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30.06.2008
Le véritable drame de l'industrie française
Le groupe coréen STX Shipbuilding est en passe de prendre le contrôle d'Åker Yards, maison-mère d'Åkers Yards France ex-Chantiers de l'Atlantique, après avoir porté sa participation à plus de 40%, seuil de déclenchement d'une OPA en Norvège. On le soupçonne de vouloir mettre la main sur le savoir-faire industriel présent à Saint-Nazaire (fabrication des paquebots de luxe), savoir-faire envié car non maitrisé en Asie. Bien que le groupe coréen démente toute intention en ce sens, il ne faut pas être naïf, c'est exactement ce qu'il veut faire et ce qu'il est déjà en train de faire avec la maison mère en Norvège. L'Etat, pour éviter le pire, a contraint STX à lui céder 9 % du capital d'Aker Yards France grâce au dispositif anti-OPA (décret de l'été 2005) ce qui lui donne une minorité de blocage avec les 25% détenus par Alstom. L'Etat a également trouvé un accord avec les actionnaires norvégiens pour mettre la main sur ces 25% lorsque Alstom décidera de s'en séparer, vraisemblablement en mars 2010. L'intervention de l'Etat traduit une double préoccupation au sujet d'Åkers Yard France. Tout d'abord, il s'agit de maintenir un tissu industriel hautement qualifié qui ne manquerait pas de disparaitre à terme si le projet du coréen était mené à bien, tissu industriel qui représente 6.000 emplois au minimum. Mais il s'agit également de protéger une entreprise stratégique pour l'Etat français car fournisseur de la Défense Nationale. C'est en effet là-bas que sont produits beaucoup de bâtiments de la marine française avec les savoir-faire et les secrets de défense qui y sont rattachés dont celui sur les coques de grandes tailles, pour porte-avion par exemple.
Ce dernier exemple vient nous rappeler que l'industrie française va mal, qu'elle traverse un drame. Non pas le drame des délocalisations vers les pays à bas coût, ni celui d'un élargissement de la concurrence aux entreprises des pays émergents qui viennent concurrencer et racheter nos plus beaux fleurons, ni même de la fin de l'intervention publique pour subventionner des canards boiteux comme le regrettent nos amis collectivistes socialistes. Non, tout cela fait partie de la vie économique normale et est bénéfique même si cela pose des problèmes importants aux salariés, aux entreprises et aux territoires qui doivent s'adapter à une nouvelle donne économique venant boulversée les conservatismes et les positions acquises. C'est un autre drame dont est victime l'industrie française, un drame passé sous silence par tout le monde car tout le monde n'est que trop coupable, nos gouvernants encore plus que les autres. Le drame de l'industrie française est que la France ne joue pas le jeu de la mondialisation avec les armes de la mondialisation pour des questions d'idéologie. Et que faute d'instruments financiers adéquats (fonds de pension, fonds souverains ou un réseau important de capitalistes français), les entreprises françaises sont ainsi laissées à la merci de prise de contrôle hostile par des entreprises étrangères ou des fonds d'investissement dont le but n'est pas seulement de tirer avantage de la profitabilité pour faire des investissements très rentables pour leurs actionnaires mais également souvent d'en tirer la substantifique moelle (les savoirs-faire industriels, les clients, les ressources humaines, tout ce qui en fait la véritable valeur) pour aller reconstruire l'outil industriel et se développer autre part comme dans l'exemple de STX. Le capital des entreprises françaises n'est ni sécurisé ni stabilisé à long terme pour permettre le développement de nos champions nationaux et surtout de nos champions régionaux. Et ce n'est pas notre semblant de fond souverain, la Caisse des Dépôts et des Consignations, même s'il a été utile dans ce cas présent, ni les pauvres outils tels qu'OSEO, qui feront illusion avec leur surface financière si faible, quand les besoins sont si grands.
Ce drame est possible parce que la France préfère tirer une balle dans le pied de nos entreprises (qui sont, jusqu'à preuve du contraire, les principaux pourvoyeurs d'emplois et les créateurs de richesse dans notre pays) au nom de l'idéologie, de 2 idéologies.
