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24.04.2008
Réforme des ports : la reconquête d'un bastion CGT
La réforme des ports a été acceptée mercredi dernier en Conseil des ministres et sera présentée devant le Parlement dans les semaines à venir. Cette réforme prévoit le transfert au privé des outillages et des personnels de manutention que les ports autonomes avaient conservé après la dernière réforme qui date de 1992 (c’est pour dire comment c’est difficile de réformer ce dossier sensible, s'il faut 15 ans entre 2 étapes). Cette réforme, qui permettra d’avoir un commandement unique dans les ports autonomes et non plus un commandement CGT, permettra de gagner en efficacité et en simplicité pour les entreprises intervenant sur les ports. Cette réforme ne donnera pas des résultats tout de suite ; encore une réforme de fond qui ne fera pas remonter les courbes des sondages du Président mais nécessaire pour remettre la France dans le bon sens (elle figurait dans le rapport Attali d’ailleurs).
Ce qu’il faut regarder pour remettre en perspective la portée d’une telle réforme est l’Histoire du capitalisme telle que décrite par un des plus grands historiens F.Braudel. L’Histoire du capitalisme montre que le développement d’une ville, d’un territoire, d’un pays est toujours lié à un port important : Amsterdam et les Pays-Bas, la Flandre, Venise, Gènes, Rome, l’Angleterre victorienne reine des 7 mers, New York, Barcelone, Hong-Kong et plus récemment Singapour, Shanghai, Dubaï…Un port qui fonctionne est toujours à l’origine d’un très fort développement. La France est très privilégiée de ce côté avec plusieurs façades maritimes et une position terrestre qui la place au centre de l’Europe qui pourrait en faire la plaque tournante.
Ce face à face entre le gouvernement et la CGT est le deuxième après celui sur les régimes spéciaux et le gouvernement ne semble pas prêt à faiblir malgré la grève qui a bloqué hier les ports français et que les syndicalistes CGT veulent « inscrire dans la durée » ; ils parlent même d’« entrer en résistance » contre cette réforme. La CGT a fait la démonstration que son pouvoir de nuisance dans les ports est fort, très fort, il s’agit d’un de ses derniers bastions qu’elle tient depuis des dizaines d’années. Mais le gouvernement a une position solide surtout après la réforme de la représentativité syndicale qui a été plutôt favorable à la CGT. Il reste pourtant quelques autres bastions qu’il faudra bien reprendre si le gouvernement veut être véritablement le gouvernement réformateur que nombre de français attendent depuis quelques années maintenant : les NMPP (qui bloquent le développement de la presse), le Syndicat du Livre (pareil que pour la presse mais dans le livre) mais surtout les mastodontes que sont les transports publics (RATP et SNCF), la Poste et EDF. Heureusement sur ces 3 dossiers, l’Europe viendra donner un coup de main avec l’ouverture à la concurrence pour les années 2009-2010 (décidée sous la cohabitation Chirac-Jospin) entrainant l’affaiblissement naturel des syndicats dans ces secteurs (comme pour France Telecom précédemment). En tout cas, certains ont le courage de s’attaquer au corpo-syndicalisme et rien que pour ça, je regarderai l’interview ce soir (même si je suis désappointé, pas déçu, désappointé comme beaucoup d’électeurs du Président).
08:27 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ports, réforme, cgt, sarkozy, braudel, histoire du capitalisme, attali
23.04.2008
Manifestations lycéennes : le danger des vacances
Nous avions déjà parlé ici des manifestations lycéennes. Celles-ci se poursuivent désormais mais en province. Pourquoi ? A cause des vacances pardi. Les lycéens parisiens sont désormais en vacances et même les syndicats les plus manipulateurs, qui tentent d’enrôler les masses lycéennes (phénomène en développement depuis que les jours de grève ne sont plus payés) dans leur bras de fer avec un ministre de droite qui veut réformer l’Education Nationale (trop d’oxymores dans la même phrase, droite-réformer-Education Nationale), ne peuvent rien contre les vacances. Impossible de mobiliser des lycéens en vacances même quand « l’école est en danger » (à cause de la suppression de 0,5% des postes de professeurs).La seule chance de cette mobilisation est que les vacances sont alternées selon les zones et donc finies pour la zone B. Les lycéens de cette zone sont donc « mobilisables ». On peut douter que les lycéens eux-même croient véritablement dans les mots d'ordre selon lesquels l'Ecole est en danger, en tout cas, si c'était le cas, peut-être qu'ils se mobiliseraient même pendant les vacances. Les manifestations sont bien souvent seulement un moyen pour prendre quelques journées de congès bien méritées avant ou après les vacances.
En tout cas, si un combat doit symboliquement avoir lieu et un sujet sur lequel le gouvernement ne doit pas céder, c’est bien celui-là. Tout d’abord, cela signifiera la fin du jeunisme ou du caprice des enfants-rois (auxquels tous les gouvernements ont tout cédé dès qu’ils descendaient dans la rue) et terminerait un cycle ouvert en Mai 68 (pour les raisons opposées à ce mouvement). Ensuite, l’Education Nationale est surement un des domaines qui a le plus besoin de réformes et si le gouvernement cède maintenant, c’en est terminé de toutes réformes ambitieuses. On retournera dans la cogestion avec les syndicats. Enfin, le ministre X.Darcos est un des seuls à droite à avoir un véritable projet, une véritable vision pour l’Education Nationale et il ose essayer de la mettre en œuvre. Il est à craindre que s’il échoue à faire passer ses réformes de l’Education Nationale, ce sujet soit laissé à la gauche et aux syndicats pour très longtemps encore avec une poursuite de la destruction de l’Ecole publique de Jules Ferry, enfin ce qui l’en reste, et en contrepartie un très fort développement de l’enseignement privé.
