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07.06.2008

Le pétrole cher voulu par l'OPEP : espoir ou désespoir ?

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Le pétrole n'en finit plus de monter : 137 dollars hier à New York et certains nous promettent 150 dollars début juillet et 200 dollars peu de temps après. Les prix du pétrole ont été multipliés par plus de 6 en 6 ans et cela ne semble pas prêt de s'arrêter. Les économistes nous expliquent à grand renfort de théories et d'exemples concrets le pourquoi du comment de la tendance haussière de fond (augmentation de la consommation des pays émergents, sous-investissement dans les capacités de production et faiblesse du dollar) et de chaque augmentation conjoncturelle du prix du baril : là un risque sur la production au Vénézuéla, ici un pipeline attaqué au Niger, là encore une tension politique autour d'un champ pétrolifère en Iran, encore ici un risque d'attentat sur les champs saoudiens...Tout cela est valable, bien entendu, mais je sais pas si vous avez remarqué, tous les facteurs de hausse ne sont jamais des facteurs de baisse lorsque la prévision ne se réalise pas ou que la situation retourne à la normale. Comme si le marché du pétrole était un marché à sens unique et que toute hausse était acquise définitivement...

Comme n'hésite plus le qualifier le premier ministre britannique, nous sommes en plein 3ème choc pétrolier. A la différence des deux premiers où l'augmentation du prix du baril avait été beaucoup plus brutale suite à l'embargo pétrolier des pays arabes et à la fin des exportations iraniennes, l'augmentation du prix du baril s'est faite progressivement et surtout n'a pas remis en cause d'un seul coup le modèle économique des pays développés d'où une relative frilosité à appeler un chat un chat ; mais il ne faut pas s'y tromper nous sommes bien en présence d'un troisième choc pétrolier. Et comme dans les précédents chocs pétroliers, ce n'est pas le fruit du hasard ni des circonstances mais bien une stratégie coordonnée des pays de l'OPEP. Bien sur, l'OPEP n'organise pas les risques qui pèsent sur la production mais l'OPEP profite de ces risques pour faire passer des prix élevés d'un côté et de l'autre, pour maintenir une politique de limitation de l'offre et des possibilités insuffisantes d'investissement pour les compagnies pétrolières entraînant un déficit structurel de pétrole face à la demande croissante du monde sous l'impulsion des pays émergents.

D'ailleurs les pays de l'OPEP ont très bien joué le coup car ils ont réussi à être totalement absents du débat "grand public" sur le pétrole.Ils ont très bien profité du débat écologique pour faire passer les augmentations du prix du pétrole comme des conséquences normales de la pénurie annoncée mais toujours repoussée (cela fait 40 ans qu'on annonce la pénurie de pétrole pour les prochaines années), d'un renchérissement des coûts d'extraction et d'une plus grande demande alors qu'il s'agit simplement d'une limitation de l'offre afin d'engranger un maximum de pétrodollars et de bénéficier d'une position géopolitique démesurée par rapport à la position réelle. Aveuglé à force de ne pas regarder la situation en face (celle d'un 3ème choc pétrolier organisé par les pays de l'OPEP), tout le monde y va de sa petite analyse, de son commentaire et surtout de la dénonciation de bouc-émissaires : les compagnies pétrolières, systématiquement montrées du doigt pour leurs superprofits, les spéculateurs qui sont accusés de jouer le pétrole à la hausse et de faire monter les cours artificiellement alors qu'ils ne font qu'anticiper une situation de déséquilibre de marché (déséquilibre crée par les pays de l'OPEP) et le gouvernement qui ne fait rien pour changer cette situation. Et tout ce joyeux monde se retrouve pour dénoncer le libéralisme, la mondialisation, les américains (on ne sait pas trop pourquoi mais critiquer les américains semblent rendre crédible la critique) et demander à l'Etat de venir soulager leurs malheurs par des aides, subventions et autres mesures interventionnistes, oubliant au passage que c'est l'absence de libre-échange et l'intervention des États sur le marché du pétrole qui engendre une telle augmentation des prix...

