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24.07.2008

Salaire minimum, inconvénients maximum

445256.jpgLe Conseil d'Analyse Economique, instance rattachée au premier ministre, a remis aujourd'hui un rapport consacré au «Salaire minimum et bas revenus» au secrétaires d'Etat Martin Hirsh et Eric Besson. Rédigé par les économistes Pierre Cahuc, Gilbert Cette et André Zylberberg, ce rapport remet en cause le bien fondé d'un SMIC "élevé et contraignant" qui "n'est pas un moyen efficace pour réduire la pauvreté et les inégalités". Pour les économistes, le SMIC doit "retrouver son rôle originel de salaire plancher" et seulement "concerner une part réduite des salariés" mais ils plaident également pour un "changement profond des règles de fixation" de l'augmentation annuelle. Comme le disent les libéraux depuis très très longtemps...

Je vous avez déjà parlé de cette illusion de juillet qui repose sur une vision keynésienne dépassée des problèmes économiques. Le rapport ne fait que le confirmer en pointant les deux "inconvénients majeurs" : le niveau du SMIC «évince les travailleurs les moins productifs» et ne laisse pas de placerau nouveaux entrants, a fortiori s'ils sont peu qualifiés ou sans expérience, comme les jeunes. La comparaison avec nos voisins où le salaire minimum n'existe pas ou est «moins contraignant» venant appuyer les arguments de ce rapport. En clair, le SMIC serait contre-productif et irait à l'encontre du but recherché, à savoir aider le pouvoir d'achat des travailleurs non-qualifiés et les travailleurs pauvres.

Mais le rapport ne s'arrête pas là. Il remet en cause tout notre système français de redistribution des revenus qui, en plus d'être peu lisible avec ces dizaines de dispositifs spécifiques d'aides aux chômeurs, rmistes et autres, est "très faiblement incitatif à la reprise d'emploi pour les personnes les moins qualifiées". Le rapport propose de fusionner les minimas sociaux ainsi que les dispositifs d'aide à la reprise d'activité afin qu'ils soient fonction de l'activité et non du revenu pour réellement inciter à la reprise d'activité, exactement la définition du RSA. Le rapport propose également que soient fixés «conjointement» le salaire minimum et les minima sociaux dans le cadre de la loi de finances afin justement d'avoir une stratégie d'incitation réelle de reprise d'activité pour lutter contre l'assistanat.

Comment ne pas être d'accord avec ce rapport quand on connaît la réalité du système d'aide en France et surtout ses effets pervers à savoir que l'assistanat paie plus que le travail  ? Alors bien sur, il ne s'agit pas d'abandonner les travailleurs pauvres mais pour véritablement les aider, les auteurs préconisent plutôt de «s’appuyer sur des mesures fiscales et des prestations sociales ciblées plutôt que sur un salaire minimum élevé et uniforme». L'inverse du système francais en somme.
Le gouvernement va, bien entendu, enterrer ce rapport car trop libéral car malgré les coming out de beaucoup de personalités, le libéralisme n'a pas bonne presse dans notre pays. Il n'en retiendra qu'une idée, celle du soutien au RSA en passant à côté de ce qui est pourtant fondamental. Car le RSA sans une refonte de nos minimas ne sera qu'un dispositif coûteux supplémentaire qui ne manquera pas de créer encore des effets pervers et particpera à l'empilement des systèmes sans véritable effet. Et dans 20 ans, on viendra nous proposer encore un nouveau système miracle censé réduire très fortement la pauvreté, comme le RMI avant lui avec les résultats qu'on connaît.

Mais quand même, il s'agit là d'un progrès  :qu'une instance rattachée auprès du premier ministre ait le courage de poser les vrais problèmes et d'aborder les vrais solutions. Bien sur que beaucoup (moi le premier) aimeraient que cela aille plus vite mais ce n'est pas en une journée que les élites françaises vont devenir libérales (après avoir été élevées au lait de l'étatisme keynésien des grandes écoles nationales). Bien que sans être suivi d'effets, la diffusion de ce rapport est une bonne nouvelle comme l'était avant lui le rapport Péberau sur la dette ou Camdessus sur la croissance.