Surtout que l’écart entre le ministre et les lycéens est loin d’être si grand. Beaucoup de vues sont partagées des deux côtés, (retour à plus d’autorité, introduction de plus de contrôle continu pour le baccalauréat, besoin d’amélioration du niveau général, plus grande individualisation des cours, meilleure maitrise des fondamentaux, retour d’un certain classicisme dans l’enseignement et surtout à la méritocratie à la française). Il suffit de lire les banderoles dans les défilés pour s’en convaincre. Les banderoles vers la fin des défilés, après la parade syndicale qui réclament toujours plus de moyens. Ces banderoles qui mettent en avant l’inquiétude sur la qualité du système éducatif. Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et leurs aspirations sont beaucoup plus réalistes voire inversées par rapport à leurs aînés et ça c’est déjà une grande victoire. Une rupture…
07:05 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : manifestations, lycéen, syndicat, supression de postes, vacances scolaires
22.04.2008
B.Delanoe roi des bobos
Hier, lors du premier Conseil de Paris, la proposition de B.Delanoe de faire le dalaï-lama citoyen d’honneur de la ville de Paris a été votée par un Conseil dégarni ; les élus de l’UMP, du Centre et Indépendant, du MRC et les communistes n’ont pas pris part au vote. Seuls les Verts et le PS (avec quelques absents également dans ses rangs) ont voté pour. Cette proposition a été votée pour saluer le «partisan inlassable du dialogue entre les peuples» selon la formule du Maire de Paris.
En tout cas, il y a un titre qu’il n’est pas besoin de soumettre au vote pour l'attribuer au Maire de Paris, celui de roi des bobos. Parce que cette mesure, qui n’engage à rien, n’est faite que pour contenter son électorat parisien. Après avoir mis une banderole pour défendre les droits de l’homme « partout dans le monde » au moment du passage de la flamme à Paris, le voilà qui continue à satisfaire son électorat droits-de-l’hommiste de la capitale et du PS (cachez ce Congrès que je ne saurais voir). D’ailleurs, il est marrant de noter comment le maire de Paris colle parfaitement à l’actualité : le Tibet quand c’est la période, I.Betancourt quand les caméras sont braquées sur ce sujet, l’Irak (oui oui souvenez-vous ça avait déjà commencé avec F.Aubenas)… Le maire de Paris est devenu le spécialiste des inaugurations de banderoles dans l’air du temps sur la façade de l’Hôtel de Ville, histoire de créer l’évènement et d’attirer un peu les caméras…
Mais il faut dire que c’est assez facile de faire plaisir à une partie d'électorat. Faire citoyen d’honneur de la Ville de Paris n’engage à rien ou presque et si quelqu’un doit payer le prix un jour, ce sera le Président de la République qui devra expliquer aux dirigeants chinois que le Maire de Paris est le roi des bobos et que cela n’est destiné qu’à de la politique intérieure française et qu'il n’a rien contre les chinois. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, le PS ne soutient le dalaï-lama que pour des raisons de politique intérieure voire politicienne, parce que le Tibet (et tout ce qui est rattaché, le bouddhisme, la non-violence, la paix dans le monde…) a les faveurs des biens pensants (qui sont également un support de poids du PS et très influent dans les médias notamment) contre les méchants chinois qu’ils ont soutenus voire adulés étant plus jeunes mais désormais traitres à la cause car convertis au capitalisme. Le dalaï-lama est pourtant à l’opposé même des principes du PS : c’est un chef religieux qui veut que son pays vive selon cette religion et qui a des positions très « rétrogrades » (dans la vision du PS) vis-à-vis des sujets sociétaux. On voit d'ailleurs comment le PS est tiraillé sur la question entre leur fond anti-clérical et leur droit-de-l'hommisme comme alpha et oméga de toute politique étrangère (quand ils sont dans l'opposition).
08:13 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : delanoe, tibet, dalai-lama, chine, jo, boycott
21.04.2008
Réforme syndicale : remise en marche d'un vieux paquebot
Le paysage social français est en plein bouleversement, en pleine recomposition. Il faut dire que cela faisait 50 ans que rien ne s'était passé de ce côté là. Ce mois-ci, les partenaires sociaux se sont mis d'accord sur une position commune sur une réforme de la représentativité, un accord qui sera signé par la CGT (c'est à souligner, vu le peu d'accords nationaux que la confédération a signé dans sa longue carrière) et par la CFDT ; cet accord est toutefois refusé par FO, la CFTC, la CFE-CGC car le texte va remettre en cause leur chasse gardée qui est également leur vache à lait.