Et comme toujours face à des grands bouleversements, il y a deux attitudes possibles : la libérale qui consiste à tenir compte du signal des prix et à ajuster l’offre et la demande : on apprend à économiser le pétrole, la recherche est stimulée et la conservatrice qui pense que tout changement est mauvais et donc qu'il faut lutter de toutes ses forts contre. Et en pratique, qu'est que cela donne ? Dans le premier cas, l'augmentation du prix du pétrole entraîne pour certains, comme l'Italie mais pas seulement, le retour à l'énergie nucléaire afin de retrouver une indépendance énergétique et une énergie meilleur marché. Cela donne également aux États-Unis cette fois, une grande firme automobile, réputée pour ses 4x4 et pick-up suceurs d'essence, qui se réoriente vers des voitures plus compactes, plus propres et moins gourmandes ou encore des actionnaires du plus grand groupe pétrolier mondial qui mènent une fronde contre la direction pour qu'elle développe les énergies vertes et plus généralement, le développement du green business qui est en train de viabiliser les énergies propres. Cela entraîne une accélération généralisée des programmes de recherche de la part des États, des universités et surtout des compagnies pour leur projet de voitures hybrides fonctionnant à l'électricité, au gaz, au biocarburant et qui sait, peut-être demain à une autre source d'énergie totalement propre. Tout  cela fait dire de manière assez bien résumée au Financial Times qu'« au fond du baril, il y a de l'espoir ». Les premiers chocs pétroliers avaient donné naissance à des mouvements d'économie d'énergie et à l'abandon du pétrole comme source de production de l'électricité, le 3ème choc pétrolier est en train de pousser le monde à se libérer du monopole centenaire du pétrole pour le transport.

Et puis, il y a la vision conservatrice particulièrement présente en France qui pousse toutes les catégories professionnelles touchées par la hausse du pétrole à aller pleurer auprès de l'Etat pour recevoir des subventions pour leur permettre que rien ne change. Cette vision conservatrice n'est pas tellement à reprocher à ceux qui vont se plaindre (ils ont bien compris comment marchait le système français où les possibilités de gain sont bien plus importantes par une action collective auprès des politiques que par des efforts personnels) mais plutôt aux politiciens démagogues qui y voient un moyen d'accroître encore l'influence de l'Etat dans l'économie et donc leur pouvoir ainsi que leur soutien électoral, le tout sans voir les conséquences des mesures qu'ils sont prêts à prendre au détriment de l'intérêt général. Le prix sera maintenu, pour ces producteurs à un niveau jugé acceptable et c’est le contribuable qui financera le geste généreux ! Comme quand par exemple, certains candidats à la Maison Blanche ou président en exercice proposent de baisser les taxes sur le pétrole ce qui reviendra à faire des chèques aux compagnies pétrolières ou aux pays de l'OPEP (car les baisses de taxes ne seront répercutées aux consommateurs seulement en cas de concurrence pure et parfaite, ce qui est loin pour la filière pétrolière). Il est possible d'envisager que les catégories professionnelles qui rencontrent des difficultés, telles les pêcheurs ou les transporteurs routiers, reçoivent un accompagnement de l'Etat (encore que cela se discute car les pêcheurs norvégiens, danois, suédois, islandais subissent aussi la hausse du prix du pétrole et ne sont pas dans une situation aussi catastrophique que les français, espagnols et portugais; il y a peut-être d'autres causes que l'augmentation du pétrole comme source de difficultés pour ces catégories professionnelles, par exemple l'outil de travail et l'organisation du travail côté entreprise mais également du côté de l'Etat, le niveau général des taxes, charges, impôts trop élevés et les réglementations trop lourdes qui brident l'activité) mais cette aide, si aide il y a, doit être ponctuelle et fortement limitée pour ne pas se transformer en planche à billets généralisée, planche à billets dont on connait les conséquences à long terme et surtout pour que l'aide ne devienne pas un avantage acquis mais qu'elle conserve son caractère incitatif (vous vous adaptez et l'Etat vous donne de l'air pour cela, ou vous disparaîtrez).

A défaut d’écouter la loi du marché nous retrouverons la loi des dirigeants, prêts à nous libérer de la loi de l’offre et de la demande pour nous imposer le juste prix du fioul et de l’essence, sponsorisé par de justes impôts.

 

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