Autre bonne nouvelle, la consommation d'essence a chuté de 10% en juin par rapport à juin 2008. Comme un démenti à ceux qui parlaient de baisser les taxes mais surtout à ceux qui sous-entendaient que c'était à l'Etat d'agir pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, responsable du réchauffement climatique (enfin pas sur car après C.Allègre, d'autres scientifiques mettent en doute le fait que l'activité humaine soit la cause principale de ce phénomène). Le pétrole cher entraine une baisse de la consommation et des phénomènes de substitution au-delà d'un certain seuil comme enseigné dans la théorie libérale. Au final, les phénomènes de marché ont été et sont bien plus efficaces que les politiques publiques pour faire baisser la consommation. Le marché permettra également de développer beaucoup plus rapidement et efficacement que l'Etat les énergies renouvables.



Commentaires

Tout à fait d'accord : les mentalités évoluent (doucement) dans les ministères. Malheureusement, le président et le gouvernement nous ont déjà prouvé leur capacité à commander un rapport iconoclaste uniquement pour le ranger tout au fond d'un tirroir.

Je n'ose même pas imaginer la levée de boucliers à laquelle on aurait droit si le gouvernement s'attaquait — structurellement et/ou quantitativement — au SMIC. Et pourtant...

Ecrit par : Rubin | 25.07.2008

Votre propos perd de sa crédibilité compte tenu des raccourcis que vous prenez. A partir d’un exemple très précis, la baisse de la consommation de pétrole suite à l’augmentation des prix vous sautez directement à la conclusion générale que le marché serait plus efficace que l’Etat pour développer les énergies renouvelables.
Est-ce trop vous demander que de fournir un minimum d’arguments pour appuyer votre démonstration ?
On ne va pas s’envoyer les exemples à la figure mais il est pourtant assez évident que les ″phénomènes″ de marché ne suffisent pas. Je ne développerai pas ici l’exemple du secteur de l’électricité tellement il est caricatural. Je citerai simplement le secteur des télécoms où le ″marché″, c’est à dire les acteurs en place, empêchent tout simplement un 4ème opérateur 3G de s’implanter. Le marché est imparfait et il le restera, comme les hommes. Bâtir des théories sur une chimère (un marché libre et non faussé) n’est pas sérieux. Le rôle de l’Etat est et restera fondamental. D’où la nécessité d’élire des dirigeants valables. Mais ceci est une autre histoire ….

Quant au débat sur le SMIC, j’essayerai d’y revenir en détail plus tard dans un autre commentaire. Ce sujet est en général faussé par l’idéologie de ceux qui interviennent. Je ferai un seul commentaire.
Dans le lien que vous donnez sur ce que disent les libéraux il est écrit : ″un employeur ne peut pas se permettre de payer un employé davantage que ce qu’il va rapporter par son travail à l’entreprise″
Et c’est là que se situe une grosse partie du problème : contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le salaire n’est pas nécessairement lié aux compétences ou au mérite.
A ma connaissance et sans que cela ne me surprenne le moins du monde compte tenu du sujet, personne n’a encore trouvé le moyen d’établir de manière, sinon scientifique, tout au moins raisonnablement objective, comment mesurer les compétences d’un individu donné. Il y a des tas de bouquins, de méthodes, de tests sur le sujet mais à la fin les promotions et les augmentations se font majoritairement sur un critère unique et bien connu: à la gueule du client !
Si la méthode infaillible existait pour mesurer les compétences, il n’y aurait aucune difficulté à publier officiellement les salaires dans les entreprises puisque ceux-ci devraient pouvoir être fixés sur ce seul critère.
En conclusion, faire croire que chacun est rétribué selon son mérite est une imposture qui arrange bien les théoriciens du libéralisme.

Ecrit par : RST | 25.07.2008

@RST

Les libéraux n'estiment pas que chacun devrait être rétribué selon son mérite, mais selon le marché.

C'est justement parce que, tu as raison de le constater, il est extrêmement difficile de mesurer les compétences d'un individu donné que l'Etat devrait s'en mêler le moins possible en lieu et place de ceux au service de qui ces compétences seront placées.