Ce texte va libérer le paysage syndical de son carcan : les confédérations s'étaient vu conférer « une présomption irréfragable de représentativité » qui leur accordait des avantages exorbitants. Sans avoir à prouver leur représentativité, les cinq centrales retenues par l'arrêté du 31 mars 1966 - la CGT, CFDT, FO, CFTC et, pour le personnel encadrant , la CFE-CGC - pouvaient être les interlocuteurs de l'Etat et du patronat et elles n'avaient pas besoin d'avoir le moindre syndiqué dans une entreprise pour présenter des candidats dès le permier tour des élections professionnelles et négocier des accords qui s'appliquent à tous. La position commune consacre la disparition de cette présomption irréfragable de représentativité : les syndicats devront désormais prouver, tous les quatre ans, leur représentativité à tous les niveaux - entreprise, branche professionnelle et national interprofessionnel - selon 7 critères dont celui de l'audience (10% des suffrages dans les entreprises au premier tour des élections professionnelles, 8% dans les branches et au niveau interprofessionnel). Le texte prévoit également qu'un accord ne pourrait pas être validé sans la signature d'un ou plusieurs syndicats représentants au moins 30% du personnel, ce qui constitue un premier pas vers l'accord majoritaire et enfin, des accords pourraient être conclus des élus non syndiqués.
Désormais, il faudra avoir des adhérents et une audience dans toutes les parties du monde du travail pour être considéré comme représentatif et pouvoir peser dans les accords. Terminé les syndicats composés principalement de fonctionnaires, de cheminots, de gaziers et autres travailleurs du service public, qui n’étaient plus que des lobbys du service public et du « toujours plus d’Etat » mais qui négociaient pour tous les salariés et leur imposaient une idéologie antilibérale et des relations conflictuelles avec le patronat bien à l’abri dans leur statut du fonctionnaire. (Depuis plus de quarante ans, les cinq larrons prospéraient alors qu’ils ne représentaient plus qu’eux-mêmes : en 2005, selon le ministère du Travail, le taux de syndicalisation était de 8,1 %, dont 5 % dans le secteur privé !)
C’est également la fin probable de l’émiettement syndical avec une probable concentration des centrales vu les critères d’audience assez élevés retenus. Cet émiettement avait quelque chose de malsain, avec une répartition fictive des rôles dans la grande comédie que sont les relations sociales en France : à la CFDT et à la CFTC de signer des accords et contenter la partie réformatrice des salariés, à la CGT de jouer l’opposition systématique dans une pseudo lutte des classes pour contenter les nostalgiques des temps anciens et canaliser les protestataires jusqu’auboutistes (même si ces dernières années, la CGT a été débordée par SUD), à FO d’être le point médian du système et enfin à la CGC de prendre en compte le point de vue des cadres. Un grand jeu de rôle pour que chacun y trouve son compte.
Les grandes manœuvres syndicales ont d’ailleurs commencé pour faire face à ce changement majeur qui favorise des syndicats forts. L’UNSA et la CGC envisagent de se marier purement et simplement, la CFTC et FO cherchent un moyen de continuer à exister en s’associant avec d’autres partenaires. Seules la CFDT et la CGT sont des organisations suffisamment puissantes pour rester autonomes même si elles auront un gros travail de clarification de leur positionnement à effectuer.
Les fondements du bouleversement du dialogue social avaient été posés avec la loi de janvier 2007 qui permet aux partenaires sociaux de déroger à la loi et d’éditer eux-mêmes la norme sociale. Encore faut-il que les syndicats soient représentatifs pour que les accords soient légitimes : ce sera chose faite lorsque ce texte entrera en application. Cet accord sur la représentativité syndicale est quand même symbolique : c’est la première fois que le pouvoir politique fait le choix de miser sur la responsabilité des partenaires sociaux pour faire avancer le pays et leur témoigne ainsi une véritable confiance. C’est également la première fois que le pouvoir politique accepte de s’affaiblir volontairement en permettant aux partenaires sociaux dès lors qu’ils sont représentatifs et majoritaires de déroger à la loi, qui était pourtant l’outil privilégié de tous les gouvernements, quel qu’ils soient. Le contrat plutôt que la loi, un pari plus qu’osé et assez paradoxal de la part d’un Président qui est accusé de mettre l’Etat et le pays à sa botte, de tuer tout débat démocratique.
Avec cette réforme, on peut espérer d’autres réformes bien plus importantes et surtout bien plus « utiles » au redressement de notre pays. A commencer par celle de la fonction publique dont le livre blanc a été rendu ces jours-ci. Maintenant que l’UNSA, alliée à la CGC, sera représentative, le gouvernement aura plus d’un partenaire (la CFDT historiquement) pour proposer et négocier une réforme d’envergure. En attendant que d’autres réformes viennent mais surtout que des accords dérogeant à la loi (celle des 35 heures en priorité mais pas seulement) soient signés pour redonner du dynamisme à notre pays.
