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28.06.2008

L'illusion du coup de pouce de juillet

EN58_evolution_smic_Editions-tissot.jpgLe SMIC augmentera de 0,9% au 1er juillet après avoir déjà augmenté de 2,3 % au 1er mai. Heureusement, le gouvernement a décidé de ne pas accorder une hausse supplémtaire autre que la hausse légale, le fameux coup de pouce. Et déjà nos syndicalistes et autres "progressistes" de dénoncer la politique antisociale du gouvernement qui n'accorde pas ce coup de pouce sur le pouvoir d’achat, en ces temps de disette (enfin tant que ça puisque seuls 20% des français semblent prêts à échanger leurs RTT contre des espèces sonnantes et trébuchantes). Première remarque : ils réclament un coup de pouce de l'Etat mais ne se rendent même plus compte que ce n’est pas de l’argent de l’Etat dont il est question mais bien de celui des entreprises privées. Mais revenons à nos moutons : la solution aux questions de pouvoir d'achat, des travailleurs pauvres mais aussi de la croissance passerait donc, selon nos belles âmes, par une augmentation du Smic par l'Etat qui se substituerait aux entreprises pour fixer le niveau "juste" de la rémunération.

Cette croyance dans la solution miracle de l'augmentation du SMIC pour résoudre nos problèmes repose sur une illusion économique dont sont bercés nos collectivistes "progressistes" mais également pas mal à droite, celle de croire que notre manque de croissance proviendrait d'un déficit de demande et de consommation. D’où le remède par l’augmentation des salaires pour stimuler la consommation et relancer la machine économique. Politique keynésienne par excellence dont l'inefficacité nous a été démontrée par les socialistes français eux-mêmes il y a quelques années (Vive Mitterrand !). D'ailleurs, les chiffres parlent d'eux-mêmes, la consommation n'est pas la source de notre manque de croissance car avec une croissance de la consommation de 2 à 2,5% par an depuis 2001, la consommation est de fait le seule moteur de la croissance et n'a nullement besoin d'être stimulée. Mais passons sur les chiffres car cela doit encore un chiffre de l'INSEE totalement bidonné et au service du gouvernement. Regardons plutôt dans le détail les conséquences de cette illusion économique dont les "progressistes" sont de farouches partisans.


La hausse du SMIC, lorsqu'elle ne correspond pas à une réalité économique qui ne peut être constatée qu'employé par employé ou à la limite entreprise par entreprise, dégrade la compétitivité des entreprises. Et pour répondre à cette baisse de compétitivité, les entreprises ont deux possibilités : soit elles augmentent leurs prix soit, elles baissent leurs marges. Dans la réalité, c’est souvent un peu des deux.

Les entreprises qui augmenteront leur prix seront celles non soumises à la concurrence étrangère. Seront ainsi pénalisés tous les acheteurs de biens et services intensifs en travail payé au salaire minimum, typiquement issus du commerce et les industries agroalimentaires. Ce seront donc les consommateurs qui financeront l'augmentation du Smic par l'inflation des prix des produits consommateurs de main d'oeuvre peu qualifiée. Et comme par hasard, ce sont tout particulièrement les consommateurs modestes qui consacrent une proportion importante de leur budget aux achats de biens et services de ce type. Ce seront donc les catégories les plus modestes qui financeront la hausse du Smic, celles-là même censées profiter de cette hausse.

Ils me diront que la solution est facile : empêchons les entreprises d'augmenter les prix pour maintenir leur marge. Outre que cela nous amènera à rétablir le contrôle des prix dont les conséquences sont bien connues (il suffit de regarder les "produits" dont les prix sont encore réglementés comme les loyers pour voir que cela provoque toujours la pénurie, et en tout cas des effets contraires aux objectifs recherchés), cela nous ramène à notre 2ème cas : le Smic entraine une baisse des marges des entreprises avec pour effet direct la tentation de la délocalisation ou de la mécanisation (facteur de chômage). Mais également un autre effet car selon la formule bien connue d'Helmut Schmitt "les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain" : la dégradation des marges entrainent donc un moindre investissement productif ou de RD, pénalisant ainsi la future croissance, les futurs emplois et les futurs salaires. La hausse du Smic agit donc comme une hypothèque sur l'avenir.


Ceux qui auront compris cela (on en aura perdu en chemin beaucoup des tenants de la pureté qui se réfugieront derrière des attaques idéologiques contre le capitalisme et viendront grossir les rangs de notre célèbre facteur trotskyste, premier opposant à N.Sarkozy) voudront donc que les entreprises ne soient pas pénalisées par la hausse du Smic et proposeront donc que ce soit l'Etat qui en assume le financement avec une politique d'allègement des charges. C'est-à-dire exactement ce qu'ont fait les différents gouvernements de droite et de gauche, surtout de droite, qui, pour compenser les effets de la hausse du Smic, se sont lancés dans une politique très coûteuse d'allégement des charges qui obère aujourd’hui le budget de l'Etat et creuse la dette. Le montant des exonérations de charges pour les salaires qui dépendent directement du Smic est de 23 milliards d'euros et surtout sans ces exonérations ce sont 800 000 emplois qui disparaitraient. C'est-à-dire que 800.000 emplois n'existent que parce qu'ils sont sous perfusion de l'Etat. Ainsi, le pouvoir d'achat distribué aujourd'hui est financé par les générations qui seront au travail demain. Cette politique d'allègement de charges a également des petits effets pervers comme la création d'une réglementation d'une complexité administrative chronophage (or le temps c'est de l'argent) et décourageante (imaginez que vous deviez payer votre kilo de pommes 5 euros mais que l'Etat vous en rembourse 3 en fin de mois après que vous ayez rempli 36 formulaires URSSAF et subi un contrôle fiscal ! Avouez que vous seriez un peu découragés d'acheter des pommes) ou encore la création de nouveaux impôts pour financer ces allègements de charge, nouveaux impôts qui viendront étouffer un peu plus l'activité20080330_smic_graf1-ff974.png économique et/ou plomber le pouvoir d'achat des français. Le chien se mord la queue...