Ecrit par : Rubin | 25.07.2008

@ Rubin
Tu dis :
"Les libéraux n'estiment pas que chacun devrait être rétribué selon son mérite (...)"
C'est ton point de vue. Il est clair cependant que pour faire passer un certain nombre de pilulles, le "sytème" libéral entretient savamment l'illusion de la rétribution du mérite.
Dans le texte proposé par Lolik comme étant ce que "disent les libéraux" je lis:
"En effet, la valeur du travail d’un salarié est évalué par l'employeur en fonction de ses aptitudes pour le poste ( physiques, mentales, sa formation, son expérience, etc…). Suivant qu’il sera plus ou moins apte, un individu créera plus ou moins de richesses par son travail à un certain poste. Il sera plus ou moins productif, plus ou moins efficace."
C'est bien,quelque part, une définition du mérite, non ?

Ecrit par : RST | 25.07.2008

La thèse libérale est cohérente, y a rien à dire la dessus. Le salaire doit être déterminé par le jeu du marché. C'est à l'Etat de s'occuper des questions de pauvreté en mettant en place un impôt négatif.

Le problème des positions dogmatiques c'est qu'elle ne s'adaptent pas à l'évolution du contexte. Ce qui était peut-être juste il y a 20 ans ne l'est peut-être plus maintenant à l'heure où le travail n'est plus en situation de négocier avec le capital et où les finances publiques sont en faillite.

Les subventions aux bas salaires commencent à faire cher. Si on additionne les exonérations de charges (20 Mds) la Prime pour l'emploi (5 Mds) et bientôt le RSA, ça fait beaucoup ! Cet argent il faut bien le prendre dans la poche de qqun. Alors que les entreprises contribuent à la solidarité en payant des impôts ou des justes salaires, quelle est la différence ? Est-ce si indécent que cela que de demander à des employeurs de verser des salaires qui permettant au salarié de "reconstituer sa force de travail". Parce que franchement, aujourd'hui avec les niveaux de loyers pratiqués, on survit tout juste avec 1000 Euros net par mois.

Ecrit par : Malakine | 25.07.2008

@RST

Non, c'est une définition de l'apport qu'un individu représente pour l'entreprise — apport dont l'évaluation est toute subjective, et donc difficile à retirer des prérogatives de celui qui en tire bénéfice.

Sur les "illusions" entretenues selon par le "système" libéral, je te retourne la courtoisie : c'est ton point de vue. Il m'a toujours semblé au contraire que la raison pour laquelle le libéralisme n'est pas aussi populaire, en particulier chez nous, que d'autres pensées politiques, c'est qu'il repose sur l'homme tel qu'il est, et non tel que l'on voudrait qu'il soit.

Ecrit par : Rubin | 25.07.2008

@Malakine

La différence c'est précisément qu'un salaire minimum trop élevé est plus néfaste encore pour l'emploi que des impôts trop lourds, en cela qu'il impacte directement le marché du travail en le nivellant vers le bas.

Ecrit par : Rubin | 25.07.2008

@RST :
Concernant mon affirmation que le marché est bien plus efficace que l'Etat pour développer les énergies renouvelables, bien sur que je fais un raccourci en m'appuyant sur l'exemple de la consommation de pétrole que l'Etat cherche à réduire depuis des années mais qui n'a réellement été réduite que lors des premiers chocs pétroliers avec l'abandon du pétrole comme source de production d'électricité et de nos jours quand le prix de l'essence est devenu trop cher. Sans faire de raccourcis, je regarde également ce qui se passe en Suède où je vis et je peux vous dire que la France est bien en retard par rapport à ici. Question de mentalité, les suèdois n'ont pas attendu que l'Etat favorise les énergies renouvelables pour y investir et surtout investir dans des technologies viables sans l'aide de l'Etat tandis qu'en France, nous sommes tellement habitués à attendre que l'Etat fasse des Gosplans que les entreprises ont environ 3 ans de retard par rapport à ce qui est fait ici. Faute également à la législation où tout doit être réglementé en France et pendant des années, il a été très dur de développer les énergies renouvelables en France car l'Etat était tatillon sur le sujet.