Ce processus de responsabilisation des syndicats et par là-même de tous les salariés pourrait être le début du renouveau tant la responsabilisation peut être porteuse de progrès social et économique. Le processus sera complètement terminé et réussi lorsque l’Etat pourra se désengager des organismes paritaires et même de la Sécurité Sociale (après avoir transféré au budget de l’Etat les politiques qui ont rien à faire dans le budget de la Sécurité Sociale c’est-à-dire toutes les politiques de solidarité comme la branche famille, la CMU, les maladies lourdes…). La Sécurité Sociale redeviendrait alors ce qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être : un contrat d’assurance pour les salariés financés et gérés par les parties prenantes, les salariés et les employeurs. Et non pas un outil budgétaire permettant au gouvernement d’être généreux avec l’argent des entreprises et des travailleurs tout en épargnant le budget de l’Etat de cette générosité. Les syndicats (réformés et réformistes) et le patronat (réformé également) géreraient alors cette assurance comme ils l’entendent dans le meilleur intérêt de chacun et qui sait dans 2ème temps, la concurrence pourrait aussi être introduite dans ce secteur avec la liberté de chacun de s’assurer où il le voudrait. Vision quelque peu idéaliste, j’en conviens, mais qui marche dans les pays qui l’ont mise en place et nous permettrait de sortir du fameux « trou » de la Sécu…
Cette réforme de la représentativité syndicale est une grande victoire pour le Président et pour tous ceux qui veulent réformer ce pays. Au grand dam des socialistes qui ne peuvent pas s’opposer à de telles réformes et qui regrettent que ce soit un Président de droite (surtout après qu’ils aient tant décrié comme un nouveau despote) qui fasse plus pour les syndicats, le dialogue social et le recul de l’intervention de la loi à tout bout de champ, qu’eux-mêmes. Mais également au grand dam de la droite car ces réformes sont risquées et ne porteront leurs fruits que sur les prochaines années (ce n’est d’ailleurs probablement pas la droite qui en tirera bénéfice, ni même le Président) et les courbes des sondages ne vont pas remonter pour autant, tout de suite. Mais bon, c’est le prix à payer pour être un véritable réformateur. C’est la remise en route d’une vieille machine rouillée, comme si on essayait de faire prendre de la vitesse à un paquebot immobilisé pendant des années ; cela demande un peu de temps.
07:25 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : réforme, syndicat, représentation, patronat, accord, sarkozy, socialistes
14.04.2008
Le grand cafouillage
Cette semaine a été marquée par le grand cafouillage autour du projet de loi sur les OGM et l’incident NKM a montré les disfonctionnements de la majorité présidentielle. Je ne reviendrai pas sur le fond de cette loi car je n’ai pas la prétention d’être un expert sur ce sujet et ma position n’est pas encore tranchée même si je sais que je ne suis pas un anti-OGM acharné et que ce sujet a des tenants et des aboutissants beaucoup plus nombreux que ce qu’on veut bien nous dire. Mais revenons un peu sur ce qu’il s’est passé. NKM a accusé dans une interview au Monde, J-L.Boorlo et J.F.Copé de se livrer à un concours de lâcheté et d’inélégance. Le propos de NKM est blessant mais il touche juste.Les ténors de la majorité et J.F.Copé en tête, l’accusent d’avoir en fait, soutenu un amendement anti-OGM de l’opposition (celui du communiste A.Chassaigne qui vise à protéger "les zones de productions de qualité sans OGM" c'est-à-dire les AOC et l'agriculture biologique) ; autant que je sache, NKM ne vote pas à l’Assemblée et le groupe UMP, dont J.F.Copé est le président, dispose de la majorité à l’Assemblée Nationale. Cet amendement, ce sont les députés qui l’ont voté. Enfin ceux qui étaient présents. Parce que c’est cela la vraie question : comment, sur un texte aussi symboliquement important pour l’opposition et pour le gouvernement, les députés de la majorité peuvent-ils être aussi peu nombreux en séance ? Et comment le chef de ces mêmes députés peut-il venir dire que « NKM aurait permis à l'opposition de faire passer plusieurs amendements contre la volonté du groupe UMP» ? S’il a avait voulu que l’amendement ne soit pas adopté, il aurait peut-être du s’assurer de la présence suffisante de ses députés.
J-F.Copé prévient qu'il “faudra revenir sur les amendements qui ne sont pas conformes aux vues du gouvernement" et pour cela, il est allé chercher l'appui du premier ministre qui compte sur les sénateurs, plus favorables au gouvernement que les députés sur ce sujet, pour faire barrage à l'amendement en question. Mais le problème est que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne serait pas étonnant de voir le fameux amendement réapparaître en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale.
Je n’aurai qu’un mot pour le président du groupe UMP et les députés : si on ne veut pas être traité comme un godillot, il faut commencer par ne pas agir comme un godillot. J.F.Copé (et beaucoup de députés) passe son temps à dire que le gouvernement ne respecte pas les pouvoirs du Parlement mais il est le premier, par son comportement, à ne pas les respecter. Rien ne l’empêche demain, de bloquer un texte important pour le gouvernement (sans pour autant arriver à la censure ou mettre en péril le budget) pour lui faire prendre conscience que les députés sont décidés à ne plus tout accepter, qu'il va falloir traiter les députés differemment. J.F.Copé devrait le savoir, la politique ne respecte qu’une seule chose : les rapports de force. Tant que les parlementaires n’oseront pas se faire respecter (et agir en conséquence face au gouvernement, plutôt que de faire les fayots pour espérer devenir ministre), il est normal que le gouvernement s’essuie les pieds dessus. Messieurs (et Mesdames), vous savez ce qu’il vous reste à faire…
08:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ogm, nkm, boorlo, copé, députés, ump, godillot
12.04.2008
Manifestations par procuration
X.Darcos a osé affronter les pédagogistes et ce sont ces gens là qui poussent dans la rue les enseignants ; ils ont senti le vent du boulet et lancent maintenant les analphabètes dans la rue, renfort promptement convaincu que de passer de 32 à 33 élèves par classe remettra en cause, de façon définitive, leurs chances de sortir de l’état dans lequel ils sont actuellement (dans les années 60, une moyenne de 40 élèves par classe, n’entrainait pas pour autant le niveau abyssal actuel), prêt à gober leur propagande sur le manque de moyens de l’Education nationale (1er budget de l’Etat quand même) dans notre pays qui en Europe est celui qui dépense le plus pour ses collégiens et lycéens, pour les résultats les plus maigres.
