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09.02.2008
Un voile pour l’Europe
Le voile est bien parti pour faire son entrée à l’Université en Turquie. Un amendement à la Constitution turque, strictement laïque, a été voté cette nuit, autorisant le port du voile islamique sur les campus universitaires. Et ce malgré l’opposition du camp pro laïc, constitué de l’armée, de la magistrature, de l’administration universitaire et d’une grande partie de la population qui a cette occasion a réuni plus de 100 000 personnes pour manifester son hostilité à l’adoption de cette loi, qui remet en cause, l’état laïc, fondé par Mustafa Kemal Atatürk et qui réveille une peur extrême, liée au passé de la Turquie : l’empire ottoman était sous l’empire de la « charia », la loi islamique.
Le pouvoir islamique se sert de l’Union européenne pour faire aussi avancer sa cause, un islam politique qui imprègne de plus en plus la société. En effet, le vote de cette loi a été présenté comme une mise aux normes européennes par le chef de l’état, Abdullah Gül (dont la femme porte le voile et milite en faveur de l’abolition de cette interdiction) et par l’AKP, parti qui assure défendre la liberté individuelle des étudiantes musulmanes et estime que cette réforme s'inscrit dans le processus d'adhésion à l'Union européenne .
Sur cette question de la laïcité en Turquie, je veux souligner la position très très ambigüe de la Commission Européenne et plus largement de la construction européenne (le processus au sens large). Car cette loi sur le voile à l’Université en Turquie est présentée par le gouvernement turc comme une obligation nécessaire à l’adhésion. L’UE serait-elle en train de détruire ce qui fait de la Turquie, pays majoritairement musulman, un pays proche des démocraties européennes : la laïcité qui respectait une séparation très stricte de la religion et des affaires publiques. Sacré paradoxe que, sous couvert de vouloir répondre aux exigences européennes, ce pays soit en train de remettre en cause ce qui en fait un pays proche de l’Europe. Surtout quand on voit ce qu’une brèche dans la laïcité peut donner dans un pays où l’islam politique a des volontés d’investir la sphère publique.
Déjà l’adhésion est toujours à l’ordre du jour malgré les refus répétés de certaines populations et gouvernements (la France en premier). Ensuite, d’un côté l’UE refuse de faire allusion aux racines judéo-chrétiennes de l’Europe dans les traités, bien qu’un nombre important de gouvernements mais aussi de populations y soient favorables, même parmi les laïcs (il s’agit de rappeler seulement un élément historique mis à mal par des phénomènes sociodémographiques et par un activisme contre les fondements de la culture européenne de certains) et de l’autre côté, l’UE favorise, voire impose que le port du voile (signe islamique) à l’Université soit possible. Où est la cohérence de refuser d’une part, un simple rappel et d’accorder de l’autre un geste qui est considéré tant parmi les laïcs que les religieux comme un acte de prosélytisme ? Cela ne s’explique pas, à moins que l’UE n’ait choisi son camp et/ou qu’elle subisse une pression trop importante en son sein. Dans les deux camps, cela est très inquiétant et annonce des lendemains très difficiles pour l’Europe au-delà même des problèmes de gouvernance. Ce sont les fondements, l’essence même, la volonté des peuples de poursuivre une construction européenne qui en prend un coup.
23:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voile, turquie, union européenne, laicité



























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