Pour votre exemple sur les téléphones mobiles, je suis bien d'accord que les 3 entreprises empêchent l'arrivée d'un nouvel entrant de peur de perdre leur rente. Et c'est bien une absence de marché, de concurrence qui entraine cette solution problématique. Cela devrait être le rôle de l'Etat de favoriser la concurrence et non les oligopoles sous prétexte que ce sont des champions nationaux. J'avais mis une brève sur une citation trouvée chez Expression Libre qui résume assez bien la situation en France. "Tandis que la règle du capitalisme américain est 'permettre aux nouvelles entreprises de voir le jour', il semble que celle du capitalisme français soit 'permettre aux vieilles entreprises de ne pas mourir" ! Mais le capitalisme français ne peut obtenir ce résultat contre nature sans une intervention active de l'Etat. C'est ce qui doit changer" (Léon Blum). Je pense que c'est cette citation de Blum qui retranscrit le mieux ce que je pense sur le sujet.

Concernant le SMIC, je suis bien d'accord que le salaire n'est pas lié aux compétences et au mérite. Et je suis bien d'accord qu'il n'y a pas de méthode pour évaluer la valeur d'un salarié et comme dit Rubin, c'est pour cela qu'il faut encore moins que l'Etat se mêle de fixer les salaires à la place des employeurs. Le salaire est le reflet de la capacité à produire de la richesse de la part de l'employé et cela seul l'employeur peut le déterminer et l'employé négocie avec lui le salaire qu'il pense valoir en fonction de sa capacité de création de richesse. Il n'est jamais question de rétribuer un salarié au mérite ou aux compétences qui sont des notions bien subjectives qui certes en ligne de compte mais ne sont pas l'élément déterminant.

@Malakine : je suis bien d'accord, le salaire doit être fixé par le marché et l'Etat doit aider les plus pauvres par des aides et systèmes spécifiques et ciblés. Le SMIC permet surtout à l'Etat d'être généreux avec l'argent des autres et se donner une image sociale à peu de frais à court terme.

Quant aux politiques de l'emploi, je suis bien d'accord qu'elles coutent trop cher et j'y suis totalement opposé. D'ailleurs dans certains billets précédents, je dénonce les 35 heures comme une diminution fictive du temps de travail. Fictive parce que sans les aides de l'Etat, les 35 heures n'existeraient pas. La véritable question est de sortir de ce système pour que le budget de l'Etat arrête d'être amputé de 23 milliards advitam eternam. Thatcher disait que la meilleure politique de l'emploi est de ne pas en avoir et je suis bien d'accord avec elle. Les politiques de l'emploi ne font qu'introduire des biais qui empêchent de retrouver le niveau d'emploi optimal et retarde le retour au travail de beaucoup de chomeurs qui sont les véritables victimes d'un système étatisé comme en France (les riches et les favorisés trouvent toujours un moyen de s'en sortir).

Quant à la différence entre prendre des impots plus lourds ou payer des salaires justes (par justes, je crois comprendre élevé), elle est pourtant simple. Avec un SMIC élevé, les personnes les moins employables sont simplement exclues du système et ne touchent ni les salaires justes ni les aides qui compenseraient des salaires bas, ce sont donc les dindons de la farce.
Le SMIC a aussi d'autres problèmes que j'ai développé dans un billet mis en lien dans ce post "l'illusion de juillet". Mais au final, payer la même chose un serveur à McDo et un employé du batiment, vous trouvez ca normal ? PAs moi mais le système du SMIC l'impose. Alors bien sur, je comprend la peur de beaucoup de ne pas avoir de SMIC, cela est un peu comme se jeter dans le vide sans filet de sécurité (c'est pour cela que je suis favorable à titre perso pour un SMIC au niveau du seuil de pauvreté) mais les exemples autres pays montrent que dès que le marché s'est remis à fonctionner sans entrave, les salaires pour un job équivalent sont plus élevés dans un pays sans SMIC (à niveau de développement comparable j'entends).
Je préférait réellement que l'Etat ne mette pas de SMIC et un véritable RSA plutot qu'un SMIC et un RSA minable comme on va avoir le droit.

