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12.04.2008

Manifestations par procuration

1371888822.jpgX.Darcos a osé affronter les pédagogistes et ce sont ces gens là qui poussent dans la rue les enseignants ; ils ont senti le vent du boulet et lancent maintenant les analphabètes dans la rue, renfort promptement convaincu que de passer de 32 à 33 élèves par classe remettra en cause, de façon définitive, leurs chances de sortir de l’état dans lequel ils sont actuellement (dans les années 60, une moyenne de 40 élèves par classe, n’entrainait pas pour autant le niveau abyssal actuel), prêt à gober leur propagande sur le manque de moyens de l’Education nationale (1er budget de l’Etat quand même) dans notre pays qui en Europe est celui qui dépense le plus pour ses collégiens et lycéens, pour les résultats les plus maigres.  

Quelque 8 500 postes d'enseignant, sur plus d’un million, vont être supprimés mais pour la moitié, ces suppressions seront compensées par des heures supplémentaires effectuées par des enseignants volontaires. L’inquiétude est donc «disproportionnée» par rapport aux enjeux, d’autant qu’actuellement plus de 28 000 enseignants ne se sont pas devant les élèves ; il y a donc de la marge !

En fait, voila les raisons de leur colère, qui tiennent dans la présentation faite le 20 février des nouveaux programmes du primaire et dont J.P.Brighelli a analysé le fond dans un billet savoureux que je reproduis ici. Bon week end à tous.

"Mesurons bien le scandale : Darcos voudrait donc que l’école primaire apprenne à lire, écrire et compter – et à maîtriser les dates-phares, les grands personnages, et les œuvres plastiques majeures de l’Histoire de France. Comment ? Rien sur les masques nègres de la porte de Clignancourt ? Plus de « découverte de l’environnement », de rubrique « koa 2 neuf », d’éducation à la diététique et de « production d’écrits » ? Non : des dictées et des rédactions, du calcul mental, de la mémorisation. De surcroît, un peu plus de sport – il faut bien que testostérone passe…

Insupportable prétention. Le ministre affirme même que, tout en laissant les instituteurs libres de leur pédagogie, il conviendra d’enseigner le code alphabétique aux enfants, parce-que le sens vient de la maîtrise du code, et non de l’Observation Réfléchie de la Langue , superbe périphrase inventée par les Pédagogues pour désigner la vacuité grammaticale. Il prétend diviser par trois le taux d’échec en Primaire – qui actuellement se mesure en 6°, chacun repassant aux autres la patate chaude de la dysorthographie, de la dyscalculie, et toutes les dyslexies provoquées par l’idéo-visuel Foucambert et autres billevesées si fort en vogue dans les IUFM. A terme, diviser aussi par trois ces 160 000 collégiens qui sortent de 3° sans rien dans les mains, ni dans la tête – parés pour se faire dévorer tous crus. Scandale vous dis-je… ou inconscience : l’horaire de Français passera à 8 h en CP-CE1, à 10h les trois années suivantes – parce-qu’il n’est pas de maîtrise possible sans une imprégnation en profondeur. Horreur finale : ce n’est pas en pensant aux NAP (Neuilly-Auteuil-Passy) que le ministre a concocté ces abominations, mais en souhaitant qu’Aulnay-sous-Bois, les quartiers nord de Marseille ou la banlieue de Lille maîtrisent enfin la langue française. Comment ? Un homme de droite, un « réac » fier de l’être (il s’en vante lui-même dans le Figaro du 21 février) se soucie davantage des banlieues que toutes les belles consciences bêlantes – cette gauche à bobos qui a trahi la Gauche. La ligne de partage des eaux n’est peut-être pas si claire que cela. Ou, si l’on préfère, l’Ecole n’est pas le champ clos des idéologies mais la maison commune de tous les citoyens.

Si vous ajoutez à ce sombre tableau que le ministre recommande l’apprentissage de la politesse, du respect, et l’emploi du vouvoiement… on comprend mieux la réaction outrée du SNUipp : « des programmes qui sentent la blouse grise et le bonnet d’âne… ».

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