Primo : une idéologie anticapitaliste qui s'oppose à l'accumulation du capital par les acteurs économiques (entreprises, particuliers, investisseurs, Etat). En France, les élites sont toujours prisonnières de leur rhétorique keynésienne (dans le meilleur des cas) et de la sacro-sainte théorie de relance de la croissance par la consommation, théorie qui ne marche pas mais dont les technocrates qui nous gouvernent ne peuvent pas dépasser l'horizon tant elle a bercé leurs études. Ils passent leur temps à prôner des politiques de relance par la consommation, favorisant la consommation et surtout, ils découragent toute épargne par des taxations importantes. Et quand les français arrivent à épargner c'est dans un livret A qui financent le logement social plutôt que dans des investissements productifs (actions, compte-titre, fonds...). L'actionnariat populaire n'existe pas en France contrairement aux autres grands pays développés malgré les efforts faits avec la participation, efforts qui ne remplaceront jamais les petits porteurs américains ou chinois. Nous sommes également un des derniers pays à avoir un impôt sur la fortune, impôt démagogique (car il taxe des biens achetés avec des revenus qui ont déjà été taxés, retaxés et surtaxés) et anti-économique. Anti-économique car ce sont 600 personnes par an, soit 2 par jour, qui s'exilent, leurs capitaux avec eux. A.Ducasse est le dernier d'une longue liste (enfin pas tout à fait car depuis qu'il est parti il y a eu 3 jours donc 6 nouveaux départs). On estime à 250 milliards d'euros les capitaux qui ont quitté la France depuis 25 ans (montant non-actualisé c'est-à-dire que 1 milliard parti en 1990 est comptabilisé comme 1 milliard alors qu'il a surement fait des petits ou du moins suivi l'évolution de l'inflation). Et pour être sûr que personne n'accumulera de capital, les entreprises sont taxées et surtaxées empêchant la constitution de réserves de capitaux permettant de nouveaux investissements (productifs, de RD ou simplement capitalistiques) et si par malheur, une entreprise arrive quand même à dégager des profits, ils sont vite diabolisées aux cris de "superprofits" et les gouvernements de tout bord s'emploient à pondre une taxe spéciale, une contribution ou encore un plan d'un meilleur partage des fruits de la croissance...Sans parler des procès d'intention faits à toutes les sociétés d'investissement, l'ennemi capitaliste par excellence mais oh combien utile pour la création d'entreprises et le développement de projets innovants, qui ne sont vus que comme étant le bras armé des rentiers soucieux d'échapper à l'impôt par une de nos 486 niches fiscales.
Deuxio : l'idéologie de la solidarité entre les générations qui entraine l'absence de fonds de pension français. La France, contre toute logique rationnelle, continue à s'opposer idéologiquement à la retraite par capitalisation au bénéfice du système par répartition. Un système inefficace car il ne permet pas d'assurer des pensions à un niveau décent à tous les français, et dont nous comprenons tous bien qu'à terme il est condamné (il suffit de voir combien les français qui le peuvent investissent dans l'immobilier ou l'assurance-vie pour se constituer une retraite sure) mais qui est maintenu au nom de la "solidarité entre les générations". Je dirais plutôt l'exploitation des générations futures par les enfants gâtés des 30 glorieuses. Alors que les fonds de pension que nous n'avons pas investiraient dans les entreprises françaises souvent très rentables, ce qui serait donc très profitable pour les futurs retraités qui y auraient placé leur argent, permettant en même temps d'en stabiliser le capital à long terme et de leur apporter les moyens de se développer, favorisant par la même occasion l'emploi et la création de richesse en France ou bénéficiant aux français. Au lieu de cela, nous avons des tuyaux percés en guise de système de retraite où l'argent rentre d'un côté mais en quantité non suffisante pour financer les besoins de sortie (le déséquilibre des générations, l'allongement de la durée de vie et tout ce qui fait que notre régime de retraite est en déséquilibre chronique) avec plein de fuite au milieu (il faut bien financer l'armée mexicaine chargée de faire fonctionner le mastodonte qu'est la Sécurité Sociale). Et qu'on ne vienne pas me dire que changer le système est trop dur, d'autres pays l'ont fait, ce n'est qu'une question de courage politique. Ces pays qui sont passés à des fonds de pension ont également montré qu'il était possible de conjuguer sécurité et rendement des placements contrairement à ce que les médias nous montrent dès qu'ils abordent le sujet (c'est d'ailleurs typique des médias de montrer que les situations problèmatiques et de passer sous silence celles où tout se déroule normalement et qui sont bien plus nombreuses que les premières).