Ecrit par : Niko | 25.07.2008

@ Malakine & Rubin

Les prix des appartements sont fixés par le marché. Ils sont connus, publiés. L'information est disponible
Les prix des actions sont fixés par le marché grâce à la bourse

Merci de m'expliquer comment le marché détermine les salaires sachant que ceux-ci sont soigneusement tenus secrets dans les entreprises ?

Ecrit par : RST | 28.07.2008

Le prix des appartements sont fixés par le marché mais l'offre est plus que limitée par les dispositifs anti-construction (COS, plan d'urbanisme, réglementation pour le permis de construire...) ce qui fausse véritblement les prix. D'où la crise du logement que nous avons. Mais cela est un autre sujet...

Quant aux salaires, les salaires sont fixés par la négociation au moment de la procédure d'embauche. Chacun est libre de discuter son futur salaire avec son patron, de même le salaire peut au moment de l'entretien annuel demandé une augmentation de salaire ou chercher un autre emploi dans une autre entreprise s'il considère que son salaire ne lui convient pas. La meilleure protection pour les salariés en terme de salaire est tout simplement le plein emploi (abondance d'offre et peu de demande) ce qui permet les négociations à la hausse. Et le SMIC qui prétend protéger le salarié contre le méchant patron empêche simplement le plein emploi et donc que la loi de l'offre et la demande joue en faveur du salarié.

Ecrit par : Niko | 29.07.2008

J'ai un peu de mal à suivre:
1) le salaire doit être fixé par le marché
2) les salaires sont fixés par la négociation au moment de la procédure d'embauche
C'est la même chose ?

Quant au fait que le SMIC empêche le plein emploi (notion qui reste à définir) au delà des déclarations de principe, j'attends toujours la démonstration

Ecrit par : RST | 29.07.2008

Le plein emploi, c'est 5% ou moins de chômage. Plus le salaire minimum est élevé, plus le coût marginal d'un salarié supplémentaire est élevé. Pour schématiser, si le salaire minimum est de 100 et que vous avez déjà un salarié à 100 pour une fonction donnée, embaucher un deuxième pour lui prêter main forte vous coûte 100, même si celui-ci est moins expérimenté. Si le salaire minimum est à 75, l'embauche d'un second élément moins expérimenté ne coûte que 75 de plus.

Résultat, avec un salaire minimum à 100 plutôt que 75, on augmente la charge de travail des heureux élus plutôt que de la distribuer.

Ecrit par : Rubin | 29.07.2008

Je crois que nous touchons le coeur du problème de la compréhension de ces problèmes. Le marché n'existe pas en tant qu'entité palpable. Le marché est représente le lieu de rencontre de l'offre et de la demande. Bien entendu que l'offre et la demande ne se rencontre plus sur "le marché" comme au bon vieux temps.
Donc que le marché ou la négociation au moment de la procédure d'embauche, c'est exactement la même chose. Quand on dit que c'est le marché qui doit fixer le salaire, on dit simplement que les offreurs de travail et les demandeurs de travail doivent pour se rencontrer et négocier librement sans influence de l'Etat et trouver un accord qui satisferont tout le monde (au du moins que tout le monde acceptera car si une des 2 parties ne veut pas accepter elle n'a qu'á pas signer le contrat de travail). C'est ce processus le marché et c'est ce processus que l'Etat empêche en fixant un SMIC élevé qui empêche donc que certaines personnes trouvent des emplois car au prix du SMIC, les employeurs ne jugent pas nécessaires d'embaucher quelqu'un (c'est leur liberté de ne pas proposer un contrat de travail, l'offre de travail n'existant pas pour ce prix) et préfèrent donc trouver des solutions en interne (en allourdissant la charge de travail des travailleurs déjà présents ou en remplacant l'homme par la machine) ou encore en décidant de ne pas se développer (ce que beaucoup d'employeurs choississent également).

Ecrit par : Niko | 29.07.2008

@ Rubin
Vous n’avez pas l’impression de faire un peu dans la simplification ? J’ai donc l’air si niais que cela ?

