« La lettre et l’esprit | Page d'accueil | I also want my money back »

12.06.2008

Europe : fin de partie ?

4739876.jpgToute l'Europe retient son souffle pour ce soir, non pas pour un match de l'Euro, mais pour le référendum sur le mini-traité en Irlande. Depuis que le non est passé devant dans les intentions de vote, tous les gouvernements et les élites européennes sont pris d'une peur quasi-panique d'un refus irlandais qui viendrait bloquer la tentative de remise en route de la machine communautaire après un premier calage (français et néerlandais celui-là) en 2005. Un refus irlandais serait d'autant plus incompréhensible, vu ce que ce pays a tiré de son appartenance à l'Europe : 60 milliards d'aides européennes sur 30 ans, des taux d'intérêts bas grâce l'euro et l'accès au marché intérieur qui ont permis à un pays moribond dans les années 60-70 de devenir the Celtic Tiger aux performances économiques et sociales remarquables. Et pour tout remerciement, le peuple irlandais menace de voter non. "Il y a des services si grands qu'on ne peut les payer que par l'ingratitude" disait Alexandre Dumas, il n'avait pas tort...

Comme il y a trois ans, le bal des nonistes fait feu de tout bois et surtout de tout et n'importe quoi pour défendre le non. Il est effarant de voir la panoplie des arguments qui sont utilisés. En vrac et pour ne citer que les meilleurs, si le traité passe, le pays devra autoriser l'avortement, l'incarcération des enfants de 3 ans à des fins pédagogiques, mettre fin à sa neutralité à cause de la « clause de solidarité » prévue en cas d'attaque terroriste, il y aura un service militaire obligatoire, une harmonisation fiscale par le haut c'est-à-dire la fin des taux d'imposition extrêmement bas... Et puis, tout le camp du non se retrouve sur des mots d'ordre : le "qu'est-ce qu'on nous cache dans ce traité de 500 pages" en est un, le "non pour plus de démocratie et de tolérance en Europe", un "non pour un meilleur oui plus tard" en est un autre, le non pour une "autre Europe", le non de gauche en est un 3ème. Mieux, les partisans du non ont trouvé le meilleur mot d'ordre, celui qui est imparable : on a tous une raison de voter contre. Ce qui est vrai dans l'absolu mais on a tous dix fois plus de raison de voter pour.

Et puis il y a encore les tenants du fameux plan B qui, comme il y a trois ans en France, plan B qu'on attend toujours, nous annoncent que de toute manière il y a d'autres solutions, qu'on revotera un texte modifié et que cette fois, ça passera. Il faut dire que l'Europe a déjà fait cela pour l'Irlande sur le traité de Nice refusé une fois puis accepté deux ans après avec l'obtention de quelques dérogations. A la place des Irlandais, je me dirais peut-être la même chose : pourquoi ne pas refaire le même coup ? Pourquoi voter ce texte si on peut en avoir un plus favorable à l'Irlande dans deux ans ? Le problème est que le traité de Lisbonne est déjà le plan B, voire le plan C. Il n'y a plus rien en stock derrière. Alors maintenant, il va falloir assumer un peu les choix.

Et comme dit D.Cohn-Bendit, "il faudrait qu’un référendum ait des conséquences : si on dit non, on sort de l’Europe". Il y en a plus que marre des ingrats qui ont profité de la construction européenne et qui maintenant ne veulent plus partager parce qu'ils n'en seront plus les principaux  bénéficiaires. Qui veulent tout figer pour ne pas perdre les "avantages acquis". La construction européenne n'est pas et n'a jamais été un processus figée dans lequel on s'engage pour une situation donnée qui ne devrait jamais changer. Comme son nom l'indique la construction européenne est une construction qui a vocation à une plus grande intégration et pour les plus idéalistes à créer les Etats-Unis d'Europe. Les Irlandais ne veulent plus construire une Europe, plus harmoniser, plus être solidaire et avoir des politiques communes, ne veulent plus d'Union, ne veulent plus s'unir, très bien écoutons-les, divorcons. Mettons fin à ce canard boiteux qu'est l'Europe dont tout le monde parle mais que personne ne soutient si ce n'est pour tirer la couverture à soi et gagner plus pour son propre pays. Allons jusqu'au bout, prenons nos responsabilités comme aiment à le dire les politiciens. Terminer la politique du beurre et l'argent du beurre et du....

Gardons simplement sur quoi tout le monde est d'accord, Irlandais compris, l'Euro et la BCE indépendante, le grand marché et l'autorité de la concurrence, la libre circulation des personnes et l'Espace Shengen, c'est-à-dire la zone de libre-échange, le volet économique, commercial et monétaire puisqu'il n'y a que là-dessus que tout le monde arrive à s'accorder bon an mal an. Tout le reste à la poubelle, aux oubliettes, plus aucune politique commune, plus de politique tout court. En plus, cela aura un avantage, ça ne coûterait plus rien aux budgets des Etats (18 milliards par an quand même pour la France qui viendraient compenser les 10 milliards reçus dans le cadre de la PAC), ce n'est pas ce que veulent les principaux opposants à la construction européenne, ne pas payer pour ce qui ne leur profite pas directement.

Et après, on pourra réellement reconstruire quelque chose de politique avec les pays qui partagent le même point de vue ou du moins les mêmes ambitions. Retour à l'Europe intégrée, une intégration véritable des 6 (France, Italie, Allemagne et Bénélux) auxquels on pourrait ajouter la Grèce, l'Espagne et le Portugal avec tous les volets que cela comporte : Défense et Politique Etrangère bien plus intégrées et basées sur la mise en commun des moyens militaires mais également diplomatiques à commencer par le droit de veto au Conseil de Sécurité de l'ONU, harmonisation des politiques fiscales, sociales et économiques, politique d'immigration, écologique, des transports...Enfin tout ce sur quoi l'Europe actuelle à 27 ne trouve que des accords à minima. Et surtout, on pourrait enfin élire un Parlement Européen et un Président des Etats-Unis d'Europe au suffrage universel direct, avoir une véritable subsidiarité claire et précise où l'Europe ne se mêlerait que de ce qui la regarde réellement et où elle serait efficace...Enfin un vrai fédéralisme. Doux rêve empêché par ceux qui ne veulent pas d'un véritable fédéralisme mais qui ne veulent pas non plus que les autres en construisent un sans eux...

Ecrire un commentaire