Nous sommes entrés depuis un certain temps dans l’ère de la mondialisation et rejouissons-nous car cela a permis au niveau de vie de tous les peuples de progresser, les pauvres encore plus que les riches malgré ce que veulent nous faire croire les altermondialistes et leurs soutiens "progressistes". Mais cela impose certaines contraintes comme celles de jouer selon les règles et avec les armes de la mondialisation, ce que de nombreux pays font fort bien, bien conscient de l'intérêt réel de leur population et pas seulement de la construction d'une utopie socialo-collectiviste. Allons-nous toujours rester ce village gaulois isolé qui résiste encore et toujours sauf que contrairement à la BD, nous ne résisterons pas longtemps si ne nous adaptons pas...
14:35 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : délocalisation, fonds de pension, retraite, répartition, capitalisation, isf, mondialisation



























Commentaires
Cet article est brillant.
Il est une parfaite illustration de ce que l’idéologie néolibérale peut offrir de plus convaincant. Une série de clichés qui donne l’impression à celui qui le lit que ce qu’on y explique est d’une évidence telle que seuls des demeurés pourraient s’y opposer.
En ce qui me concerne, vous l’aurez compris, je suis un demeuré.
Et je réagis quand je lis par exemple : " tout cela fait partie de la vie économique normale et est bénéfique "
C’est bénéfique (en supposant que cela soit "normal" !) parce que vous le dites ou parce que vous avez des arguments un peu concrets pour le démontrer? Et c’est bénéfique pour qui ? Visiblement pas pour les salariés comme vous le reconnaissez honnêtement ("même si cela pose des problèmes importants aux salariés"). Vous considérez visiblement que le problème des salariés est secondaire par rapport au fonctionnement "normal" de l’économie. Pour ma part je considère que c’est le cœur du problème. Désaccord fondamental qu’il est vain d’espérer régler.
Je vous trouve très courageux dans vos propos. A l’heure où beaucoup de monde s’interroge sur les bienfaits de la "mondialisation" vous venez nous expliquer en gros que le problème en France c’est que cette mondialisation n’est pas poussée assez loin. Et vous nous proposez de développer les fonds de pension. Ben voyons.
Je suis d’accord avec vous pour dire que "le capital des entreprises françaises n'est ni sécurisé ni stabilisé à long terme". Cela date notamment des années 80 avec notamment la suppression des participations croisées et des noyaux durs. Et cela est la conséquence directe de l’idéologie néolibérale qui réclamait toujours plus de libéralisation c'est-à-dire de dérégulation.
Je vous ai bien lu et je n’ai trouvé nulle part une explication des avantages des fonds de pension. Notamment en quoi ils permettraient de stabiliser le capital des entreprises françaises ?
Il est d’ailleurs assez paradoxal que vous vous extasiez sur la mondialisation tout en prônant l’existence de champions français. Vous n’avez donc pas compris que les entreprises n’ont plus de nationalité depuis bien longtemps. Ce sont des "multinationales". Et ces fameux fonds de pension, au nom de quoi défendraient-ils l’intérêt des entreprises "Françaises" plus que leurs intérêts privés ?
Ce qui est dommage c’est que votre discours assène des "vérités" sans jamais rien démontrer et contient des erreurs. Vous essayez par exemple de faire croire que les entreprise françaises sont surtaxées ("les entreprises sont taxées et surtaxées"). C’est totalement faux comme on peut le constater ici : http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/les-societes-britanniques-payent-plus-d-impots-que-les-firmes-europeennes_155458.html
Je ne m’étendrai pas sur le hors sujet de l’impôt sur la fortune. Vous n’avez pas peur de faire dans la démagogie en glissant un petit mot sur A.ducasse. Bien joué, vous allez faire pleurer dans les chaumières avec ça !