Elle vient d’où votre définition du plein emploi ? Votre chiffre de 5 % il mesure quoi ?
Parce que si 5 % cela signifie les 5 mêmes bonhommes sur 100 qui sont au chômage depuis 3 ans ce n’est pas la même chose que 5 bonhommes qui sont temporairement sans emploi, qui vont en retrouver un rapidement tandis que 5 autres bonhommes vont quitter ou perdre leur emploi et en retrouver un autre rapidement, ainsi de suite. Vous voyez ce que je veux dire ? Dans ce dernier cas, un taux de chômage de 15 % serait encore acceptable.

Votre démonstration sur le coût marginal, vous pourriez me la refaire avec 75 et 50 ? avec 50 et 25 ?
Et si tout simplement on rétablissait l’esclavage ? ou le goulag ?
Vous ambitionnez sérieusement de démontrer en 2 lignes les supposés effets néfastes du SMIC ? Vous êtes un petit génie ...

Et sur comment le marché détermine les salaires vous comptez me répondre un truc un peu sérieux ;-)

Ecrit par : RST | 29.07.2008

@RST

Le marché se réunit et décide. On est quelques-uns, et on co-opte les nouveaux membres toutes les années bissextiles. Sur l'esclavage c'est hors de question, vu que les salaires servent à consommer. Mais le goulag moi j'étais pour. Dommage qu'on soit si peu de staliniens parmi les ultra-libéraux fous anglo-américains ;-)

Ecrit par : Rubin | 29.07.2008

@ Niko
Dites moi si je me trompe mais pour qu'il y ait marché au sens économique du terme une des conditions de la théorie veut que l'information soit librement disponible pour tous les intervenants.
Or ce n'est pas le cas pour les salaires. Dans la négociation dont vous parlez, l'un des négociateurs (l'employeur) détient beaucoup plus d'information que l'autre.
D'autre part, tous les demandeurs d'emploi ne font pas face à tous les offreurs de travail. Là aussi c'est une vue de l'esprit qui facilite la théorie.
Enfin, toujours dans la théorie, pour un type de travail donné il y a un salaire donné. Or vous savez très bien que c'est loin d'être le cas dans les entreprises.

Donc essayer de faire croire que le SMIC empêcherait le fonctionement optimal du marché du travail c'est passer sous silence le fait que, même sans le SMIC, il ne fonctionne pas suivant les théories décrites dans les bouquins.

Bref, je sais que c'est dur d'admettre que le "marché" du travail tel que fantasmé par les libéraux n'existe pas parce que cela remet en cause tout un tas de dogmes. Mais il faut vous y faire.

Ecrit par : RST | 29.07.2008

La théorie repose sur un marché pur et parfait, ce qui veut dire que les offreurs et les demandeurs disposent d'une information complète et facilement accessible et qu'ils puissent se rencontrer facilement. Cependant, cela est la théorie et la théorie dit aussi que les marchés non purs et parfaits existent et qu'ils sont régis par les mêmes règles, simplement le fait que les marchés ne soient pas purs et parfaits entrainent que l'équilibre des prix est biaisé ou plutot n'atteint pas le niveau d'équilibre qu'il aurait atteint librement (au profit des uns ou des autres).
Mais l'important dans l'histoire est que le fait de ne pas disposer d'une information pure et parfaite ne remet pas en cause l'existence d'un marché comme vous pouvez le penser, cela introduit simplement des biais sur les marchés comme le SMIC est également un biais sur le marché...
L'important dans l'affaire n'est pas également que le marché soit pur et parfait ou pas conformément à la théorie mais de tenter que le marché se rapproche le plus possible d'un marché pur et parfait théorique, ce qui lui permettra de fonctionner au mieux. Le problème de l'information est un réel problème, je suis d'accord mais cela ne remet pas en cause l'existence d'un marché de l'emploi.

