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13.01.2008

La fausse bonne idée de la Commission Attali

26cc4d22e196dc8419db670db33489b8.jpgCette semaine est sortie une nouvelle « bombe » de la Commission Attali comme l’a qualifié le Figaro. Une nouvelle « bombe » après celles sur la distribution, les départements, la baisse de la dépense publique et autres propositions libérales pur jus. Cette nouvelle « bombe » est celle de la relance de l’immigration préconisée par la Commission qui pense que «l’immigration, facteur de développement de la population, est en tant que telle une source de création de richesse, donc de croissance». C’est aller bien vite en besogne que de conclure aussi définitivement que l’immigration est une source de croissance. La proposition de la commission Attali, bien qu’elle ait dû réjouir tous les immigrationnistes et théoriciens de l’ouverture sans fin, est bien différente d’une simple ouverture des frontières à tout le monde, de la politique de la terre ouverte à tous les vents. L’immigration que souhaite Attali est une immigration de travail. J.Attali veut « faciliter la délivrance de visas » pour les travailleurs qualifiés afin de palier les besoins de main d’œuvre des secteurs en tension (bâtiment, hôtellerie-restauration, informatique).

La justification économique de cette relance de l’immigration de travail est d’ailleurs assez frauduleuse. J.Attali dit que «la France a besoin d'immigration, il faut s'ouvrir aux travailleurs d'Europe de l'Est, aux Chinois, aux pays d'Afrique. Sans cela, toutes nos belles discussions sur le financement des retraites n'auront pas de sens». Dire que l’immigration permettra de financer les retraites est totalement faux. Le rapport du Centre d’Analyse Stratégique de mai 2006 sur l’immigration et les besoins de main d’œuvre montre qu’ « une immigration de masse pour maintenir le ratio de dépendance (1) générerait une dynamique de population insoutenable à long terme ». C’est le moins qu’on puisse dire, car il faudrait, selon cette même source, pour maintenir ce ratio à sa valeur d’aujourd’hui, soit 26%, la venue de plus de 2 millions d’étrangers par an entre 2010 et 2040. Ceci se traduirait par l’entrée de 93 millions d’étrangers d’ici à 2040 ! La France compterait alors 187 millions d’habitants composés à 68 % d’immigrés de première ou 2ème génération. Même les plus extrémistes des immigrationnistes seront d’accord pour reconnaitre que cette situation n’est pas envisageable. Par ailleurs, quelque soit son niveau, l’immigration massive ne peut constituer à elle seule un remède contre le vieillissement démographique à long terme, notamment du fait du vieillissement des migrants eux-mêmes.

Ensuite, l’autre justification économique avancée par la Commission est que la France sera confrontée à des besoins de recrutement évalués à 750 000 (2) par an à l’horizon 2015 et donc aura besoin de main d’œuvre étrangère pour faire face à ce besoin. De fait, statistiquement, la France bénéficie de réserves de main d’œuvre non employées : le taux d’activité global (69,5%) se situe dans la moyenne basse de l’Europe(3). Une augmentation de celui-ci de 6 points, qui rejoindrait alors celui du Royaume-Uni (75,5%) suffirait à maintenir en 2050 la population active à son niveau actuel. Ces réserves se trouvent dans le taux d’activité particulièrement bas des jeunes, des senors et des femmes. Cette insuffisance de la force de travail trouve ses racines dans toutes nos politiques de limitations du travail comme les 35 heures, la retraite obligatoire à 60 ans et aussi, la difficulté du travail étudiant ou du travail peu qualifié avec une fiscalité trop lourde pesant sur ce travail et un salaire minimum qui empêche une plus grande progression de l’emploi peu qualifié.

De plus, dans sa vision de la croissance, la Commission ne prend pas en compte les coûts liés à l’immigration et à l’intégration des immigrés déjà présents : respectivement 24  et 12 milliards d’euros par an selon l’estimation du colloque de l'Institut de géopolitique des populations dans « Immigration/Intégration »(4). Elle oublie aussi que le taux de chômage des étrangers vivant en France s’établit à plus du double de celui des français de naissance. Enfin, elle néglige le comment de la question. Le logement reste aujourd’hui un problème non résolu et les évaluations les plus modestes, montrent un déficit d’environ 800 000 logements. Donc, vision comptable tronquée de la part de la Commission Attali.

Mais au-delà de ces considérations économiques, la proposition de J.Attali ne diffère pas de celle du président qui souhaite que la part de l’immigration de travail passe de 7% à 50% dans les années à venir. La véritable question à se poser est : ce développement de l’immigration de travail se fait-il à nombre d’entrées constant, comme le laisse penser la position de N.Sarkozy, ou avec augmentation du nombre d’entrées, plutôt dans la vision de J.Attali. La position de la Commission mériterait des précisions.

Enfin, cette proposition ne résulte que d’une vision économiste de la situation de la France. La Commission Attali ne prend pas en compte la « politique de civilisation », (vocable bien pratique). L’échec de l’intégration ainsi que les déséquilibres que font peser une immigration plus difficilement intégrable que les précédentes sur les structures de la France ne sont pas résolues et ne le seront pas de sitôt. Avant d’ouvrir notre pays au vent de l’immigration plus importante, il faudrait d’abord régler les problèmes internes français. Un plan Marshall des banlieues a été évoqué par N.Sarkozy au cours de sa campagne, dont le seul nom évoque l’ampleur du problème révélé par les émeutes de novembre 2005. La construction de l’identité nationale, dans le respect de la diversité, a montré ses failles et la mise en place (5) d’un contrat d’engagement à respecter les valeurs de la République, fondées sur la laïcité, la monogamie et l’égalité entre hommes et femmes, lors du regroupement familial est le témoin des déstabilisations induites par l’arrivée de populations mal intégrées à la société française.  L’immigration ne peut être que choisie et sa politique ne peut s’élaborer à l’aune du strict critère des emplois à pourvoir à court terme.

 

(1)  Nombre de personnes de plus de 65 ans et plus / par personne en âge de travailler

(2)  Ce chiffre est d’ailleurs plutôt de l’ordre de 850 000 ; il correspond à l’effectif des générations nées entre 1945 et 1960 qui auront donc entre 55 et 60 ans entre 2005 et 2015

(3)  Source europa.eu.int/employment_social /employment_analysis/2005 : Pays-bas 76,6%, Suède 77,2%, Danemark 80,1%

(4)  publiés sous la direction de Jacques Dupâquier et Yves-Marie Laulan ­(L'Harmattan, 2007)

(5)  par la loi d’octobre 2007

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