Quelque 8 500 postes d'enseignant, sur plus d’un million, vont être supprimés mais pour la moitié, ces suppressions seront compensées par des heures supplémentaires effectuées par des enseignants volontaires. L’inquiétude est donc «disproportionnée» par rapport aux enjeux, d’autant qu’actuellement plus de 28 000 enseignants ne se sont pas devant les élèves ; il y a donc de la marge !
En fait, voila les raisons de leur colère, qui tiennent dans la présentation faite le 20 février des nouveaux programmes du primaire et dont J.P.Brighelli a analysé le fond dans un billet savoureux que je reproduis ici. Bon week end à tous."Mesurons bien le scandale : Darcos voudrait donc que l’école primaire apprenne à lire, écrire et compter – et à maîtriser les dates-phares, les grands personnages, et les œuvres plastiques majeures de l’Histoire de France. Comment ? Rien sur les masques nègres de la porte de Clignancourt ? Plus de « découverte de l’environnement », de rubrique « koa 2 neuf », d’éducation à la diététique et de « production d’écrits » ? Non : des dictées et des rédactions, du calcul mental, de la mémorisation. De surcroît, un peu plus de sport – il faut bien que testostérone passe…
Insupportable prétention. Le ministre affirme même que, tout en laissant les instituteurs libres de leur pédagogie, il conviendra d’enseigner le code alphabétique aux enfants, parce-que le sens vient de la maîtrise du code, et non de l’Observation Réfléchie de la Langue , superbe périphrase inventée par les Pédagogues pour désigner la vacuité grammaticale. Il prétend diviser par trois le taux d’échec en Primaire – qui actuellement se mesure en 6°, chacun repassant aux autres la patate chaude de la dysorthographie, de la dyscalculie, et toutes les dyslexies provoquées par l’idéo-visuel Foucambert et autres billevesées si fort en vogue dans les IUFM. A terme, diviser aussi par trois ces 160 000 collégiens qui sortent de 3° sans rien dans les mains, ni dans la tête – parés pour se faire dévorer tous crus. Scandale vous dis-je… ou inconscience : l’horaire de Français passera à 8 h en CP-CE1, à 10h les trois années suivantes – parce-qu’il n’est pas de maîtrise possible sans une imprégnation en profondeur. Horreur finale : ce n’est pas en pensant aux NAP (Neuilly-Auteuil-Passy) que le ministre a concocté ces abominations, mais en souhaitant qu’Aulnay-sous-Bois, les quartiers nord de Marseille ou la banlieue de Lille maîtrisent enfin la langue française. Comment ? Un homme de droite, un « réac » fier de l’être (il s’en vante lui-même dans le Figaro du 21 février) se soucie davantage des banlieues que toutes les belles consciences bêlantes – cette gauche à bobos qui a trahi la Gauche. La ligne de partage des eaux n’est peut-être pas si claire que cela. Ou, si l’on préfère, l’Ecole n’est pas le champ clos des idéologies mais la maison commune de tous les citoyens.
Si vous ajoutez à ce sombre tableau que le ministre recommande l’apprentissage de la politesse, du respect, et l’emploi du vouvoiement… on comprend mieux la réaction outrée du SNUipp : « des programmes qui sentent la blouse grise et le bonnet d’âne… ».
15:25 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : darcos, pédagogistes, education nationale, ecole
07.04.2008
J.Arthuis et J.L.Mélenchon : deux marqueurs de l'avancement du projet Bayrou
Jean Arthuis, sénateur, président de la commission des finances du Sénat et président du Conseil Général de Mayenne a annoncé ce week-end qu’il quittait le Modem de F.Bayrou. Le sénateur de Mayenne ne semble pas être un homme à agir de manière irréfléchie et à contrario de ses convictions. Cette décision semble plus que murie et cette défection n’est pas à mettre dans la même catégorie que les autres défections des ex-UDF.
Il n’est pas parti entre les deux tours pour assurer sa réélection aux législatives de 2007 ni pour prétendre à un poste de ministre ou secrétaire d’Etat alors qu’il aurait très bien pu y prétendre au vu du rapprochement de N.Sarkozy avec ses idées, notamment en ce qui concerne la TVA sociale dont J.Artuis est un grand défenseur et à laquelle N.Sarkozy avait fini par se rallier sous forme d’expérimentation à la fin de sa campagne. Il n’est pas non plus parti à l’approche des municipales pour obtenir une investiture UMP ni même pendant la campagne municipale afin de ne pas gêner le parti auquel il appartient.