Par ailleurs, je doute très fortement que lorsque vous allez négocier votre salaire vous soyez véritablement en situation de faiblesse par rapport à une question d'information non-disponible. Vous pouvez l'être parce que vous n'avez pas d'expérience, pas travailler depuis un certain temps et donc vraiment dans le besoin de travailler, parce que vous ne correspondez pas au profil parfaitement, parce que le taux de chomage dans votre profession/tranche d'age/région/secteur d'activité ou même tout simplement au niveau national est élevé, parce que mille raisons mais surement pas pour une question d'information dont vous ne disposeriez pas et qui vous handicaperais dans la négociation. Je pense que vous connaissez le salaire moyen pour votre profil (il y a assez de classement dans les hebdomadaire sur les salaires pour avoir l'information), le salaire que vous voulez demander, celui auquel vous ne signeriez rien, celui qui vous allez tenter d'avoir au début (mais l'employeur aussi connait les salaires) mais que vous savez pertinament que vous n'aurez jamais.

Voilà pour ce que je peux expliquer. Quand à votre point de vue, je le comprend. Je comprend votre dessarroi que notre Etat nounou ou autre puissance publique détentrice de l'intérêt général (enfin c'est elle qui le dit) ne vienne pas fixer par une circulaire les salaires de chacun en France. Cela est dérangeant de savoir que tout n'est pas fixé par une loi supreme à laquelle tout le monde se réferrait. Plus ca avance, plus je me dis que la France lorsqu'elle s'est laïcisée à remplacer la réligion par l'étatisme, qui est également une religion pour beaucoup de nos concitoyens...

Ecrit par : Niko | 29.07.2008

@Niko
Bon maintenant qu'on se connait mieux, on peut se tutoyer ;-)
Je pense que nous avons des points d'accord:
1) le marché parfait n'existe pas
2) il y a des "biais", comme tu dis
3) il y a un marché imparfait de l'emploi
4) le SMIC est un "biais" (parmi d'autres) sur le marché de l'emploi

Notre désaccord porte visiblement sur l'importance de ce biais particulier et sur la nécessite de le supprimer.

Je suis cadre et ai eu l'occasion de changer (volontairement) d'emploi plusieurs fois. Je peux te garantir que la négociation salariale est une grande partie de poker où l'information n'est réellement pas partagée. Dans mon secteur, il est courant de voir des différences de l'ordre de 30 % entre 2 bonshommes pour le même poste.

Quant à mon point de vue, j'accepte la caricature que tu en fais (étant moi même amené à beaucoup caricaturer) même si je ne m' y reconnais pas.

Pour essayer de conclure sur le SMIC, en dehors de l'aspect purement économique, je considère que dans une société dite civilisée on ne peut pas admettre que quelqu'un travaille et ne puisse vivre dignement de ce travail quel qu'il soit. Il faut donc que la société impose un salaire minimum pour tout travail. Au système ensuite de s'adapter à cette contrainte librement acceptée par tous.
Envisager de faire travailler un individu pour un salaire ne lui permettant pas de vivre dignement, cela porte un nom: c'est de l'esclavage.

Ecrit par : RST | 29.07.2008

@RST : attention, première : je suis complètement d'accord avec toi. Le sujet pour moi, c'est le niveau du SMIC et son mode de fixation ; pas le principe lui-même. J'ai beau être libéral, je ne peux que te rejoindre quand tu écris : "je considère que dans une société dite civilisée on ne peut pas admettre que quelqu'un travaille et ne puisse vivre dignement de ce travail quel qu'il soit."

Partant de cette idée, j'estime qu'il serait utile de réduire les conséquences nocives de cet impératif.

Ecrit par : Rubin | 29.07.2008

@RST : Je suis tout à fait d'accord bous avons des points d'accord. Et la caricature que je fais de ton point de vue n'a rien de méchante, elle est juste question de rhétorique (et aussi pour me faire un peu plaisir).

Je suis d'accord que le SMIC n'est qu'un biais mais je le trouve majeur et remettant en cause le bon fonctionnement du marché globalement.

Quant au fait qu'il puisse y avoir des écarts de 30% entre 2 types similaires, je suis d'accord mais le meilleur moyen de lutter contre cela (s'il faille lutter contre cela, c'est une question toute légitime) s'est une meilleure information et surtout un plein emploi qui permette à celui qui se rend compte qu'il est payé 30% de moins d'aller voir son patron et de demander l'augmentation de salaire et si ce n'est pas possible de partir chez la concurrence.

