« L'organisation territoriale, une rupture pour 2009 | Page d'accueil | La fin de la fin de l'Histoire »
11.08.2008
Gras, salé et sucré
Pour une fois que l’Inspection des finances se souciait de la santé des français ! Evidemment, leur réponse était prévisible, taxe ! [1] et en ce moment de baisse du pouvoir d’achat, elle a été jugée inopportune, par notre ministre du budget. Il n’en reste pas moins, que les français s’alourdissent dangereusement [2] et que les pathologies associées sont sur la pente ascendante [3]. Les plus libéraux d’entre nous s’offusquent à juste titre que l’Etat puisse venir mettre son nez dans notre assiette, mais ne protestent pas alors qu’il a décidé que les produits à emporter bénéficieraient du taux réduit de tva : ce qui revient à favoriser la consommation desdits produits alors que ce sont ceux-là mêmes qui sont justement gras, salés et sucrés et probablement à l’origine d’une bonne partie de notre embonpoint ; alors que le taux réduit ne devait concerner à l’origine que les produits de première nécessité, les biens alimentaires non transformés. Oui, mais ces produits répondent à la demande de consommation des catégories sociales les moins favorisées, également les plus touchées par le surpoids et par la difficulté à boucler les fins de mois.
Nous sommes donc enfermés dans une boucle dont la sortie n’est pas simple : si l’on assigne à la TVA d’être douce avec les produits de 1ère nécessité, au 1er rang desquels les produits alimentaires non transformés, alors on pourrait encore abaisser le taux réduit qui s’y applique à 5%. L’impact serait faible, de l’ordre de 1% sur le prix de vente sur ces produits. Pas très vendeur comme mesure ! Pour marquer la différence avec les produits à emporter, quand même de moindre nécessité, c’est bel et bien le taux de tva qui s’y applique qui devrait être augmenté. Et ça, c’est carrément un repoussoir ! Ce n’est vraiment pas le moment, en effet. Oui, mais est-ce bien le moment d’abaisser la tva sur la restauration ? La restauration est-elle un produit de 1ère nécessité ? D’autant que cette mesure ne bénéficierait qu’à ceux qui vont fréquemment au restaurant, ceux là mêmes qui ne se recrutent pas dans les catégories les moins favorisées.
Alors, pour réconcilier fiscalité, minceur et finances publiques, il faudra s’y résoudre : les produits à emporter, pas plus que la restauration ne sont des produits de 1ère nécessité que les finances publiques auraient à encourager, plus que d’autres activités. Ces activités doivent rejoindre le taux normal de tva. Comme ça, on fera d’une pierre, deux coups : la restauration traditionnelle ne sera plus obligée d’hurler à la concurrence déloyale des fastfood (et on arrêtera enfin le mauvais feuilleton de la tva sur la restauration) et la fiscalité encouragera les produits alimentaires frais ainsi que l’art culinaire domestique et ne favorisera pas les habitués de la restauration. Oui, je sais ça pas être populaire ! A vous de faire œuvre de pédagogie dès que l’occasion s’en présentera ; par exemple lorsque la commission européenne refusera pour la nième fois la baisse de la tva sur la restauration…
[1] En fait passage du taux réduit de TVA au taux normal, ce qui aurait quand même conduit à une augmentation de 13,4% du prix des produits concernés
[2] Surpoids et obésité concernant maintenant 41,6% de la population IMC >25 ou 30
[3] Le nombre de patients traités pour diabète a progressé de 25 % en cinq ans, pour cholestérol de 56% et pour 'hypertension de 22%
07:06 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : produits à emporter, tva, fastfood



























Commentaires
Bonjour,
Je suis tout à fait d'accord avec toi !
J'ai également essayé de traiter de ce sujet sur mon blog mais sous un angle un peu différent celui de la reponsabilisation par rapport aux soins de santé. L'idée étant qu'à partir du moment ou il y a une alternative acceptable à un comportement qui génère des couts pour le système de santé, il faut que ceux qui le pratique en connaissance de cause participent à son financement.
Je considère que le Gouvernement, en écartant cette proposition d'un revers de main, ne fait pas preuve de responsabilité, ni d'un point de vue de Santé publique ni par rapport au système de santé français !
Ecrit par : Nicolas | 11.08.2008
Bonsoir Nicolas
Tu vas beaucoup plus loin que moi ! J'acceptais du bout des dents, un rôle social à la tva en consentant que les produits alimentaires soient taxés au taux réduit (pourquoi pas l'eau, les matelas, la construction d'immeubles, les poussettes...). En fait, je souhaite la neutralité des taxes, afin que l'Etat ne mette pas son nez, ni dans notre assiette ni dans nos comportements, ni dans nos choix de consommation. Car, je connais son appétit insatiable et sa capacité à décider n'importe quoi. D'ailleurs, j'imagine avec jubilation la commission qui serait chargée de taxer les produits en fonction de leurs taux de graisse/sucre/sel et de l'existence d'une alternative ! Au moins cent fonctionnaires, réunis jour et nuit à plancher calculettes en main, sur les mérites respectifs du jambon/saucisse et pain au chocolat/tartine de confiture ! Sans compter qu'aussitôt un produit taxé, les industriels en sortiraient un nouveau dont ils feraient varier la composition ! Que de belles soirées en perspective à éplucher le bulletin officiel des produits estampillés bon pour ta santé...Je préfère notre liberté avec ses erreurs au zèle du nouveau corps de fonctionnaires nutritionnels. En revanche, tu as raison, ceux qui induisent des coûts pour le système de santé, doivent participer à son financement : les assureurs font ça très bien.
Ecrit par : Lolik | 11.08.2008
Bonsoir
J’admets que la mise en œuvre d’une taxation des produits « trop gras, trop salés, trop sucrés » risque d’être délicate et de tourner à l’ubuesque.
Néanmoins, à partir du moment où l’on considère comme normal, sous certaines conditions, de faire payer ceux qui volontairement dépensent des soins de santé, je ne vois pas d’autre solution que de taxer dès le départ.
Ce que font très bien les assureurs, c’est de faire payer proportionnellement à un risque calculé. Le problème c’est qu’en matière de santé, la collectivité, volontairement, refuse de lier les contributions financières de chacun au risque présenté par chacun.
Ce principe de solidarité ne pourrait pas pris en charge par des assureurs privés.
Donc, sauf à vouloir remettre en cause ce principe, ce qui n’est pas mon cas, il faut trouver d’autres moyens pour responsabiliser les usagers quitte à restreindre leur liberté de faire payer par les autres les conséquences de leur comportement....sous réserve, évidemment, que ces moyens ne coutent pas plus qu'ils ne rapportent !
Ecrit par : Nicolas | 13.08.2008
Ecrire un commentaire