On sent bien que ce départ est muri, réfléchi, qu’il a laissé sa chance au Modem. Il a tiré une première fois la sonnette d’alarme en novembre sur ce qui se passait au Modem, sur les dérives de F.Bayrou. Il en tire les conséquences en avril…
Ce départ, d’un poids autrement plus symbolique que les précédents, montre véritablement la rupture du Modem avec l’UDF. D’un parti de centre-droit, le Modem est en train de devenir un parti de centre-gauche qui sera au PS ce qu’il a été au RPR puis à l’UMP. Mais le calcul de F.Bayou est plus ambitieux : prendre la tête d’une opposition qui regrouperait les centristes et l’aile sociale-démocrate du PS. Ce calcul repose sur un constat simple et qui semble juste : le PS dans sa composition actuelle est mort depuis le référendum sur la Constitution Européenne et une large recomposition est à venir.
Dans ce calcul, il est intéressant de noter plusieurs contradictions de F.Bayrou sur la politique en général : l’influence de l’imaginaire américain, avec d’un côté, les démocrates (Bayrou et Royal) et de l’autre, les Républicains (les différents courants de l’UMP symbolisés par le Président) et également, l’acceptation inéluctable à terme du bipartisme dans le système de la Vème République. Dans un système à 3 puissances, il faut être l’une des deux selon l’expression de Bismark. Voila le problème de F.Bayrou : s’il veut être Président de la République, il doit être une des 2 forces dominantes, il ne pourra jamais prendre la tête de la droite comme l’avait fait Giscard, il fait donc le pari de prendre la tête d'une gauche modernisée.
Un bon indicateur de l’avancée du projet de F.Bayrou est la position du sénateur socialiste J.L.Mélenchon. Situé à la gauche du PS, il est un de ceux qui pourrait faire de la scission du PS une réalité et entrainer une large recomposition du paysage politique de ce côté de l’échiquier. Plus le PS et ses dirigeants tentent de se rapprocher du Modem, plus J.L.Mélenchon est tenté de quitter le PS pour une aventure à la Die Linkspartei en Allemagne. La vraie question serait dans ce cas de s’accorder sur l’Oscar Lafontaine français que J.L.Mélenchon ne semble pas vouloir être réellement.
Dans une interview à France Info, il explique son tiraillement entre un parti qu’il reconnait de moins en moins, qui n’évolue pas comme il l’espère mais un parti qui reste tolérant à son égard, puissant mais fragile. Son départ (avec d’autres) pourrait, comme il le dit, mettre à bas une construction de plus de 100 ans. Ce sur quoi compte très précisément F.Bayrou…
Cette interview est d’ailleurs très intéressante avec des prises de positions atypiques dans le contexte ambiant : sur le Tibet, sur les OGM et les lobbys, sur la laïcité ; l’influence des Lumières et des francs-maçons sur son engagement. Des positions sur lesquels on peut ne pas être d’accord mais qui ont le mérite de sortir de la polémique politicienne, de la petite phrase…Sur le Tibet, sa position est même plus qu’intéressante et mériterait que plus de personnes partagent sa lucidité, son réalisme et surtout sa capacité à ne pas faire des raccourcis si rapides sur des situations complexes.
21:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arthuis, modem, udf, sarkozy, mélenchon, bayrou, ps
06.04.2008
Jack Lang sort de sa réserve
Le vendredi 28 mars, Jack Lang et le vice-président socialiste de l'Assemblée nationale, Jean-Marie le Guen, se sont rendus à Abidjan pour « rétablir des liens » entre les socialistes français, la Côte d’Ivoire et son président Laurent Gbagbo. Le lendemain, L.Gbagbo les a emmenés en virée nocturne dans les rues de Yopougon, le quartier le plus animé du pays ; puis au Queen's, la boîte du footballeur Didier Drogba et enfin, au Mostra Night-Club. Jack Lang depuis est inquiet pour son image : une vidéo le montre dansant dans une célèbre boite de nuit d'Abidjan en compagnie du Président ivoirien, Laurent Gbagbo.
Il y a une semaine, J.Lang lançait à B.Kouchner : « Bernard, sors de ta réserve ! » ; il aurait peut-être mieux fait d’y rester lui, sur sa réserve, au sujet de son ami Laurent…Surtout dans un contexte où les socialistes passent leur temps à polémiquer sur la politique étrangère du président Sarkozy qui ne prendrait pas assez en compte les Droits de l'Homme. Jack Lang et Jean-Marie Le Guen y ont été pour que le PS renoue les liens avec le président ivorien qui pratique une politique loin, très loin du respect des Droits de l'Homme, nous avons enfin un bon éclairage sur ce que serait la politique étrangère des socialistes, selon quels principes elle serait menée.Encore un bon exemple du relativisme intellectuel de nos élites socialistes...
23:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lang, gbago, cote d'ivoire, le guen, françafrique
05.04.2008
Les messages cachés de Leclerc
Dans la droite ligne de sa communication agressive et « politique », Michel Edouard Leclerc nous offre une nouvelle publicité réclamant le droit de vendre dans ses parapharmacies, au prix Leclerc, les médicaments à prescription facultative (et non-remboursés lorsqu’ils sont achetés sans prescription). Entre parenthèses, pour ajouter ma petite pierre sur le débat entre l’inné et l’acquis, on peut juste dire que Michel-Edouard Leclerc est bien le fils de son père qui avait réussi à remettre en cause le monopole des pétroliers dans la distribution d’essence dans les années 70 et à ouvrir la parapharmacie dans les années 80 après une bataille contre les pharmacies de secteur.Sa publicité a été diffusée sur TF1 et M6, malgré l’avis défavorable de Bureau de Vérification de la Publicité. Un avis non confirmé par le CSA qui est le véritable décideur en dernier ressort. On découvre ici encore l’utilité de tous ces comités Théodule qui s’empilent, pour rendre des avis consultatifs contradictoires qui permettent à tout le monde de passer outre, s’ils le veulent vraiment. En ces temps de RGPP, il ne serait pas étonnant de voir le BVP (oh joie des acronymes) disparaitre ou être refondé…
Revenons-en à Leclerc et sa pub sur les médicaments. Il propose de vendre les médicaments non-remboursés 25% moins chers qu’en pharmacie à la condition que le gouvernement ouvre ce marché à de nouveaux acteurs. Ce qui est loin d’être fait, R.Bachelot ayant écarté cette option au début de l’année. Ça c’est le message premier, mais ce qui est réellement intéressant dans cette pub, c’est de trouver les messages cachés qui en disent bien plus long sur les objectifs de Leclerc. J’en ai trouvé quatre :
Tout d’abord, et très classiquement, le message qui passe est le message traditionnel de Leclerc « qui c’est qu’est le moins cher, c’est Leclerc ! » qui est plutôt bien adapté à l’air du temps. Sans parler direc tement de ses concurrents, il arrive à rappeler que les prix Leclerc sont les plus bas. Jusque là rien de très compliqué et ce n’est que la suite de toute sa communication depuis des années (son site de comparaison des prix, ses slogans sur le pouvoir d’achat…).
Puis, le message envoyé à la société est que la grande distribution n’est pas la seule responsable de l’inflation et de la perte de pouvoir d’achat. Il y a un détournement de l’attention de la situation quasi-monopolistique de la grande distribution vers les autres pratiques limitant la concurrence et donc responsables de la hausse des prix. Cela avait déjà assez bien marché avec le déréférencement de 6 produits (dont la célèbre Vache qui rit par 12…) qui avait permis de dire que la hausse des prix, c’est autant les industriels que la grande distribution à un moment où les critiques étaient concentrées sur la première.
Ensuite, l'objectif de cette pub n’est pas de s’adresser aux consommateurs mais de faire pression sur le législateur au moment où la Loi de Modernisation de l’Economie va arriver devant les parlementaires. Cette loi s’annonce quelque peu dure pour la grande distribution avec plus de concurrence et donc une remise en cause de la rente des grandes enseignes. Le message est le suivant : le pouvoir d’achat, Leclerc n’a pas attendu le gouvernement pour le défendre et ce n’est pas qu'avec plus de concurrence qu’on fait baisser les prix mais aussi avec Leclerc. Donc messieurs les politiques, il n’y a donc pas de raison de faire une loi trop dure…
Enfin, le dernier message est de dire au gouvernement : vous voulez faire baisser les prix avec plus de concurrence chez les distributeurs, très bien mais regardez aussi les produits comme les médicaments. Si vous nous ouvrez ce secteur, ça fera baisser surement les prix (ce qui est bon pour vous) et au passage, la pilule de la LME sera plus facile à accepter pour la grande distribution. Une sorte de donnant-donnant : plus de concurrence dans la grande distribution donc des prix plus bas mais un nouveau marché qui nous permettra de garder nos profits…
Chapeau à Leclerc pour cette pub qui est un exemple de publicité, d’influence, de lobbying. Le tout accompagné de marketing viral (buzz) car en étant refusée par le BVP, il savait très bien que l’attente serait encore plus grande et donc que son message serait repris, amplifié et ouvrirait un débat. Chapeau également car l’action de Leclerc même intéressée, fera effectivement baisser de 25% les prix de ces médicaments. Reste maintenant à trouver d’autres personnes pour s’attaquer aux autres rentes et ainsi libérer la France de ces corporatismes.
16:28 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : leclerc, pub, csa, bvp, médicament, pharmacie, distribution
03.04.2008
Plan de rigueur : le gouvernement est en train de perdre la guerre des mots
Depuis septembre dernier, les socialistes jouent les Cassandre en annonçant un plan de rigueur et ont choisi la méthode du « harcèlement permanent » comme forme d’opposition. Ils annonçaient avec une gourmandise assez révoltante la mise en place de ce plan de rigueur après les municipales comme si un plan de rigueur n’était qu’une joute oratoire politicienne n’ayant pas de conséquences directes sur les français. Les socialistes devraient se souvenir un peu de ce qu’implique un plan de rigueur pour les citoyens, eux qui en ont mis un en œuvre, avant de jouer la France perdante et de se délecter à l’avance des futures victoires qu’ils pourront bâtir sur l’échec du gouvernement.