Ensuite concernant ce que tu dis : "je considère que dans une société dite civilisée on ne peut pas admettre que quelqu'un travaille et ne puisse vivre dignement de ce travail quel qu'il soit." Je suis assez d'accord sur le principe sauf que j'y apporterais unbémol. Il vaut mieux un petit salaire que pas de salaire du tout. Surtout quand on sait que l'étape la plus dure est de mettre les pieds dans l'entreprise surtout pour les catégories en difficulté. Ensuite, par le jeu des augmentations obligatoires annuelles, de la formation professionnelle et de l'expérience, le salarié a la possibilité d'augmenter son revenu et de progresser.

Je vous entends déjà dire que la FP ne marche pas en France, je suis encore d'accord avec vous et je trouve que cela est un scandale : la FP sert à ceux qui sont déjà qualifiés et pas à ceux qui en auraient réellement besoin et surtout, la plupart du temps, l'argent de la FP ne sert qu'à entretenir notre dialogue social (notre cher paritarisme qui gère la FP permet de donner des emplois aux copains du syndicats et du patronat...).

Mais surtout, je peux vous dire que le salaire minimum donne l'effet inverse que ce qui est recherché. Sans SMIC, le niveau minimum d'un salaire est bien plus élevé qu'avec notre SMIC. Je prend l'exemple que je connais, la Suède n'a pas de SMIC et les salaires des travailleurs peu qualifiés sont bien supérieurs qu'en France, 1500 euros net de net de net (c'est-à-dire après tous les impots, charges et atxes) par mois pour un étudiant dans un métier non-qualifié.
Je sais c'est bizarre et illogique pour certains, mais la liberté et l'absence de contrainte sur le salaire minimum permet d'avoir un niveau de salaire minimum plus élevé.

Alors bien sur, si on supprime le SMIC nous allons avoir une baisse du salaire minimum à court terme, mais dès que le marché se sera remis à fonctionner plus librement (parce que le SMIC est un très gros biais, il touche directement 40% du marché du travail), le salaire minimum réel augmentera rapidement et dépassera probablement notre smic actuel.

Sur le principe ou pas d'avoir un SMIC, je ne suis pas philosophiquement contre la suppression du SMIC mais je préfèrerait le fixer tout simplement au niveau du seuil de pauvreté et qu'il ne fasse que suivre ce seuil de pauvreté.

Ecrit par : Niko | 30.07.2008

@ Rubin: notre convergence de vues sur ce sujet me réjouis ;-)
J'espère qu'il y en aura d'autres...

@ Niko: Nous ne tomberons définitivement pas d'accord sur tout. Je ne vais donc pas relancer le débat qui a atteint un point où les convictions (respectables) de chacun sont difficilement concilables.
Mais nous avons déjà fait un bon bout de chemin pour nous comprendre.

Quelques remarques cependant
Sur la formation professionnelle: dans une des entreprises où j'ai bossé, j'ai connu un jeune polytechnicien qui a pu faire un troisième cycle dans un IAE financé par le fongecif. Je ne sais pas si c'est représentatif du système mais c'est proprement scandaleux.

Sur la Suède, ton point de vue sur ce pays si particulier est fort instructif et doit nous faire réfléchir. En plus ils ne sont pas dans l'Euro !

Quant à la définition du seuil de pauvreté, bon courage ....

Ecrit par : RST | 30.07.2008

Oui je suis totalement d'accord sur les défauts de la FP qui ne profite qu'à ceux qui n'en n'ont pas réellement besoin et laisse de coté ceux qui devrait y avoir droit.

Sur notre débat, je te remercie en tout cas pour la courtoisie et la qualité des arguments, cela fait plaisir d'échanger avec quelqu'un qui sait maitriser ses arguments et pas simplement me balancer que je suis un ignoble capitaliste libéral (le prochain billet devra te réjouir).

Ecrit par : Niko | 31.07.2008

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