, non, maintenant, j'ai perdu les faveurs de mes parents, ce n'est pas pour perdre aussi les faveurs d'Allah en assassinant mon enfant." Elle refuse catégoriquement l'avortement. Ce n'est pas discutable. "Je brûlerai en enfer." D'après l'islam, une grossesse hors mariage est certes un grand déshonneur pour la famille, mais aux yeux d'Allah on peut encore s'en sortir. Mais l'avortement est un péché mortel sans rédemption !". Ayaan Hirsi Ali, vous savez, cette ex-députée néerlandaise d'origine somalienne, quasiment apatride désormais, menacée de mort par les islamistes pour ses critiques envers l'islam dont le paiement de la protection rapprochée a été suspendu par le gouvernement néerlandais en 2007. Une promesse avait été faite par le candidat N.Sarkozy d'offrir la protection aux femmes en danger à travers le monde en leur accordant la citoyenneté française ; on attend toujours la mise en oeuvre réelle de cette promesse. Mais bon, faut comprendre : la pression médiatique est redescendue donc plus rien n'a gagner de ce côté. Pareil, pour les médias et ceux qui vivent du débat permanent et de la lumière médiatique, plus de meeting à la Mutualité, plus de déclaration de soutien dans Libé, dans Télérama, dans Charlie Hebdo...Ah, les belles-âmes...mais par contre, qu'est ce qu'on les entend tous sur la visite du Pape en France qui remettrait en cause la séparation de l'Eglise et de l'Etat et annoncerait même une nouvelle offensive conjointe de la Sarkozie et des obscurantistes contre la République en danger...Ridicule et dérisoire.
Donc voilà pour mes lectures actuelles et désolé d'être sorti un peu des clous de cette chaine avec des passages bien longs et qui ont probablement perdu en route un certain nombre d'entre vous. Ce petit exercice a eu une véritable vertu, me redonner un peu l'envie de blogguer...Aux autres maintenant : je taggue la Lime, Hastable, la fabrique d'épingles (à qui cette chaine fera peut-être le même effet que moi), théatre des opérations, objectif liberté et enfin Cali, qui est pour moi la meilleur illustration de gauchisme médiatique...
15:25 Publié dans Réflexions et philosophie... | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : de gaulle, gallo, bloch, ayaan hirsi ali, royal, sarkozy, bayrou



























Commentaires
Agréable de lire du de Gaulle un dimanche pluvieux. Merci.
Et beaux extraits, vraiment...
Bonne fin de dimanche.
Ecrit par : Falconhill | 14.09.2008
Je découvre ton blog. Intéressante perspectives :-)
Ecrit par : Toréador | 17.09.2008
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