Mais surtout comme le budget de l'Etat n'est pas extensible (les fameux 3% de Maastricht), les allégements de charges ne peuvent pas couvrir les hausses successives du Smic. Car contrairement à ce que pensent nos redesseurs de torts, le Smic a fortement augmenté depuis 10 ans : 43,8% entre 1996 et 2006 soit plus de 20% en valeur constante tandis que la moyenne des salaires dans le privé n'a progressé que de moins de la moitié pendant cette période. Et là, face à ce problème, nos belles âmes se trouvent devant un dilemme : soit dénoncer l'Europe et l'absence d'Europe sociale (comprenez d'Europe des taxes, des impôts et des déficits) ce qui nous donne les fameux nonistes de la rue de Solferino, soit se mettre en retrait de la vie politique (n'y voyez aucune allusion à un ex-premier ministre) et se réfugier dans un socialisme local pour regardez les tristes conséquences de leur stupidité économique initiale.


Car ces conséquences s'abattent inéluctablement sur l'économie française depuis 30 ans. L'augmentation du Smic, entraînant un renchérissement du coût de l'emploi non qualifié, accélère le remplacement de l'homme par la machine, les délocalisations et également les non-créations (l'entreprise ne crée pas l'emploi pour ce niveau de rémunération) et les non-localisations (l'entreprise ne crée pas l'emploi en France pour ce niveau de rémunération). Cela est donc facteur de chômage : l'Insee évalue à 35 000 le nombre d'emploi détruits pour une augmentation de 1% du Smic.. Un salaire minimum élevé constitue également un facteur d'exclusion des travailleurs les moins productifs dont les employeurs considèrent qu’ils ne rapporteront pas ce qu’ils ne coûteront en salaire minimum. Il accroîtra donc le chômage et les difficultés d’embauche pour ces personnes là. Sont particulièrement concernés les jeunes, les travailleurs non-qualifiés, les chômeurs de longue durée : et les faits venant confirmer les discours, ce sont ces catégories qui pâtissent des plus forts taux de chômage. C'est donc aussi une barrière à l'entrée du marché du travail des populations qui ont le plus besoin d'y entrer. Enfin, l'augmentation du Smic a un autre inconvénient qui est l'écrasement des rémunérations. A trop élever le plancher, on interdit toute différence significative entre jeunes et salariés d'expérience et donc toute perspective d’évolution. C’est la célèbre « trappe à smic » où désormais, 17% des salariés français sont enfermés dont un tiers d'entre eux restera à ce niveau de rémunération toute leur vie. smic.jpgL'augmentation du Smic agit donc aussi comme un niveleur, un frein à l'évolution professionnelle et constitue donc un élément majeur de la dévalorisation du travail.


Un SMIC élevé et une hausse du salaire minimum déconnectée de la réalité ont des conséquences perverses que nos belles âmes refusent d'envisager, pris dans leur démagogie court-termiste habituelle : ce sont, au final une fois les équilibres de marché rétablis, les catégories les plus défavorisées et celles qui devraient bénéficier de la hausse du SMIC qui en souffrent le plus. Pour confirmer cela, il suffit de regarder les chiffres et les faits : le pouvoir d'achat des classes moyennes-moins et des travailleurs pauvres ne s'est que très peu amélioré avec les multiples augmentations du Smic, le taux de chômage des catégories sociales concernées est bien plus élevé que la moyenne car l'emploi de travailleurs peu qualifié est très peu développé en France et surtout toutes les relances de la croissance par la consommation ont lamentablement échoué depuis 30 ans ne faisant bien souvent que gonfler le déficit extérieur. L'économie ne ment pas, si la solution à nos problèmes passaient par une hausse du SMIC, cela ferait bien longtemps que nos problèmes auraient disparu. Or ils n'ont pas disparu. Il serait peut-être temps que nos gouvernants (et pas de distinction, la droite et la gauche dans le même panier) le comprennent et laissent un peu de côté leurs illusions et leurs vieilles lunes au mieux keynésiennes. Ce n'est pas un manque de consommation des ménages dont notre pays souffre et ce n'est pas ce moteur de la croissance qu'il faut dynamiser, il marche déjà à fond, ce sont les autres : l'investissement et les exportations. La hausse des salaires sera ensuite la conséquence normale de la remise en route de ces 2 moteurs qui sont actuellement en panne, mis en rade par les politiques interventionnistes d'un Etat piloté par des technocrates n'ayant jamais mis les pieds autre part que dans l'administration.

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