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03.06.2008

La dette, ses conséquences et les aveugles

625526364.pngLa pensée selon la quelle la dette n'a aucune importance fait son retour en force dans certains milieux. Cette idée est appuyée par des économistes ultra-keynésiens de renom qui nous expliquent avec force argumentation qu'il vaut mieux que ce soit l'Etat qui soit endetté, très endetté comme en France plutôt que les ménages comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne (ne jamais oublier d'attaquer l'ennemi), qu'en cette période de crise, l'investissement privé n'est pas suffisant et que le respect du pacte de stabilité ne permet pas d'avoir une croissance suffisante et qu'au final, la dette n'est pas grave, que l'Etat n'est pas et ne peut pas être en faillite et même que les histoires de dette ne sont que des inventions du patronat et de la droite pour faire passer la pilule amère de la régression sociale auprès des salariés. Le pire dans l'affaire est que ces opinions sont celles d'économistes qui savent, qui voient les conséquences de la dette mais surtout qui enseignent dans des universités et qui sont proches d'un grand parti politique qui sera un jour amené à reprendre le pouvoir (pas tout de suite, j'espère en tout cas...).

A cette pensée, il faut lui opposer les réalités. Parce que la dette a des conséquences bien réelles, bien tangibles, ce n'est pas simplement des lignes de chiffres qui font pousser des cris à Bruxelles ou qui mettent la classe politique en émoi. La dette c'est tout d'abord une charge financière de plus de 40 milliards d'euros par an pour ses seuls intérêts, soit plus de 15% du budget de l'Etat. Les intérêts de la dette sont le 2ème poste du budget de l'Etat derrière l'Education mais devant la Défense Nationale et la Recherche. L'Etat fait le choix qu'il est plus intéressant pour l'avenir et pour le pays de consacrer 15% de son budget à rembourser des intérêts plutôt que de les dépenser autrement. Ce choix ou plutôt ce non-choix (car le gouvernement actuel ne peut rien sur la dette, ce qui ne l'exonère pas du déficit par contre) est la conséquence simple et logique de trente années de déficits publics continus. Quoi qu'il se passe en France, dans le monde ou ailleurs, l'Etat a dépensé depuis 30 ans plus d'argent qu'il n'en a gagné enfin par gagné (il fut entendre prélever sur ceux qui travaillent, investissent, épargnent et consomment). Dépenser dans des salaires d'une fonction publique pléthorique et peu productive, dans des organisations administratives lourdes et inefficaces, dans des politiques de subvention à des catégories électorales ou dans des politiques économiques qui ont fait la preuve de leur inefficacité. Et cela est valable droite et gauche confondues même si la palme revient à la gauche car en plus de creuser la dette, la gauche met en place des mesures qui continuent à plomber le budget de l'Etat et la croissance des années après son départ du pouvoir...

Mais entrons encore plus dans les détails, les conséquences réelles de la dette sont véritablement visibles. Tour d'abord, malgré le fait que les analystes soient d'accord sur la nécessité stratégique pour la France de se doter d'un 2ème porte-avion, la France ne peut pas le faire pour des considérations budgétaires. Des choix majeurs, qui touchent à la sûreté nationale, sont désormais déterminés non plus en fonction des intérêts du pays basés sur des analyses stratégiques mais simplement sur des considérations budgétaires. L'Etat est incapable de financer ce qu'il juge nécessaire dans un domaine régalien, c'est-à-dire le coeur de ses missions ou plutôt la justification même de l'existence de l'Etat. C'est tout l'abandon de la souveraineté de l'Etat français à cause de dépenses publiques excessives pendant 30 ans. Et au final, c'est simplement la fin de l'indépendance du pouvoir politique français. Et ce sont les mêmes qui dépensent sans compter qui ne veulent pas que la France retourne dans l'OTAN sous prétexte que c'est un alignement de la France sur les Etats-Unis ; ils n'ont pas compris que l'alignement de la France sur les Etats-Unis est inéluctable dès lors qu'ils font le choix politique de financer le confort matériel des populations avec ce qui devrait servir à construire une puissance militaire, seul moyen de parler d'égal à égal sur la scène internationale avec les autres grands pays qui font eux les efforts budgétaires.

Voilà pour un aspect de la dette peut-être le plus grave s'il devait y avoir une échelle de gravité dans ce domaine. Mais les conséquences de la dette prennent également d'autres formes. Le Conseil d'analyse économique a présenté un rapport sur les infrastructures françaises vieillissantes et invitait à dégager un consensus droite-gauche pour que des efforts soient faits pour l'investissement dans des projets d'infrastructures. Les chiffre sont là, en 1990, la France dépensait 1,3% de son PIB en projet d'investissement dans les infrastructures, désormais ce n'est plus que 0,9%. Encore à cause des problèmes budgétaires. Le Grenelle de l'environnement prévoit de construire de très nombreuses lignes de TGV, d'améliorer les infrastructures portuaires et de créer des ports de ferroutages, de mettre aux normes environnementales les bâtiments publics mais cela nécessite encore des financements que l'Etat ne peut pas apporter car les considérations budgétaires ne le permettent pas. Sauvegarder la planète passe derrière les aides catégorielles, l'assitanat ou les 35 heures...On pourrait encore citer les universités qui sont dans un état de délabrement avancé mais surtout qui ne sont plus adaptées à l'enseignement supérieur au XXIème siècle mais que l'Etat ne peut pas améliorer car cela coûte trop cher (et en plus, l'opposition de l'intérieur ne veut pas d'une université qui marche). Et surtout, on pourrait terminer par les niveaux d'impôts trop élevés en France qui en viennent à asphyxier l'activité et la production de richesse pour simplement faire semblant de limiter les déficits mais sans toucher aux dépenses inconsidérées, contre-productives et qui ne servent que des intérêts catégoriels. Voilà les conséquences de la dette et il ne faut pas oublier qu'au bout du bout, malgré ce que nous disent les politiques et les "économistes", la dette se paie toujours...

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