Le plus pressant d’entre eux pour annoncer ce plan de rigueur est L.Fabius, un peu comme il annonçait un plan B pour l’Europe à la suite du référendum sur la Constitution européenne. On se rappelle ce qu’il en est advenu de ce plan B. Mais il faut dire aussi que L.Fabius a une certaine expérience dans ce domaine. Il est l’expert es-plan de rigueur, pour l’avoir mis en œuvre entre 1984 et 1986 à la suite du fiasco du programme socialiste de 1981. Il en connait la nocivité électorale avec le souvenir de la déculottée de 1986 aux législatives, ouvrant la voie à la première cohabitation.
En bon politicien tirant les leçons de l’amère expérience, L.Fabius et ses camarades socialistes veulent appliquer la recette qui mène tout droit à la déroute électorale pour un gouvernement. Il faut dire qu’une variante de cette stratégie avait déjà porté ses fruits à l’occasion du 2ème tour des législatives avec le plan com anti-TVA sociale. Voilà le pourquoi de la constance dans leur annonce d’un plan de rigueur…
Mais dans cette affaire, le gouvernement et la majorité ne sont pas tout blanc et facilitent grandement la tâche des socialistes avec une communication à l’emporte-pièce. Face aux attaques permanentes sur un futur plan de rigueur après les municipales, ils ont nié pendant des mois et aujourd’hui, devant la situation difficile de la croissance et des finances publiques (et après les municipales), le premier ministre parledésormais de « plan d’économies ».
Cette concession sémantique faite par le premier ministre est une brèche ouverte dans laquelle la gauche va s’engouffrer en dénonçant un changement de cap du gouvernement face à la conjoncture. Elle n’aura pas de mal à gommer dans l’opinion la différence entre plan d’économies (baisse des dépenses inefficaces) et plan de rigueur (augmentation des impôts pour financer des dépenses inconsidérées) en assimilant toutes les réformes annoncées (RGPP, RGPO et les différentes réformes sociales) comme autant d’éléments de ce plan. La boucle est bouclée donnant raison aux socialistes qui auront réussi à jeter le discrédit sur tout le programme politique de la majorité ainsi que sur le sens des réformes, le tout sans faire une seule proposition pour remettre la France en état de marche…
Et pourtant, ce qui est mis en œuvre et que les socialistes assimilent à un plan de rigueur lié à la conjoncture, n’est que l’exacte mise en œuvre du programme législatif de l’UMP. Tout est dedans : révision générale des politiques (RGPP) afin d’évaluer les dépenses et trier celles, efficaces qui doivent être confortées de celles qui échouent et qu’il faut changer ou abandonner, limitation de la progression des dépenses publiques (Etat, collectivités, régimes sociaux) à 1,5% sur l’ensemble de la législature, non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite sur toutes les années de la mandature…Le programme législatif doit permettre de ramener la dette publique en 5 ans sous la barre des 60% et d’inscrire dans la constitution la « règle d’or » (une fois les déficits stabilisés et le modèle social remis d’aplomb) selon laquelle le déficit des finances publiques n’est autorisé que pour financer des dépenses d’investissement (cela permettra de prévenir un futur dérapage lors d’une alternance ou d’un retour de la tendance chiraquienne au pouvoir).
Tout y est dans ce programme des députés UMP pour la mandature ; mais aucun membre du gouvernement n’est capable de l’expliquer, dire que non il n’y a pas de plan de rigueur, ni de plan d’économies pour faire face à la conjoncture mais simplement la mise en œuvre des promesses de campagnes à savoir une limitation des dépenses de l’Etat pour un recul des déficits, de la dette et des prélèvements en accord avec la campagne présidentielle de N.Sarkozy. Parce qu’il faudrait aussi que la majorité rappelle que N.Sarkzoy n’avait pas seulement promis d’être le président du pouvoir d’achat, il avait également dit et répété qu’il voulait ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, qu’il voulait revenir au niveau d’administration de 1992 (soit 1 million de fonctionnaires en moins), qu’il voulait baisser les prélèvements obligatoires de 4 points en 10 ans, qu’il voulait limiter la progression des dépenses de l’Etat pour réduire les déficits et la dette. Et il a été élu là-dessus autant que sur « le président du pouvoir d’achat ». Et comme l’un n’exclut pas l’autre, bien que les socialistes essaient de le faire croire, (comme si lorsqu’on réduisait les dépenses de l’Etat, on enlevait du pouvoir d’achat aux français, alors que c’est le contraire), il n’y a aucune honte à assumer les promesses de campagne et à les mettre en oeuvre.
Dans cette affaire, le gouvernement apparait sur la défensive alors qu’il tient les engagements pris auprès des électeurs pendant les campagnes présidentielle et législative. Ce dont il devrait plutôt être fier et les électeurs satisfaits. Enfin un gouvernement qui s’attaquerait aux problèmes structurels du fonctionnement de l’Etat et qui ose mettre le doigt là où ça fait mal : ce qui avait été promis aux électeurs. Voilà le message que le gouvernement et la majorité devraient porter.
22:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : plan de rigueur, fabius, fillon, réforme de l'etat, rgpp
















