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07.09.2008
Les talibans ont voulu me recevoir parce qu’ils avaient un message à faire passer *
Si « La vie est une histoire vraie » [1], je trouve singulier de n’en montrer qu’une partie : et une partie reprenant de bout en bout, la vision d’un des camps. Une dizaine d’insurgés, revêtus d’effets personnels pris sur les corps des dix soldats français tués (veste de treillis, casque, gilet pare-balles), exhibant leurs prises de guerre (famas, talkie-walkie) dont le chef, un certain « commandant Farouki » donne le point de vue : « S’ils partent, alors tout ira bien. Tant que vous resterez chez nous, nous vous tuerons. Tous ». On est bien loin du reportage de guerre : les combattants prennent la pose dans un décor choisi et les trophées sont brandis. Il s’agit bel et bien de huit pages de propagande et non d’information. D’ailleurs, c’est la partie qui n’apparait pas qui en donne la preuve ; leurs morts, leurs blessés, leur financement, l’idéologie qui motive leur action, sont absents. Nous sommes tous afghans » alors que l’on vient d’arrêter à Saroubi (ville la plus proche de l'embuscade) un pakistanais en possession d’une clé usb contenant des photos des français morts et s’apprêtant à commettre un attentant suicide, « Nous défendons notre pays. C’est une guerre de libération. » Libération de quoi ? D’un gouvernement qui peine à s’installer ? D’une armée afghane encore en formation ?
Paris-Match est-il conscient d’avoir offert des pages de publicité à un mouvement qui vient de tuer dix soldats français ? Si la réponse est oui, le cynisme et les objectifs de vente auront du mal à se cacher derrière l’éternel argument « les français ont le droit de savoir ». A ceux-là, de ne pas cautionner la manœuvre et de refuser de payer pour voir. Le titre devrait suffire pour les alerter : « Nos journalistes ont retrouvé les talibans qui ont abattu les dix soldats français ». La direction de Paris-Match signant là, sa reconnaissance de l’appartenance. Les journalistes qu’elle paie, sont ses journalistes, tandis que les soldats français abattus appartiennent une tribu inconnue, dont la mort ne les concerne en rien. Faut-il rappeler que ces soldats sont français, qu’ils ont reçu leurs ordres de la France et qu’à ce titre, ils sont nos soldats ?
Si la réponse était non, la lecture d’Egea leur serait salutaire : « Il n’y a pas d’observateur. Le savoir, en avoir la conscience stratégique, impose de choisir. De choisir son camp. Appartenons-nous au « nous » du « nous sommes en guerre » ? Sinon, on est, objectivement, avec les autres ; avec l’ennemi… Messieurs les journalistes, choisissez votre camp ». Ainsi, l’information, tout le monde le sait, est une guerre, sauf Paris-Match, à moins qu’il ne feigne de l’ignorer. M.Gallo fait bien de leur rappeler : « l'ennemi est un ennemi. On ne lui sert pas la soupe qu'il désire ». Même si, involontairement, cette communication à destination de l’opinion publique française aura au moins eu le mérite d’atomiser les dénégations de nos politiques sur la réalité de cette guerre.
Quand à la restitution de la montre d’un soldat à sa famille, aimablement confiée par l’un de ses meurtriers, j’y verrai pour ma part, la tentative de PM, de se dédouaner de toute culpabilité de sa lucrative activité et celle des talibans de se construire l’image des combattants au grand cœur grâce aux PM boys [2]; soit un beau foutage de gueule.
* Les talibans ont voulu me recevoir parce qu’ils avaient un message à faire passer : la photographe en convient dans une interview à Libération
[1]slogan de Paris-Match
[2] Pourquoi n’ont-ils pas retourné aussi le couteau qui a servi à égorger l’un des soldats ? PM a du leur souffler que ferait trop …
16:29 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris-match, egea, gallo, talibans, journalistes



























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