Il y aurait tellement de choses à dire sur les contre vérités que vous assénez sur la sécurité sociale, les retraites, mais ce serait trop long ici. J’ai peur d’abuser de votre patience.
Vous concluez sur un feu d’artifice : " cela a permis [la mondialisation] au niveau de vie de tous les peuples de progresser, les pauvres encore plus que les riches "
On aurait tellement aimé quelques arguments concrets et chiffrés pour appuyer votre déclaration.
Parce que les chiffres pour vous montrer que vous vous trompez je vous les donne quand vous voulez.
Ecrit par : RST | 02.07.2008
Perso je trouve ce billet brillant à destination de lecteurs peu armés pour repérer puis analyser les poncifs idéologiques qui suintent par toutes les pores de ce billet.
Un beau billet idéologique , tout sauf factuel !
Le pire dans ce texte c'est l'assertion selon laquelle les outils de la mondialisations ne seraient pas assez utilisés. Ca me rappelle l'expression "on ne change pas une équipe qui perd"
RST a fait un démontage en règle et c'est très bien.
Ecrit par : eloy | 02.07.2008
@RST
Merci pour votre commentaire. Pour répondre à vos arguments qui sont également très justes mais qui ne regardent que par le petit bout de lorgnette sans voir les équilibres des systèmes dans lesquels ils opèrent.
Pourquoi les fonds de pension défendraient les intérêts des entreprises françaises ? Parce que les fonds de pension défendent les intérêts des souscripteurs à ces fonds de pension donc si les souscripteurs sont qui les salariés de la porcelaine, qui les salariés de Alstom, qui les salariés de telles ou entreprises alors en plus de la rentabilité qu'ils rechercheront pour pouvoir leur donner une retraite correcte, ils auront également ce souci en tête.
Pour ce qui est des entreprises britanniques plus taxées que les françaises, cela est typique encore de prendre en considération les grandes données qui recoupent des réalités différentes, très différentes. D'ailleurs l'article que vous mettez en lien le dit également, ce sont les plus taxées mais ce sont celles qui ont le taux d'imposition le plus faible du G7. Cela montre qu'une chose, c'est en ayant des taux d'imposition faibles, sur une base large mais sans dérogation que l'impot est le plus juste comme en GB. Par contre en France, on a des taux élevés pour satisfaire l'idéologie anticapitaliste mais pour faire face à la réalité, on créé des milliers de systèmes de dérogations (allégements fiscaux) et des aides en tout genre. Et au final, qu'a-t-on en France ? Les grands groupes qui bénéficient des aides et des allégements car ils rentrent dans le cadre des systèmes d'aide définis par les responsables politiques mais toutes les petites entreprises meurent écrasées car elles ne peuvent pas en profiter (faire la chasse aux aides demande beaucoup de temps et de ressources).
Si vous êtes tant que cela un défenseur de la fiscalité anglaise, pas de problème, je suis prêt à vous suivre et à adopter la fiscalité anglaise en tout point...Chiche.
Quant à A.Ducasse, je ne vais pas faire pleurer dans les chaumières car l'émotion n'entre pas en ligne de compte dans l'économie. Je dis simplement que je préfèrais que ce monsieur soit en France pour payer tous ces impôts ( moins l'ISF qu'il faut supprimer) plutot qu'il parte à Monaco pour échapper à l'ISF et emporte tout ce qu'il possède avec lui. Et je ne dis pas ca pour défendre Ducasse, je dis ca pcq je défends justement le reste des francais, ceux qui profitent des impots de Ducasse, de ses activités, de sa consommation...
Voilà peut-être ce qui nous différencie, vous vous attachez à attaquer des personnes (Ducasse en l'occurence), à défendre des personnes (les salariés maltraités par la mondialisation) sans voir les conséquence sur le reste des actions mis en place, je me préoccupe plus d'un système qui doit être le plus efficace possible pour tout le monde.
Ecrit par : Lolik | 03.07.2008
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